Requiem for Billy the Kid

Requiem for Billy the Kid
Titre original:Requiem for Billy the Kid
Réalisateur:Anne Feinsilber
Sortie:Cinéma
Durée:85 minutes
Date:10 janvier 2007
Note:
Billy the Kid, le hors-la-loi tué en 1881 par son ancien ami Pat Garrett, devenu shérif, fait partie intégrante de la légende de l'ouest. En 2004, les shérifs de Fort Sumner et de Lincoln mènent l'enquête pour déterminer si c'était vraiment Billy the Kid qui avait été tué par Pat Garrett ou si le bandit avait paisiblement achevé sa vie dans une bourgade du Texas. En même temps, Anne Feinsilber s'engage dans un dialogue fictif avec Billy the Kid et interroge la légende qu'il laisse derrière lui.

Critique de Tootpadu

Faute d'une Histoire plus ancienne, les Etats-Unis s'accrochent coûte que coûte aux mythes fondateurs de l'ouest. Ces légendes sur la civilisation dangereuse des plaines sauvages ont forgé une identité nationale qui préfère occulter des chapitres moins valorisants de la même époque (l'esclavage, la guerre de sécession). Mais où s'arrête la vérité et où commence le conte dans cette conscience collective qui épouse des thèmes essentiels de l'Amérique (la liberté, le port d'armes) ? L'enquête qu'Anne Feinsilber mène dans son premier film n'a rien d'une investigation scientifique. La réalisatrice procède plutôt à une mise en abîme subtile et multiple du destin d'un héros controversé de l'ouest.
Pour cela, elle mélange d'une façon presque lyrique des extraits de deux films marquants sur le bandit (Le Gaucher d'Arthur Penn et Pat Garrett et Billy the Kid de Sam Peckinpah), des photos d'archives, des entretiens avec les habitants de la Nouvelle-Mexique, des prises de la prairie, et, comme cerise sur le gateau de la sublimation, une conversation avec la voix imaginaire de Billy the Kid en personne. Cette approche aussi abstraite que saisissante révèle une continuité insoupçonnée dans l'héritage du hors-la-loi. Les reconstitutions des affrontements armés ne sont en effet que la pointe de l'iceberg d'une mémoire et d'une fierté plus vives que l'on aurait pu le croire. Entre cet attachement aux racines d'une société propre à l'Amérique profonde et les origines hâtivement figées de cette identité collective, Anne Feinsilber crée un lien curieux et intéressant. Bien qu'elle pousse l'abstraction parfois un peu trop loin, comme lors du rapprochement entre Rimbaud et Billy the Kid, son point de vue sur le passé des Etats-Unis fait preuve d'une finesse artistique et d'une pensée indépendante des plus stimulantes.

Vu le 28 novembre 2006, à la Salle MK2, en VO

Note de Tootpadu: