
| Titre original: | Montagne sacrée (La) |
| Réalisateur: | Alejandro Jodorowsky |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 113 minutes |
| Date: | 27 décembre 2006 |
| Note: | |
Un voleur vagabond qui ressemble au Christ s'introduit dans une grande tour orange. Il y rencontre un alchimiste qui veut l'aider à accéder à la sagesse ultime. Après lui avoir présenté sept hommes et femmes riches, influents et décadents, le maître spirituel emmène le voleur et ces derniers à la montagne de l'île du Lotus. Au sommet de cette montagne sacrée résident neuf sages immortels auxquels le groupe doit dérober leur secret.
Critique de Tootpadu
Alejandro Jodorowsky, déjà iconoclaste et provocateur dans l'excellent El Topo, se dépasse encore dans ce chef-d'oeuvre psychédélique. Au-delà d'une critique cinglante de toutes les perversions de notre société soi-disant civilisée, le cinéaste s'engage une fois de plus dans un délire plastique et sonore passionnant. Le relais narratif n'y est plus le fil rouge d'une intrigue conventionnelle, mais la suite savamment orchestrée de chocs viscéraux qui interpellent régulièrement le spectateur.
La parade en forme de sacrilèges et de moments répugnants fonctionne encore mieux ici que dans le film précédent de Jodorowsky. Tel une version plus vulgaire et directe du style de Jacques Tati, cette oeuvre fascinante réinvente la poésie filmique. Une poésie de la déformation, de la mutilation, des fantasmes sexuels les plus crus, et de la quête d'un éclaircissement qui se révèle en fin de compte comme l'illusion suprême : le cinéma. L'excès y est monnaie courante, mais la surenchère du choc est relativisée par l'ironie moqueuse, digne des meilleures satires, qui sous-tend tout le film.
Seulement lorsque l'euphorie et la tension tombent, au cours des premières minutes de la quête, le délire de Jodorowsky montre ses infimes faiblesses. Sans son aura d'oeuvre d'art agressive et contemplative à la fois, sans s'attaquer d'une façon éprouvante (les multiples mutilations d'animaux) à toutes les imperfections de l'humanité, La Montagne sacrée se dissiperait sans doute devant nos yeux, à l'image du plan sublime qui clôt le film !
Vu le 28 novembre 2006, au Planet Hollywood Champs-Elysées, en VO
Note de Tootpadu: