12:08 à l'est de Bucarest

| Titre original: | 12:08 à l'est de Bucarest |
| Réalisateur: | Corneliu Porumboiu |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 89 minutes |
| Date: | 10 janvier 2007 |
| Note: | |
Peu de temps avant Noël, le journaliste et gérant d'une petite chaîne de télé locale Jderescu prépare une émission sur la révolution roumaine seize ans plus tôt. Il y a convié le professeur Manescu, un ivrogne qui prétend avoir été à l'origine de la manifestation sur la place centrale de la ville, et un invité de dernière minute, le vieux Piscoci qui endosse le costume du père Noël depuis des décennies. Ensemble, les trois hommes chercheront à savoir si la révolution a réellement eu lieu dans leur petite ville, à l'est du pays.
Critique de Tootpadu
La révolution roumaine n'a-t-elle pas eu lieu ? Que reste-t-il seize ans après des événements d'ordre national dans un cadre local, restreint et modeste ? Ce lauréat de la Caméra d'or au dernier festival de Cannes n'apporte pas de réponse définitive à ces questions, mais il se penche sur elles avec un recul analytique qui fait mieux ressortir la comédie tragique de ces bouleversements sociaux.
Tandis que la première partie du film insiste sur la vie quotidienne très modeste des trois personnages principaux, la deuxième, consacrée à l'émission rocambolesque, montre encore plus clairement à quel point les choses n'ont pas évolué. En quelque sorte, Corneliu Porumboiu place l'application pratique avant l'interrogation théorique dans son premier long-métrage. Les quelques acquis sociaux qui se manifestent pendant la longue introduction (la voiture probablement volée, les pétards, les publicités lumineuses sur la place centrale) ne font en effet pas le poids face à la monotonie et au manque de moyens qui rendent chaque jour encore plus terne. L'évocation historique dans l'émission reste de même dans le vague, paralysée par un nombre élevé de facteurs qui rendent l'analyse pertinente impossible. A commencer par le format, particulièrement bancal, qui relève plus de l'improvisation que du professionnalisme audiovisuel. Mais même les témoignages et leur mise en question par les spectateurs en ligne tournent suspicieusement autour du pot, en laissant de côté les enjeux nationaux au profit de petites querelles locales. Cette absence d'importance a beau faire sourire à de nombreuses surprises, elle renforce le propos critique du film.
Le rôle de l'Histoire dans la vie quotidienne est en fait plutôt anecdotique, et à plus forte raison encore si l'on se trouve à l'écart des événements marquants, isolé dans la quiétude provinciale. Ce film plutôt intéressant nous rappelle ce fait universel, sans méchanceté mais avec un peu de recul lucide.
Vu le 10 novembre 2006, au Club de l'Etoile, en VO
Note de Tootpadu: