
| Titre original: | Fous du roi (Les) |
| Réalisateur: | Steven Zaillian |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 128 minutes |
| Date: | 01 novembre 2006 |
| Note: | |
Après des débuts modestes comme trésorier d'une petite commune de la Louisiane, Willie Stark profite de l'occasion de participer aux élections de gouverneur. En se présentant comme l'homme du peuple et en accusant ses opposants de corruption, il gagne haut la main le scrutin. Mais sa politique sociale dépensière et ses méthodes musclées d'intimidation le mettent sous la pression d'une procédure de déstitution. Il demande alors à Jack Burden, un journaliste et observateur de l'ascension de Stark depuis le début, de trouver des éléments compromettants contre le juge Irwin, l'éminence grise des attaques contre le gouverneur et le parrain de Burden.
Critique de Tootpadu
Dans son discours à forte valeur démagogique, Willie Stark mentionne à plusieurs reprises un marteau, avec lequel il compte clouer ses adversaires corrompus au pilori. Cette figure rhétorique doit revêtir une certaine importance, puisqu'elle revient au sein de la structure narrative alambiquée du film pour boucler l'histoire d'un politicien populiste. Elle s'applique aussi avec une justesse peu enviable à la forme pompeuse de ce remake du film de Robert Rossen, récompensé en 1950 par l'Oscar du meilleur film de l'année.
Le troisième film de Steven Zaillian en tant que réalisateur ne fait guère dans la dentelle. Dès les premières mesures de la bande originale austère et en fin de compte manipulatrice avec ostentation de James Horner, la gravité du sujet est abordé de front, sans la moindre finesse. Les symboles les moins équivoques se succèdent à un rythme impressionnant (le crucifix dans la voiture, le train qui fonce sur le spectateur), jusqu'au dernier en point d'orgue qui indique platement le lien de réciprocité entre la victime et l'assassin. La main très lourde avec laquelle Zaillian tente de mettre en avant les implications plus profondes de son sujet ne s'allège pas non plus au niveau narratif. Inutilement morcelée, avec des répétitions à la longue agaçantes, la structure du film enfonce ce dernier encore plus dans l'obscurité de la médiocrité. Enfin, pour finir ce tour d'horizon formel peu flatteur, la photographie de Pawel Edelman plutôt jolie avec ses tons ocrés ne permet qu'une immersion limitée dans l'époque de l'après-guerre, à cause de la mise en scène très approximative de Zaillian et de quelques parenthèses en noir et blanc prétentieuses.
Le seul point tant soit peu positif du film se trouve du côté de l'interprétation. Certes, avec une telle distribution de rêve, on aurait pu s'attendre à mille fois mieux. Mais au moins Sean Penn, qui ne gesticule pas par hasard comme une marionnette, et Jude Law, qui s'affranchit une fois des contraintes de la voix off et de son rôle d'observateur pour tenir tête aux abus de son boss, font preuve d'une solidité et d'une intensité passagère qui font cruellement défaut au film dans toute son ambition mal assumée.
Nos souvenirs de la version de Robert Rossen sont des plus vagues, mais elle ne se fait en tout cas pas supplanter par celle-ci. Toutefois, ni l'une, ni l'autre ne réussissent à rendre la corruption et la pourriture politiques particulièrement poignantes à l'écran !
Vu le 24 octobre 2006, à la Salle Gaumont - Louis Feuillade, en VO
Note de Tootpadu: