
| Titre original: | Tourneuse de pages (La) |
| Réalisateur: | Denis Dercourt |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 84 minutes |
| Date: | 09 août 2006 |
| Note: | |
Après un stage dans un grand cabinet d'avocats, Mélanie se propose à garder le fils de Maître Fouchécourt pendant les vacances de la Toussaint. Elle fait alors la connaissance de Ariane, sa femme et une pianiste de concert. Leurs chemins s'était déjà croisés dix ans plus tôt, lorsque Mélanie participait à un concours de piano et Ariane siégeait au jury. A l'époque, Mélanie avait abandonné le piano après avoir échoué à cause du comportement d'Ariane. Dans son nouveau poste de nounou, la jeune femme saura se rendre indispensable et elle aidera Ariane à reprendre sa carrière après un accident de voiture, en devenant sa tourneuse de pages.
Critique de Tootpadu
La troisième fois a été la bonne pour Denis Dercourt, un réalisateur particulièrement féru du monde musical. Après le confidentiel Les Cachetonneurs et le très médiocre Mes enfants ne sont pas comme les autres, sa troisième incursion dans l'univers des musiciens classiques lors de son cinquième film réussit enfin à transcender cette sympathie continue en la mettant au service de considérations cinématographiques. Car La Tourneuse de pages est au fond un thriller de vengeance complexe et subtil, qui aurait pu se passer aussi bien dans un cadre différent.
Le coeur de l'histoire réside en effet dans la relation très ambiguë entre Mélanie et Ariane. Le scénario de Jacques Sotty se garde bien de rendre trop explicites les tensions qui règnent autour de cette rencontre en deux temps. Il préserve en partie le mystère de ces deux personnages, de leurs pulsions et leurs pensées. Comme un transfert de fragilité, le retournement de situation entre le prologue et l'intrigue principale démontre à quel point la vie et le pouvoir ne tiennent qu'à de petites choses. L'inclusion du domaine sensuel, qui apporte une pierre supplémentaire à l'édifice de domination que Mélanie érige avec application et subversion, dépouille enfin l'ancienne idole de toutes ses forces et la laisse, littéralement, à terre. Ce n'est peut-être pas depuis La Cérémonie de Chabrol que nous avons assisté à un rapport de forces aussi malicieux entre la classe aisée et un parvenu perturbateur au dessein machiavélique.
Catherine Frot excelle une fois de plus dans un rôle aux facettes très diverses, où elle passe du stade de la vedette adulée à celui de l'épouse infidèle avec la classe qui est la sienne. Mais la jeune Deborah François, découverte dans L'Enfant des frères Dardenne, est tout aussi impressionnante avec ses airs de perfidie cachottière, qui la placent favorablement dans la catégorie du meilleur espoir féminin aux Césars l'année prochaine.
Vu le 6 octobre 2006, au Lincoln, Salle 3
Note de Tootpadu: