Voiture de luxe

Voiture de luxe
Titre original:Voiture de luxe
Réalisateur:Wang Chao
Sortie:Cinéma
Durée:88 minutes
Date:27 septembre 2006
Note:
Li Qi Ming, un instituteur proche de la retraite, monte de la campagne à la métropole Wuhan, à la recherche de son fils. Sans nouvelles de ce dernier depuis longtemps, Li Qi Ming espère le retrouver avant que son épouse ne meure sans l'avoir vu une dernière fois. Il s'installe chez sa fille, Yan Hong, qui gagne son argent comme prostitué de luxe. Un vieux policier aide Li Qi Ming dans la quête du fils disparu.

Critique de Tootpadu

Pour des parents qui tiennent à leurs enfants, savoir où ils sont et ce qu'ils font est essentiel. Nous sommes assez bien placés pour le savoir puisque les nôtres ne tardent pas à rappliquer par téléphone dès que la période de silence a été trop longue à leur goût. Ce troisième film du réalisateur chinois Wang Chao, né du désir de rendre compte des manifestations de son éclatement familial personnel, touche ainsi un point sensible et déclenche chez nous des émotions probablement étrangères aux personnes qui n'ont jamais quitté pour de bon le nid parental afin de s'aventurer dans la grande ville. Le père qui descend du bateau et se retrouve au milieu d'une agitation citadine dont il ne fait pas partie. Le père qui monte dans la chambre de sa fille et qui doit se rendre compte que ses conditions de logement sont très modestes. Et enfin, le père qui garde un optimisme, authentique ou de façade qui le sait, pendant sa recherche et tout son séjour qui est pourtant émaillé d'incidents désagréables. Autant de moments révélateurs d'un malaise dû à un manque d'adaptation, qui nous mettent d'une façon aussi subtile qu'inévitable face à notre propre existence.
Outre cette observation délicate et juste du rapport filial, le film dresse un constat guère plus reluisant de la Chine actuelle. La misère qui règne dans la métropole est d'autant plus oppressante que la caméra de Wang Chao l'enregistre avec une neutralité et une banalité saisissantes. La photographie numérique sans fioriture met à nu les personnages désemparés et les décors urbains désolés. Les lumières colorées du lieu de travail de Yan Hong ne cachent ainsi pas plus le caractère abusif de son emploi que l'approche factuelle de la recherche du père ne rend celle-ci plus héroïque. En abordant ses quatre personnages principaux avec une compassion dépourvue d'illusions sur la nature humaine et la dureté de la vie, Wang Chao réussit une histoire vraie et touchante.
Dans l'ensemble très solide et pertinent, le film peine par contre parfois à franchir le pas vers l'excellence. Comme lors de la réunion finale autour d'un dîner de départ, lourde en sous-entendus et non-dits, qui est malheureusement un peu trop vite expédiée. D'ailleurs, s'il y a une chose à reprocher au réalisateur ce serait bien celle-là : de trop cultiver l'art de l'ellipse, par choix narratif ou par nécessité budgétaire, quitte à passer en coup de vent sur des éléments d'une histoire qui aurait peut-être gagné à être contée d'une façon plus approfondie.

Vu le 11 septembre 2006, au Club Marbeuf, en VO

Note de Tootpadu: