Dignité du peuple (La)

Dignité du peuple (La)
Titre original:Dignité du peuple (La)
Réalisateur:Fernando E. Solanas
Sortie:Cinéma
Durée:121 minutes
Date:27 septembre 2006
Note:
Après le sursaut démocratique et social qui avait ponctué la crise économique en Argentine en décembre 2001, le réalisateur Fernando Solanas va à la rencontre d'hommes et de femmes modestes qui combattent à leur façon l'inégalité et la pauvreté qui accablent le pays. Ces laissés-pour-compte d'une nation au bord de la faillite pratiquent une forme de soldarité simple et efficace, qui réussit à tenir tête à la dépossession du peuple et à son appauvrissement, pratiqués par la classe dirigeante. En dépit du caractère précaire de leur lutte, les défavorisés de l'Argentine réclament leur dignité.

Critique de Tootpadu

Deux ans après son documentaire-brûlot hautement instructif, Mémoire d'un saccage, sur le démantèlement économique et financier de son pays, le réalisateur argentin Fernando Solanas nous revient avec une oeuvre encore plus engagée et encore plus révoltante. Le calcul des richesses éparpillées laisse ici la place à un portrait déchirant sur ceux qui doivent désormais tenter de survivre sans l'aide sociale, bradée par des gouvernements successifs trop corrompus et trop libéraux.
A travers une démarche qui rappelle fortement le néo-réalisme italien dans son dépouillement esthétique et l'intérêt qu'il porte aux gens simples et démunis, Solanas pratique un cinéma socialement engagé par excellence. Les quelques instantanés qu'il prend d'une société en pleine crise se démarquent à la fois par l'absence de tout misérabilisme et le refus tout aussi ferme de tomber dans l'extrême inverse, l'optimisme aveugle. Le destin de la demi-douzaine de victimes de la banqueroute de l'Argentine n'est qu'un aperçu d'une population qui n'a plus rien à perdre. Et le récit qu'en fait Solanas prend en compte et leur solidarité déterminée, et leur incapacité de réellement faire changer les choses. En cela, il s'inscrit dans la lignée discontinue des chroniqueurs populaires, qui arrivent à transmettre la peine éprouvée par leur sujet au spectateur. Depuis John Ford (Les Raisins de la colère) et Luchino Visconti (La Terre tremble), les cinéastes qui prennent réellement à coeur la misère des plus pauvres restent malheureusement trop rares.
Avec sa voix au timbre d'un père concerné et sa capacité à filmer une vie aussi précaire que précieuse, Fernando Solanas poursuit ainsi une trilogie potentielle dont l'urgence et la pertinence sociales ne peuvent que faire rêver dans une France embourbée dans son aisance matérielle et son système politique opaque.

Vu le 4 septembre 2006, au Club Marbeuf, en VO

Note de Tootpadu: