
| Titre original: | Bamako |
| Réalisateur: | Abderrahmane Sissako |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 117 minutes |
| Date: | 18 octobre 2006 |
| Note: | |
Au Mali, un procès se tient dans la cour d'un immeuble contre les conséquences de l'ajustement structurel imposé par le FMI et la Banque Mondiale contre les pays pauvres africains. Alors que les témoins des ravages de la dépossession économique et sociale défilent à la barre, la vie continue dans ce microcosme urbain.
Critique de Tootpadu
L'Afrique va de plus en plus mal, cela n'est un secret pour personne. Un continent malade, elle gît exsangue et entourée des vautours du nord qui s'acharnent encore sur une carcasse qui n'a plus rien à offrir. Le cinéma africain ne va guère mieux, puisqu'à peine une petite dizaine de films par an arrive sur nos écrans, qui se montrent pourtant accueillants au nom de la francophonie. Trois ans après son poétique En attendant le bonheur, le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako se penche une fois de plus sur les gémissements aussi attachants que déterminés d'un géant mal-en-point.
Au début, ce procès à forte valeur symbolique se conforme à l'aperçu que nous avons pu gagner ces dernières années du cinéma africain : un récit qui prend son temps, qui observe la vie se dérouler au lieu de provoquer l'action, qui reste au plus près des banalités vibrantes de la vie. En morcelant la structure temporelle de son histoire, le réalisateur crée de surcroît un espace cinématographique aussi stimulant que les couleurs vives qui enflamment l'image. Le potentiel de cette observation précise d'un microcosme qui mélange les occupations habituelles et l'événement exceptionnel paraît alors illimité.
Et puis, le film glisse progressivement vers le pamphlet enragé qui fait fi de toutes les subtilités qui rendaient la narration aussi fascinante auparavant. L'usage d'un symbolisme lourd s'accentue à partir des flots de teinture rouge qui s'écoulent dans l'égout pour évoquer les exilés errants, en quête d'un travail, qui ont été avalés par le désert. Et les ruptures du flux narratif deviennent de plus en plus arbitraires, jusqu'à cette séquence de western improbable qui se pose une fois de plus en parabole lourde de sens.
Toutefois, le point essentiel sur lequel le film échoue en quelque sorte, en dépit de toutes ses bonnes intentions et de son esthétique passionnante, c'est de ne pas trouver de lien probant, outre ces symboles trop voyants, entre l'agitation de plus en plus véhémente du procès et la poursuite de la vie quotidienne tout autour. Lorsque les plaidoiries se déchaînent devant le tribunal, au fond impuissant, avec une force enragée qui est depuis longtemps passée dans le camp des partisans fanatiques, le drame à l'extérieur n'a pas encore gagné assez d'épaisseur pour tenir tête à cet assaut verbal. Du coup, les flots de paroles des activistes et ceux nourris de larmes des habitants de la maison ne se complètent ou se répondent pas d'une façon satisfaisante en vue de la gravité de l'enjeu.
Vu le 31 août 2006, au Club de l'Etoile, en VO
Note de Tootpadu: