Héritage (L')

Héritage (L')
Titre original:Héritage (L')
Réalisateur:Témour Babluani, Gela Babluani
Sortie:Cinéma
Durée:76 minutes
Date:20 septembre 2006
Note:
Patricia, Jean et Céline, trois jeunes français, viennent d'arriver à Tbilissi, en Géorgie, pour régler l'héritage d'un château fort. Accompagnés de leur interprète Nikolaï, ils se rendent en province pour inspecter leur bien. A bord du car, ils font la connaissance d'un jeune homme qui voyage en compagnie de son grand-père et d'un cercueil vide. Ils apprennent alors que les deux hommes se rendent dans un village ennemi pour résoudre une vieille querelle familiale.

Critique de Tootpadu

La Géorgie est un pays exotique, le genre de contrée lointaine et peu visitée qui demeure un mystère pour l'observateur occidental. Cependant, le point de vue qu'adopte ce film n'est pas celui du touriste qui s'émerveille devant les trésors cachés d'une culture inconnue. Au contraire, sa démarche est plus complexe, puisqu'il s'agit d'observer et en quelque sorte de commenter le comportement des étrangers qui sont venus pour s'imprégner à leur façon du pays.
Ce centre d'intérêt principal, les deux réalisateurs Babluani, père et fils, le gardent bien caché pendant la première partie du film. De ce manque d'information naît même une petite frustration, car le spectateur ignore le lien précis entre les trois français et leurs motivations réelles pour suivre le groupe autour du cercueil vide. Il n'en saura d'ailleurs jamais rien, mais le but du film n'est pas de tout expliquer dans les moindres détails et dans un flux narratif conventionnel. Non, la portée réelle du film, des micro-événements qui ne paraissaient pas revêtir une importance particulière de prime abord, ne se dévoile qu'à la fin, lorsque le véritable personnage principal, le traducteur, les met tous en perspective.
C'est alors seulement que le film nous montre sa face et son intention avec une force rétroactive hors du commun. A la façon d'un Lost in Translation, mais avec infiniment plus de subtilité, il se penche en effet sur le rôle des touristes ou plus largement des étrangers dans des pays dont ils ignorent tout, mais qu'ils croient pouvoir apprivoiser avec les moyens issus de leur propre culture. Il s'y cache un commentaire virulent sur les dégâts inévitables de toute forme d'immixtion, aussi noble et altruiste soit-elle. Ainsi, le coquard physique que Jean a récolté au début, grâce à sa tentative maladroite de jouer aux héros, et qui l'empêche d'ailleurs par la suite de pratiquer son voyeurisme faussement impliqué, se transforme en une plaie psychologique bien plus humiliante à la fin. Sauf que par leur jeu habile des ellipses, les réalisateurs laissent planer le doute sur la compréhension, de la part des étrangers, des conséquences néfastes de leur ingérence.

Vu le 3 août 2006, à la Salle MK2, en VO

Note de Tootpadu: