A Scanner Darkly

A Scanner Darkly
Titre original:A Scanner Darkly
Réalisateur:Richard Linklater
Sortie:Cinéma
Durée:100 minutes
Date:13 septembre 2006
Note:
L'Amérique dans un futur proche est en proie à un terrorisme, qui s'introduit dans une part importante de la population à travers l'absorption et la dépendance de la substance M. Le policier californien Bob Arctor est chargé de s'espionner lui-même et son groupe d'amis tous plus ou moins sous l'emprise de la drogue. A force de revêtir de multiples identités et d'être à la fois le cobaye et le surveillant, Arctor commence à ne plus savoir qui ou en quoi croire.

Critique de Tootpadu

Imprévisible et profondément abstrait, ce conte futuriste emmène le spectateur dans un monde hallucinatoire qui, même s'il est basé sur l'univers de Philip K. Dick, ne ferait pas honte aux fantasmes de William S. Burroughs adaptés par David Cronenberg dans Le Festin nu. La quête futile d'un personnage principal de moins en moins sûr de lui-même fournit en effet un moteur légèrement arbitraire pour une histoire truffée de bizarreries en tout genre. Cet état d'esprit incertain, d'une certaine façon infecté par la consommation de cette drogue avilissante, constitue la qualité principale d'un film autrement plus inégal.
Malgré son aspect curieusement dépaysant, l'animation du film à la manière de Waking Life ou de Renaissance distrait plus qu'autre chose. Tandis que son côté esthétique est avant tout une question de goût, son utilité pour présenter cette histoire nous paraît déjà plus discutable. A quelques exceptions notables près, comme la combinaison de camouflage probablement très difficile à rendre crédible par le biais d'effets spéciaux, l'animation n'apporte pas grand-chose au film. Puisque le processus technique consiste justement à recréer des acteurs réels, il paraît d'ailleurs aisé de s'imaginer à quoi ressemblerait le film en prises réelles. Et il nous semble que l'abolition de cette barrière visuelle un peu poussive aurait permis au film d'être la descente aux enfers du délire propre à la consommation de drogues digne d'un Las Vegas Parano de Terry Gilliam. Dans l'état, la décomposition des visages en facettes et la fluidité perturbée du mouvement reste un effet de style plutôt dispensable.
Derrière ces réserves formelles, la mise en scène de Richard Linklater n'arrête pas de nous surprendre grâce au potentiel décalé de son sujet. Tant qu'il est possible d'en juger à travers la couche épaisse de coups de pinceau numérique qui leur sont administrés, les interprétations d'une distribution faussement passée de mode sont impressionnantes dans leur délire dubitatif. Raison de plus de regretter que l'on ne puisse pas admirer Keanu Reeves, Robert Downey Jr., Winona Ryder et Woody Harrelson en direct dans leurs tours de force perturbés.

Vu le 25 juillet 2006, à la Salle Warner, en VO

Note de Tootpadu: