Vent se lève (Le)

Vent se lève (Le)
Titre original:Vent se lève (Le)
Réalisateur:Ken Loach
Sortie:Cinéma
Durée:126 minutes
Date:23 août 2006
Note:
Irlande, 1920. La veille de son départ à Londres, pour y étudier la médecine, le jeune Damien O'Donovan est le témoin de deux attaques d'intimidation violentes de la part des troupes de l'occupant britannique. Il décide alors de rejoindre le mouvement clandestin d'indépendance mené par son frère aîné Teddy.

Critique de Tootpadu

La mécanique impitoyable de la guerre civile est au centre du film pour lequel Ken Loach a enfin obtenu la reconnaissance suprême sous la forme d'une Palme d'or cette année à Cannes. Après son récit engagé de la guerre civile espagnole dans Land and Freedom il y a dix ans, le réalisateur anglais nous plonge dans un autre conflit meurtrier dont les séquelles persistent jusqu'à ce jour et qui présente en quelque sorte un cas d'école pour l'interaction des opposants et des alliés dans ces circonstances historiques et sociales.
Comme dans ses films les plus aboutis, Loach joue en effet sur deux tableaux à la fois, en ouvrant son discours partisan de la gauche à une analyse plus vaste de la condition humaine. Les utopies du protagoniste, qui rêve d'un état irlandais socialiste, ne représentent qu'une vision possible du conflit, qu'une façon de poursuivre le combat après les atrocités, et peut-être pire encore, après les compromis sournois. Ce film puissant montre que la guerre est omniprésente, si l'on ne trahit pas ses idéals, et qu'elle n'a rien d'édifiant ou de satisfaisant. Habité par la même humanité et le même désir d'indépendance qu'un Gandhi, par exemple, le film ne s'égare point dans l'hagiographie, mais il démontre par un habile retour sur les lieux de l'horreur de l'occupation à quel point les victoires politiques sont fragiles et trompeuses. En prenant parti pour le jeune médecin intransigeant, Ken Loach revêt certes une fois de plus sa casquette de militant populaire, mais il le fait en toute lucidité quant aux risques, périls et minces chances de réussite de sa croisade.
Toujours aussi fidèle à ses convictions de fond, Ken Loach a également soigné la forme de son épopée guerrière. Il ne cherche jamais à faire joli, jusqu'à privilégier l'obscurité là où elle s'impose (les rafles nocturnes, les intérieurs des demeures modestes). Avant tout, il exerce une prise émotionnelle irrésistible qui borde parfois à la surcharge. Les rares moments de calme entre les attaques et les ripostes continuelles apparaissent alors plus comme des compromis avec une narration conventionnelle qu'en tant que pauses de réflexion nécessaires après la densité des batailles et des deux, trois discussions politiques, un brin trop didactiques (l'après-procès, le vote du traité).

Vu le 4 juillet 2006, au Club de l'Etoile, en VO

Note de Tootpadu: