Entre deux rives

Entre deux rives
Titre original:Entre deux rives
Réalisateur:Alejandro Agresti
Sortie:Cinéma
Durée:99 minutes
Date:26 juillet 2006
Note:
Kate Forster est triste de quitter la maison de verre, située au bord d'un lac, qu'elle avait louée pour se retrouver après la rupture avec son copain Morgan. Mais la grande ville, Chicago, l'appelle, où elle doit commencer son nouveau travail à l'hôpital. Elle laisse donc un mot dans la boîte aux lettres pour prier son successeur dans la maison de faire suivre son courrier, en cas de ratage de la part de la poste, et pour lui donner quelques conseils pratiques. A sa surprise, Alex Wyler, le nouveau locataire, lui répond en précisant qu'il ne comprend pas trop de quoi elle parle. Après quelques échanges par boîte aux lettres interposée, les deux correspondants découvrent la source incroyable de leurs malentendus : deux ans séparent Alex de Kate, qui lui écrit d'un futur proche.

Critique de Tootpadu

Les comédies romantiques avec une touche fantastique ont autant la côte à Hollywood en ce moment que les remakes de films étrangers. Le premier film américain du réalisateur argentin Alejandro Agresti s'intègre ainsi sans trop de résistance dans les canons d'un cinéma sentimental commercial. Il perpétue le mythe du grand amour à travers une histoire d'une complexité abusive, qui risque de perdre le spectateur dans de longues balades contemplatives à travers Chicago.
Le seul signe de distinction de ce film passablement divertissant est en effet le dispositif du décalage horaire. Un Effet papillon du pauvre, le scénario se laisse cependant trop rapidement dépasser par les méandres de ce va-et-vient temporel. Au lieu de dynamiser la relation centrale grâce à cette astuce un peu encombrante, l'histoire ne va jamais jusqu'au bout de ses implications et de son potentiel d'interaction. Au fur et à mesure de la progression de l'intrigue, le réseau de renvois dans le temps s'épaissit inutilement, jusqu'à détourner l'attention de l'enjeu sentimental du film. Il devient alors plus intéressant de chercher les failles de la construction narrative - et il y en a - que de suivre le cours de l'histoire jusqu'à un dernier revirement et une conclusion largement prévisibles.
Si les différentes étapes de la séduction ne changent guère d'une comédie sentimentale à une autre, les protagonistes de ces coups de foudre programmés peuvent parfois raviver la flamme des coeurs et nous faire croire à nouveau au prince ou à la princesse, dessinés avec de l'eau de rose. En somme, si les acteurs sont crédibles dans leur dévotion l'un pour l'autre, le reste n'a plus vraiment d'importance. Malheureusement, les retrouvailles de Sandra Bullock et de Keanu Reeves ne reproduisent point les mêmes étincelles que lors de leur première rencontre cinématographique dans Speed. Alors que l'actrice reste convenable, loin des tics qui caractérisent son jeu comique, son compagnon est une fois de plus particulièrement mal inspiré. Keanu Reeves est un comédien physique qui se sent à l'aise dans les rôles qui mettent en valeur son corps et ses actions, mais qui échoue invariablement lorsqu'il s'agit d'aborder le métier d'un point de vue plus intériorisé. Pas encore un obstacle au bon fonctionnement de Sweet November, son interprétation est ici bien plus désolante. Incapable de réussir ne serait-ce que les émotions les plus faciles (l'éternuement), Reeves devient carrément insupportable lorsqu'il est obligé de verser une petite larme.
Les rares atouts du film, comme des seconds rôles solides (Shohreh Aghdashloo & Christopher Plummer) et des clichés sympathiques de Chicago, n'arrivent pas à compenser une relation amoureuse sans charme et une mise en scène pas moins plate et fade.

Vu le 30 juin 2006, à la Salle Warner, en VO

Note de Tootpadu: