
| Titre original: | Citizen Dog |
| Réalisateur: | Wisit Sasanatieng |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 94 minutes |
| Date: | 23 août 2006 |
| Note: | |
Lorsqu'il arrive à Bangkok, la plus grande peur du jeune Pott est de voir une queue pousser de son derrière, comme l'avait prédit sa vieille grand-mère lors de son départ de la campagne. Mais au lieu d'acquérir une extrémité en plus, il se coupe l'index à son travail dans une usine de conserves. Il décide alors de changer de boulot et devient gardien dans une entreprise. Il y rencontre Jinn, une fille aussi bizarre que lui, qui croit en ses rêves et qui est persuadé que le bonheur se cache dans un livre blanc qu'elle ne sait pas lire. Désormais, Pott fera tout pour accommoder Jinn et se faire aimer par elle.
Critique de Tootpadu
Le réalisateur thaïlandais Wisit Sasanatieng nous avait complètement subjugués avec son premier film Les Larmes du tigre noir, un western asiatique décalé et déjà très kitsch qui était sorti en France il y a quatre ans. L'attente était donc raisonnablement élevée pour voir si cette deuxième oeuvre allait nous transporter dans un univers aussi dépaysant et déjanté que la romance de Rumpoye et Dum.
La première impression reste encore très favorable et curieusement intriguée, face à ce générique chanté qui multiplie les perspectives déformées et les trucages numériques plutôt ingénieux. Le décor a alors beau être contemporain, les éléments fantastiques font rapidement leur entrée, par exemple à travers cette histoire de queue qui pousse, une des obsessions majeures du film. Et le travail à la chaîne rend un hommage très coloré à Charlot ouvrier dans Les Temps modernes. Toutefois, l'étrangeté du début s'y fait déjà de plus en plus rare, ou plutôt, elle se transforme en une particularité ostentatoire. Tandis que nous étions désarmés face au générique inclassable, les personnages de la suite du récit, introduits par des inter-titres, nous inspirent davantage un étonnement blasé face à tant de bizarreries.
Une fois l'histoire sentimentale enclenchée, le film perd en effet beaucoup de son originalité pour emprunter des voies plus douceâtres. Alors que le début rappelait le Lars von Trier de Dancer in the Dark, les couleurs criardes en plus, tout le reste s'apparente de près à du Jean-Pierre Jeunet pur jus. Le rose qui revêtait encore une certaine connotation gaie au début, se transforme alors irrémédiablement en un rose bonbon oppressant. A de rares sursauts d'une approche moins consensuelle près (le lécheur et le tripotage du derrière sans queue), l'histoire devient de plus en plus romantique et bêtement naïve. Dans l'univers de personnages animés par des rêves ou des désirs innocents, le style nerveux de Wisit Sasanatieng penche progressivement vers le tapage artistique. Le réalisateur semble en effet tellement croire en son histoire oh si charmante qu'il applique des couches d'enchantement supplémentaires là où une dérision cinglante nous aurait évité l'indigestion de sucreries.
Très joli et très sympathique, ce deuxième film s'aventure trop dans les eaux stagnantes d'une Amélie Poulain pour vraiment nous convaincre. Et ce n'est pas la pluie d'objets la plus incongrue depuis les grenouilles de Magnolia qui va changer la donne.
Vu le 29 juin 2006, au Club Marbeuf, en VO
Note de Tootpadu: