Un couple parfait

Un couple parfait
Titre original:Un couple parfait
Réalisateur:Nobuhiro Suwa
Sortie:Cinéma
Durée:107 minutes
Date:08 février 2006
Note:
Marie et Nicolas, un couple modèle depuis quinze ans, montent à Paris pour y fêter le mariage d'un ami. Leur propre relation est au plus mal et ils envisagent sérieusement de divorcer.

Critique de Tootpadu

L'austérité assumée de ce compte rendu d'une séparation crée des moments d'une beauté et d'une tristesse saisissants. Essentiellement limité à deux échelles de plan, avec soit une caméra qui observe de loin les personnages pendant de longs plans fixes, soit des gros plans qui collent au plus près des visages, le langage cinématographique du quatrième film de Nobuhiro Suwa perce la sensibilité et la souffrance émotionnelle contenues dans son histoire sur la durée. Les ellipses obtenues à travers des écrans noirs contribuent également à une tonalité dépouillée.
En effet, la séparation envisagée par Marie et Nicolas se fait dans la douleur intériorisée et la résignation. Les raisons pour l'état agonisant de leur mariage ne sont pas données, mais on sent néanmoins très bien que la vie commune a considérablement usé le couple. L'étape des disputes a peut-être déjà été dépassée et la parcimonie de la communication entre les mariés laisse deviner un malaise et une lassitude profonds. Marie et Nicolas se trouvent à un moment crucial de leur relation, le point où tout va basculer dans les procédures de divorce inéluctables si l'ultime tentative de récupération n'est pas entreprise. La parenthèse parisienne ne remplit pas précisément ce rôle-là, mais les retrouvailles avec des amis plus ou moins récents, ainsi que le fait de rester ensemble pour deux jours avant de tirer éventuellement un trait sur quinze ans de vie commune, se cristallisent en tant que dernière mise à l'épreuve d'une relation prête à s'écrouler.
Il est impossible de ne pas voir plusieurs points de ressemblance entre cette oeuvre et le chef-d'oeuvre de Roberto Rossellini, Voyage en Italie. Dans les deux films, les deux conjoints ne voient plus de raison pour rester ensemble et ils ne croient plus non plus au rattrapage des dégâts faits par le temps. De même, une sorte de sursaut se passe lors de la rencontre avec l'art, comme les belles séquences de la visite du musée Rodin ici. Et enfin, la connaissance du parcours du couple interprété par Ingrid Bergman et George Sanders nous donne l'espoir partiellement faux que le revirement final donnera une dernière chance à Valeria Bruni-Tedeschi, une fois de plus sublimement torturée ici, et Bruno Todeschini.

Vu le 5 juin 2006, au MK2 Beaubourg, Salle 4

Note de Tootpadu: