
| Titre original: | Beur blanc rouge |
| Réalisateur: | Mahmoud Zemmouri |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 86 minutes |
| Date: | 17 mai 2006 |
| Note: | |
L'atmosphère chauffe à Belleville à quelques jours du premier match de foot entre l'Algérie et la France. Parmi les supporters ardents de l'Algérie figure Brahim, un jeune fils d'immigrés né en France. Avec ses potes Mouloud et Gaby, il rêve de voir une victoire de l'équipe de son pays d'origine au Stade de France. Une revanche en guise de consécration sportive qui permettrait à Brahim d'oublier son quotidien peu glorieux à Paris.
Critique de Tootpadu
Positionnée très adroitement entre deux événements sociaux majeurs, les émeutes de banlieue de novembre dernier et la coupe du monde de foot le mois prochain, cette comédie sympathique profite avant tout du contexte pour dresser un portrait très décomplexé des jeunes issus de l'immigration. Mahmoud Zemmouri, qui est depuis plus de vingt ans un représentant engagé en termes de cinéma de l'influence maghrébine en France, s'y est inspiré du match embarrassant du 6 octobre 2001 afin de montrer à quel point l'identité culturelle métissée des jeunes était loin d'être apaisée et fixée.
Si le match et ses excès, ainsi que l'atmosphère de paranoïa accrue moins d'un mois après le 11 septembre, forment le fond et le but des agissements de Brahim et de ses copains, la préoccupation principale du film est justement de dédramatiser la situation et d'évoquer le destin presque banal d'un jeune adulte écartelé entre deux cultures qui n'ont pas grand-chose en commun. Pour éviter toute prise de position autre qu'humaniste, Zemmouri s'applique à inclure un éventail large de positions face à l'immigration. Ainsi, pendant le match fatidique, nous verrons autant de sifflements contre la Marseillaise que de supporters d'origines diverses qui célèbrent ensemble l'esprit sportif. Et si la philosophie sinueuse de Brahim ne le mène finalement nulle part, ses copains ont su trouver un moyen pour s'intégrer sans renier leurs racines culturelles. Derrière la façade d'une comédie très plaisante, en dépit de la blague récurrente autour d'un supporter de petite taille malchanceux dont seule la partie poétique fonctionne, le réalisateur apporte alors une réponse modérée et tolérante à la question de l'intégration que la classe politique ne veut pas ou ne sait pas résoudre.
Enfin, notre adhésion était pratiquement acquise dès que nous avons vu que le film était porté par l'excellent Yasmine Belmadi. Un des jeunes acteurs français les plus prometteurs et les plus séduisants de ces dernières années, il s'était jusqu'à présent surtout illustré dans des films confidentiels à thématique gaie ou dans des petits rôles clichetonneux dans des comédies populaires. Ici, il est très hétéro comme il faut, même si la séquence de la baignoire rappelle le sublime plan du corps découpé dans Wild Side, et que son escapade en peignoir de fille, tout de suite après, inspire La Cage aux folles à sa copine. Grâce à son charme décontracté, il contribue une part importante à l'authenticité d'un film aussi divertissant que socialement pertinent.
Vu le 9 mai 2006, au Club Marbeuf
Note de Tootpadu: