
| Titre original: | Imposteur (L') |
| Réalisateur: | Christoph Hochhäusler |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 90 minutes |
| Date: | 10 mai 2006 |
| Note: | |
A la fin de sa scolarité, Armin Steeb ne trouve pas de travail. Passif et peu ambitieux, le jeune homme passe des entretiens d'embauche pour ne pas être inquiété par ses parents, qui craignent que leur fils le plus jeune tourne mal. Mais ce qui intéresse réellement Armin, ce sont la mécanique, les autoroutes avec leurs aires de repos glauques, et la fille qu'il désire, Katja. Pour attirer l'attention, Armin envoie un jour une lettre d'aveux au journal, en rapport avec l'accident suspect d'un directeur de banque.
Critique de Tootpadu
Après son conte inquiétant sur l'odyssée de deux enfants dans Le Bois lacté, le réalisateur allemand Christoph Hochhäusler nous revient avec le récit pas plus commode d'un adolescent en quête de repères. Le style austère, rigide et quasiment immobile est resté, et il s'est même affiné dans ce deuxième long-métrage à l'esthétique directe et opprimante. Le sujet a cependant pris de l'ampleur dans cette observation sans complaisance d'une adolescence déboussolée et renfermée.
A l'image de ses confrères Larry Clark et Michael Haneke (dans les années 1990), Hochhäusler décrit d'une façon neutre la vie de jeunes adultes qui ne correspondent en rien à ce que la société formatée attend d'eux. Ce regard engagé, mais pas pour autant partisan, accumule une force émotionnelle bien plus rédoutable que les pamphlets filmiques les mieux intentionnés. L'apathie du protagoniste dans ce film-ci, son incapacité profonde de s'enthousiasmer pour quoique ce soit, laisse alors supposer un malaise moral et psychologique grave, sans que le cinéaste ne se permette le moindre jugement. Grâce à une narration à forte tendance elliptique, Hochhäusler évoque plus qu'il ne montre. Les frasques d'Armin ne donnent ainsi jamais lieu à une explication, sa confusion n'arrive jamais à se ranger d'une façon ou d'une autre.
Cette confusion existentielle la plus complète se trouve constamment dans une opposition bénéfique avec le style épuré. La discipline avec laquelle Hochhäusler agence ses séquences et le réseau des personnages rentre régulièrement en collision avec le délabrement progressif de son protagoniste. Les actes de ce dernier, son éloignement progressif du noyau familial et sa corruption morale (les ébats sexuels dans la maison parentale), reflètent bien l'état d'esprit d'une jeunesse sans identité propre. Ou pour mieux résumer la condition de ce jeune homme ni tout à fait fainéant, ni tout à fait antipathique : il y a des gens qui se complaisent dans leurs propres excréments (à vérifier lors d'une séquence particulièrement troublante).
Vu le 24 avril 2006, au Club Marbeuf, en VO
Note de Tootpadu: