Mois d'avril sont meurtriers (Les)

| Titre original: | Mois d'avril sont meurtriers (Les) |
| Réalisateur: | Laurent Heynemann |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 89 minutes |
| Date: | 15 avril 1987 |
| Note: | |
Le ministre de l'intérieur vient d'envoyer une circulaire qui autorise les forces de l'ordre à employer des méthodes musclées dans la lutte contre le terrorisme. L'inspecteur Fred s'en sert pour mener l'enquête sur un meurtre atroce. Il est convaincu que Gravier, un ancien militaire avec des antécédents meurtriers, est le coupable et il s'acharne sur lui.
Critique de Mulder
Critique de Tootpadu
Très loin de l'esthétique clinquante pour laquelle on se souvient surtout des années 1980 de nos jours, ce polar fait preuve d'une rigueur exemplaire dans la description d'une bataille psychologique féroce entre un flic et un assassin présumé. D'ailleurs, le titre emblématique donne une fausse impression, puisque le climat et le ton du film sont extrêmement automnaux. Cette décrépitude se retrouve également au niveau des personnages, qui cultivent pour la plupart une obsession morbide. Ainsi, l'ambition de l'inspecteur est de vieillir pour voir mourir la pègre qui l'entoure, et Gravier s'est résolu à vivre dangereusement puisque la ligne de vie dans sa main est courte. La mort frappe de même sans avertissement, laissant l'inspecteur arriver toujours quelques minutes trop tard. Cette insistance sur l'incapacité d'éviter le mal fait partie du jeu du chat et de la souris élaboré auquel s'adonnent les deux antagonistes avec une hargne étrange qui borde à la complicité perverse.
Si Fred et Gravier tournent avec une telle obstination l'un autour de l'autre, c'est parce qu'ils sont de vieux routiniers du crime qui savent s'armer de patience et bien cibler leurs coups. Fred s'obstine très tôt à considérer l'ancien militaire comme coupable et il ne relâche plus la pression dès lors. Que cette affaire n'est en fin de compte pas ce qu'il pensait, qu'elle le dépasse bien qu'il ait eu tous les éléments en main dès le départ, ce contretemps ne perturbe pas tellement le vieux policier qui se l'est appropriée afin d'obéir à sa conception personnelle de la justice. Sa fermeté et sa parole à la fois violente et sophistiquée ne cachent alors plus le constat d'amertume d'un fonctionnaire qui préfère garder son bureau à proximité des toilettes pour rester près de la vrai merde. Et même si vingt ans se sont déroulés depuis la sortie du film, l'image qu'il dresse du travail de la police, de ses implications politiques et de ses méthodes véreuses, ne paraît guère démodée dans l'ère Sarkozy.
Laurent Heynemann ne tourne plus que des Maigret pour la télé ces dernières années. Cependant, sa réalisation d'un scénario intelligent co-signé Bertrand Tavernier est d'une densité très appréciable. Il sait parfaitement capter la désolation des décors de banlieue déserts et la résignation de personnages abrutis par la vie. La petite touche cinéphile de Tatav ne manque pas par ailleurs, puisqu'un jeune assistant est euphorique lorsqu'il apprend le passage d'une rétrospective de Frank Borzage à la télé. Un enthousiasme juvénil et déplacé dans les locaux sombres du commissariat, qui est vite calmé lorsque le cinéaste en herbe se rend compte de l'omission de The Mortal Storm.
Enfin, l'interprétation de Jean-Pierre Marielle est une fois de plus magistrale, sombre mais pas lugubre, contrôlé mais pas insensible. A ses côtés, Jean-Pierre Bisson campe un criminel ambigu et difficile à cerner. Et la musique de Philippe Sarde est comme souvent excellente dans sa position de moteur décalé de la narration.
Vu le 28 avril 2006, à la Cinémathèque Française, Salle Georges Franju
Note de Tootpadu: