Cinéma, aspirines et vautours

Cinéma, aspirines et vautours
Titre original:Cinéma, aspirines et vautours
Réalisateur:Marcelo Gomes
Sortie:Cinéma
Durée:101 minutes
Date:19 avril 2006
Note:
En 1942, le Brésil qui était longtemps resté neutre, commence à s'engager auprès des Etats-Unis dans la Deuxième guerre mondiale. Johann, un Allemand qui avait fui son pays pour ne pas être enrôlé, parcourt les étendues désertes du nord-est afin d'y vendre un nouveau médicament miracle, l'aspirine. Sur la route, il rencontre Ranulpho qui rêve de faire sa vie à Rio de Janeiro. Ensemble, les deux hommes devront se rendre compte qu'ils ne pourront pas échapper au conflit armé, même dans le territoire le plus reculé du Brésil.

Critique de Tootpadu

L'amitié en temps de guerre entre des personnes que rien ne prédispose à se rencontrer est au centre de ce film brésilien, présenté l'année passée à Cannes dans la section "Un certain regard". D'ailleurs, la relation entre Johann, l'expatrié, et Ranulpho, le réfugié économique, commence plutôt mal, avec de la méfiance et des préjugés. Imperceptiblement, les deux hommes arrivent à se connaître et à s'apprécier, le temps d'un long trajet à travers des contrées isolées. Une des qualités du scénario consiste à ne pas imposer des caractéristiques qui ne lui conviennent pas à ce rapport central. Et Johann, et Ranulpho demeurent ainsi fermement dans le comportement que leur culture et leurs origines leur ont inculqué. La curiosité allemande de l'un, qui trouve même les déboires des fermiers intéressants, ne s'accorde jamais vraiment avec le caractère grognon de l'autre. Au fur et à mesure, les angles s'arrondissent pourtant et, sans se ressembler davantage à la fin, les deux hommes ont su saisir l'opportunité d'apprendre l'un de l'autre.
Cette attitude patiente et pas du tout spectaculaire de la narration trouve un symbole très adroit dès le premier plan du film, après les éternelles mentions des organismes financiers ayant participé à la production, apparemment d'usage au Brésil. L'image complètement surexposée, telle la première expérience visuelle d'un nouveau-né, nous laisse très progressivement découvrir le paysage désolé, depuis à peu près le point de vue de Johann, conduisant son vieux camion de marchand itinérant. Ce dispositif est encore répété une ou deux fois plus tard dans le film, mais sa signification s'accomplit déjà ici. Il faut du temps pour habituer l'oeil, et plus abstraitement nous-mêmes, avant de pouvoir distinguer et reconnaître, avant de retrouver sa place dans le monde. Le récit sans fracas (à deux, trois instants curieusement montés près) de ce film beau et simple nous rappelle au fond l'importance d'accomplir son destin, mais également de savoir profiter de la vie en vivant dans l'instant présent. Ce ne sont sans doute pas là des messages d'une grande originalité, mais la façon calme avec laquelle Marcelo Gomes nous les rappelle n'est point sans charme.

Vu le 13 mars 2006, au Club de l'Etoile, en VO

Note de Tootpadu: