Saddest Music in the World (The)

Saddest Music in the World (The)
Titre original:Saddest Music in the World (The)
Réalisateur:Guy Maddin
Sortie:Cinéma
Durée:100 minutes
Date:22 février 2006
Note:
En 1933, alors que la Grande Dépression répand un état d'esprit de désolation et de désespoir, la dirigeante d'une brasserie à Winnipeg, Lady Helen Port-Huntley, organise le concours mondial de la chanson la plus triste. Les musiciens les plus sentimentaux se donnent alors rendez-vous dans l'hiver canadien. Parmi eux, Chester Kent, le représentant des Etats-Unis et ancien amant de Port-Huntley, Fyodor Kent, son père qui est également amoureux de la dame, et Roderick Kent, son frère qui concourt pour la Serbie.

Critique de Tootpadu

Le style visuel de Guy Maddin, un cinéaste canadien qui fait surtout des courts-métrages expérimentaux depuis une vingtaine d'années, est aussi reconnaissable qu'indélébile. Dans son premier long avec un budget relativement conséquent, il ne délaisse point cette esthétique si particulière qui rappelle forcément les images abîmées des films muets. Toutefois, Maddin pousse la recherche dans la décomposition du cadre bien plus loin que ses illustres ancêtres. Le grain, le montage saccadé et une organisation du plan qui n'a plus grand-chose en commun avec le langage filmique conventionnel enrichissent son travail au point de le rendre aussi exigeant et stimulant que frustrant.
Car le refus catégorique d'une forme visuelle convenue n'est pas accompagné ici d'un courage créateur équivalent du côté de l'histoire. Si Maddin avait opté pour l'artifice personnel le plus pur, son film se serait probablement posé tranquillement dans la haute sphère des oeuvres d'art, des bijoux filmiques hors du circuit commercial qui reflètent les interrogations des vrais artistes. Mais l'histoire pleine de désirs de vengeance et d'amour intéressé ramène le film sur terre, voire le laisse dans le purgatoire peu hospitalier des tentatives avortées. L'intrigue a en effet beau progresser, le style du réalisateur reste imperturbablement le même, à trois séquences en couleur près. Les quelques observations mordantes (comme la capacité illimitée de l'Amérique d'allier ses anciens opposants à sa cause) et un goût prononcé pour une perversité enjouée ne suffisent finalement pas pour rendre le mélange entre la trivialité du fond et la forme sophistiquée convaincant.
Néanmoins, les deux héroïnes de ce conte insensé profitent parfaitement de l'aspect glamoureux de l'image. Isabella Rossellini et Maria De Medeiros se dressent ainsi comme des égéries tout en finesse d'un cinéaste qui cherche encore ses marques sur le terrain instable du cinéma mi-artistique, mi-conventionnel.

Vu le 2 février 2006, au Club Marbeuf, en VO

Note de Tootpadu: