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Rencontre - L’atelier : Notre retour sur l’Avant-Premiere organisee a Paris au Louxor

  • Par Mulder, Paris, Le Louxor,, le 9 octobre 2017

    « Tout est parti d’un reportage de 1999 pour France 3 sur lequel avait travaillé Robin Campillo, mon co-scénariste, à l’époque où il était monteur pour la télévision. On y voyait une romancière anglaise animer un atelier d’écriture à La Ciotat. Ce dispositif, mis en place par la Mission locale, devait permettre à une dizaine de jeunes d’écrire ensemble un roman dont la seule contrainte était de se situer dans le cadre de la ville. Nous avions alors commencé à réfléchir à un film. À l’époque, La Ciotat était encore sous le choc de la fermeture du chantier naval : elle datait officiellement de 1987-88, mais des salariés avaient ensuite occupé le chantier pendant plusieurs années pour en retarder la fin programmée. Les jeunes du reportage témoignaient d’un rapport à la culture ouvrière de leur ville qui, bien que déjà un peu nostalgique, semblait encore vivant. Ils se sentaient dépositaires de cette mémoire qui était la matière même du livre qu’ils écrivaient. Ce projet a été laissé en plan. J’y suis revenu, dixsept ans plus tard, avec l’intuition que cette histoire ouvrière est maintenant de la préhistoire pour les jeunes d’aujourd’hui. Ils en ont bien sûr entendu parler. Ils vivent à proximité de ce qui reste du chantier, aujourd’hui reconverti dans la réparation de yachts. Mais depuis que la ville a entrepris de devenir une station balnéaire, elle a tourné le dos au chantier. C’est tout au plus un décor grandiose, qu’on ne regarde plus. Ce dont le film témoigne, c’est de cette mutation radicale d’une société, d’une culture qui, sans doute sous l’effet des crises économiques et politiques, ne se reconnaît plus dans le monde tel qu’il était et tel que les « vieux » voudraient continuer à le représenter. Ce que nous disent les jeunes de l’atelier, c’est qu’ils refusent d’être assignés à une histoire qui ne peut plus être la leur. Ils sont maintenant confrontés à des problèmes tout autres. Trouver leur place dans un monde qui ne les prend pas en compte, avoir l’impression de n’avoir aucune prise sur le déroulement des choses et sur leur propre vie. Et faire face aussi à une société violente, déchirée par des enjeux sociaux et politiques inquiétants : précarité, terrorisme, montée de l’extrême droite… » - Laurent Cantet

    Dans le cadre de l'Avant-Première organisée au sein du cinéma Le Louxor à Paris autour du film L'atelier. Le réalisateur Laurent Cantet et les deux comédiens principaux Marina Foïs, Matthieu Lucci, sont venus suite à la projection de ce film échanger avec le public lors d'un Q&A.

    Voici notre vidéo :

    Au sujet de Marina Fois:
    « J’avais d’abord imaginé faire appel à une actrice étrangère, comme l’était la romancière de l’atelier qui avait servi d’inspiration. Ce qui m’intéressait dans cette option, c’était de creuser l’espace entre ces deux mondes qui se regardent. J’ai dû y renoncer car il fallait que le personnage de la romancière maîtrise assez la langue française
    pour faire face à la truculence des jeunes. Si j’ai sollicité Marina Foïs, c’est que je savais qu’elle saurait assumer cette partition, qu’elle avait la verve requise pour s’imposer dans le groupe, et qu’elle pouvait le faire avec une certaine légèreté, ce qui me semblait indispensable. Parmi les personnages de premier plan, c’est la seule actrice professionnelle. Pendant le tournage, elle était prise dans le jeu : pendant les pauses, elle aimait questionner les jeunes sur leur expérience, sur leur façon de penser telle ou telle chose. Mais elle répondait aussi aux mille questions qui lui étaient posées. Les jeunes avaient à l’égard de Marina un double sentiment : la proximité que la collaboration crée inévitablement sur un tournage, mais aussi une certaine distance puisqu’ils la connaissaient comme actrice, et qu’elle représente un cinéma qu’ils aiment. Ce statut de comédienne connue est d’ailleurs devenu un élément important du dispositif de mise en scène puisqu’il résonnait sur le personnage même d’Olivia, une romancière, connue elle aussi, qui exerce autant d’attirance que de distance sur les jeunes gens qui l’entourent. » - Laurent Cantet

    Au sujet de Mathieu Lucci
    « Il est incroyable. Il m’a dit un jour à quel point il détestait cet Antoine tout en l’aimant, et combien ça lui faisait mal de l’aimer. Il était disponible à ce que je lui proposais de plus dif ficile, à commencer par les agressions racistes à l’égard de Malika. Matthieu est capable de tenir tête à cinq ou six personnes avec une mauvaise foi qui peut passer pour de la conviction, au point que chaque fois, il éprouvait le besoin de s’excuser et de dire à ceux qui ne le connaissaient pas : « non mais là, je joue ! ». – Laurent Cantet

    Synopsis:
    La Ciotat, été 2016. Antoine a accepté de suivre un atelier d’écriture où quelques jeunes en insertion doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière connue. Le travail d’écriture va faire resurgir le passé ouvrier de la ville, son chantier naval fermé depuis 25 ans, toute une nostalgie qui n'intéresse pas Antoine. Davantage connecté à l'anxiété du monde actuel, il va s’opposer rapidement au groupe et à Olivia, que la violence du jeune homme va alarmer autant que séduire.

    L'Atelier
    Réalisation : Laurent Cantet
    Scénario : Laurent Cantet et Robin Campillo
    Avec Marina Foïs et Matthieu Lucci
    Montage : Robin Campillo
    Production : Denis Freyd
    Pays d'origine : France

    Avec tous nos remerciements à Alexia (Okarina)

    Photos et vidéo : Mulder (Boris Colletier)