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Festivals - FCAD 2020 : The Last Hillbilly - Notre interview de Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou

  • Par Mulder, Deauville, le 9.09.2020

    Q : Bonjour Diane et Thomas, The Last Hillbilly est le portrait d’une famille à travers les mots de l’un d’entre eux, témoin surprenant d’un monde en train de disparaître et dont il se fait le poète. Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce projet et des 7 années que vous avez passé sur celui-ci ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : Nous avons eu très tôt l’intuition que Brian était un vrai personnage de cinéma grâce à sa densité psychologique et grâce à la précision de la pensée qu’il articule sur l’univers qui l’entoure. C’est lui qui est venu vers nous alors que nous séjournions dans le Kentucky en 2013. Nous souhaitions passer du temps dans un endroit qui ne serait pas cartographié par le tourisme, et c’est donc là que nous le rencontrons. Il vient nous parler, curieux de voir deux français dans cette région. Il faut dire que l’est du Kentucky est un territoire à part, comme nous avons pu le découvrir, où l’organisation sociale se tisse autour de clans familiaux. Zone rurale, reculée, sise au niveau du contrefort des Appalaches, cette région a toujours entretenu un rapport particulier vis-à-vis du reste des États-Unis, cultivant un esprit d’indépendance et une volonté d’autosuffisance forte, héritée des premiers colons. Et le reste de l’Amérique le leur rend bien, puisque les personnes qui y vivent se voient affublées du sobriquet de « hillbillies ». Nous avons dès lors été surpris et intéressés lorsqu’il nous est apparu que Brian s’emparait de cette insulte pour la reprendre à son avantage et en interroger les stéréotypes qu’elle véhicule, afin de dessiner son identité. C’est à ce moment-là que nous avons décidé de créer un œuvre cinématographique autour de lui et avec lui et d’ainsi inviter le spectateur à partager l’expérience qui a été la nôtre : habiter son monde intérieur et traverser, dans ses pas, son univers, le temps d’un film. Pendant sept ans, nous nous sommes donc régulièrement rendus chez lui, dans son mobil-home au milieu des collines. Il nous a introduit dans sa famille puis auprès de ses proches. Nous nous sommes également investis dans la vie quotidienne sur place parce qu’il nous paraissait important de participer pour nous sentir vraiment légitimes. Lorsque nous rentrions en France, nous gardions contact grâce aux mails et à Skype. C’est ainsi qu’au-delà du film c’est aussi une relation amicale qui s’est créée.

    Q : Pouvez-vous nous parler de votre tournage, plus précisément des lieux du Kentucky où vous avez tourné ce film ?

    Diane-Sara Bouzgarrou : L’est du Kentucky se caractérise par une géographie accidentée où les voyages en voiture sont compliqués en raison de la vétusté des routes – quand il y en a ! Parfois, c’est un simple passage qui serpente à flanc de colline. Par exemple, si les Ritchie habitent tous le même versant, il est impensable de pouvoir se rendre chez les uns et les autres sans un 4x4. L’hiver, avec le gel et la neige, cela devient particulièrement dangereux. On a alors l’impression d’être vraiment coupés du monde. Cette impression se prolonge à la belle saison car la densité de population est faible. La nature a gardé cet aspect sauvage et sublime propre au wilderness et pourtant elle porte aussi les stigmates de l’industrie minière : l’eau est polluée et une partie du sommet des collines a été explosé à la dynamite pour en extraire du charbon. C’est donc un paysage paradoxal que nous avons découvert et que nous avons ainsi cherché à capter pendant le tournage.

    Q : Que pouvez-vous nous dire de votre collaboration avec Brian Ritchie ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : Nous avons vécu de longues semaines, parfois un mois voire deux dans l’intimité de Brian pendant ces 7 années. Nous vivions dans son mobile-home avec lui, ses chiens, ses enfants. De cette extrême intimité est née une confiance totale et mutuelle. Brian est pudique mais pour autant, il était heureux que nous fassions ce film, heureux de se prêter au jeu. Parfois nous filmions des situations spontanées, parfois nous avions un impact sur le réel, nous décidions ensemble que le moment vécu valait la peine d’être travaillé par notre cinéma. Cette scène où Brian s’adresse à la caméra pour nous parler des hillbillies est la conclusion d’une soirée où nous avons longuement parlé, où nous étions même en conflit. À l’issue de notre discussion, il nous est apparu essentiel de rendre compte de ce qui nous avait animé. Nous avons alors dit à Brian : « c’est ton moment, saisis-le, adresse-toi à la caméra, vas-y ! ». Et il l’a fait, parce qu’il partageait le même sentiment que nous quant au besoin de dire les paradoxes de sa région.

    Q : Comment sont nés les textes écrits par Brian que l’on entend ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : Ces textes sont un élément essentiel de la construction du film. Nous lui avons confié un enregistreur numérique très tôt afin qu’il puisse, seul, enregistrer les traces très spontanées de sa vie intérieure. C’est ainsi qu’est né ce long texte crié, comme un prêche, au début du film. Brian était habité par le travail que nous menions, et très actif dans sa création. Il a écrit et performé ce texte tout seul et nous l’a offert ensuite, nous laissant libre de l’utiliser à notre guise. Nous lui avons aussi parfois demandé d’écrire certains passages, comme le poème sur la mort des cerfs qui sert de prologue. Tout s’est fait ainsi, dans une grande fluidité, dans une grande confiance et unis par un plaisir partagé d’aller au bout de notre geste cinématographique commun.

    Q : Après la vidéo en petite taille au début de votre film documentaire vous passez ensuite à un format 1.33. Pouvez vous nous expliquer les raisons de ces deux formats ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : Nous pensions, dès la genèse du projet, travailler l’idée de décomposition d’un espace. Pour cela, nous avons choisi d’utiliser un cadre resserré d’où l’usage du format presque carré ou 1.33. Ce format quelque peu hiératique permet de casser d’emblée les représentations stéréotypées du cinéma des grands espaces et de ne pas céder à la démesure qu’ils semblent appeler. Si notre film entretient un lien avec le western, le mythe persiste sous une forme minimaliste et crépusculaire – et non pas sous la forme iconique, visuelle et spectaculaire au point de nous empêcher de voir le reste, à savoir l’humain et le rapport concret à la nature. À l’inverse, le format 1:33 traduit un point de vue nécessairement concentré. Nous avons voulu rester au plus près des personnes qui font ces grands espaces et les éprouvent. Quant au format smartphone, il ouvre et ferme le film. Il permet d’être dans une image très brute, très crue, comme prise à la volée, et de rendre ainsi la violence et la beauté du réel. Ces instantanés semblent alors arrachés à l’esprit de Brian, comme autant de lambeaux mémoriels. Ce format introduit une distance par rapport à ce qui se joue dans l’image – la mort des cerfs et cette mystérieuse épidémie, utilisée comme une métaphore dans notre film, et la scène finale avec ces deux personnages d’enfants qui disparaissent dans le noir, au-delà même du noir de leur nuit, le noir de l’écran de cinéma qui les aspire. Le noir au sein duquel ils disparaissent avec au son ce fragile « Help me ».

    Q : Selon vous, quels sont les ingrédients d'un bon documentaire ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : Il n’y a pas d’ingrédients magiques ! Le terme « documentaire » englobe une réalité et une diversité d’approches assez vertigineuses. Les cinéastes qui s’engagent dans cette voie tendent de plus en plus à repousser les limites de ce que travailler avec le réel peut signifier. Il est donc difficile de donner une bonne « recette », et heureusement. Comme toute œuvre, le film documentaire s’élève dès lors qu’il met en jeu un point de vue qui renouvèle le regard que l’on peut porter en tant qu’êtres humains et spectateurs sur ce que l’on appelle « le réel ». Tous les documentaires ne se consacrent pas à mettre en jeu des personnages, mais pour The Last Hillbilly, ce fut le cas, ainsi nous évoquerons plutôt le documentaire « incarné ». Pour ce genre de film, il est indispensable de créer avec des personnages forts, complexes, denses, tant dans ce qu’ils dégagent physiquement que dans ce qu’ils parviennent à donner à voir en terme de situations qui les mettent en jeu, et à articuler au cœur de leur prise de parole, quelle qu’en soit sa modalité d’ailleurs. Pour autant, il y a d’excellents documentaires qui ne reposent pas sur le fait d’avoir une bonne histoire ou de bons personnages. C’est ce qui fait la beauté de cette pratique du cinéma du réel : l’immense liberté artistique qu’elle permet. Le réel ne se limite pas à ce que l’on voit et entend, le réel c’est aussi tous les possibles qu’il englobe, les souvenirs, les fantasmes, les projections. Être capable de donner vie à ces possibles du réel, de dépasser la vie que l’on saisit au vol pour explorer des sentiers moins évidents, c’est aussi ce qui fait la beauté d’un documentaire de cinéma. Ensuite, ce qui prime, c’est le rapport sincère et exigeant à la matière première que le réel filmé représente. Un engagement esthétique et artistique, éthique, de l’audace, et une exigence de tous les instants à toutes les étapes de la création du film, c’est ce qui nous anime lorsque nous faisons un film. Somme toute, ce qui fait qu’un film prend son envol, c’est l’engagement du metteur en scène et de tous ses collaborateurs au service d’une vision commune.

    Q : Quelles ont été les principales difficultés rencontrées lors de la réalisation de ce film ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : Il n’a pas été simple d’assumer le rôle de cinéaste et de chef opérateur et d’ingénieur du son en même temps. Pourtant nous ne regrettons absolument pas ce choix. Cela a représenté une plus grande charge mentale et de travail sur place mais nous n’aurions pas pu faire le film d’une autre manière, pas celui-ci. La force du film, c’est aussi l’intimité que l’on ressent entre nous cinéastes et les personnages du film. Cela a pris du temps également d’aller à la conquête de certaines scènes car nous avons peu à peu apprivoisé certains personnages du film, de prime abord timides, pudiques. Nous vivions avec eux, au sein de la famille ainsi parfois il fallait réussir à se décaler de ce statut pour retrouver notre place de cinéastes. Nous étions très attentifs et concernés par le fait de filmer avec respect les personnes rencontrées, tout en faisant comprendre les enjeux du film, du fait de filmer, d’être filmé. Cela a pris du temps et c’est bien normal, toute personne qui crée un documentaire fait face à ce défi.

    Q : Pouvez vous nous parler de votre montage qui occupe une part importante dans l’immersion réussie de ce film documentaire ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : Théophile Gay-Mazas a été un collaborateur décisif sur ce film en effet. Pendant quatre mois, nous avons travaillé d’arrache-pied pour produire un film fort tout autant dans ses partis pris esthétiques, narratifs que dans son contenu. Nous voulions proposer au spectateur une expérience sensitive et le montage en cela a été une phase très importante dans la création du film. Nous l’avons construit en le faisant osciller entre des plongées dans le flux de conscience et les textes poétiques de Brian et une immersion dans les situations narratives du quotidien du clan Ritchie. Cela a été comme toute expérience de montage, un moment où le travail devient presque musical. Il s’agit de trouver le bon rythme, d’être extrêmement précis, minutieux, de trouver après plusieurs années de tournage ce qui allait permettre de structurer le film, de traverser les différents moments du tournage, les différentes temporalités, l’avancée du temps, les enfants qui grandissent. Brian était avec évidence le protagoniste et le moteur de l’action. Notre travail a été extrêmement précis notamment lors des séquences qui reposent sur un montage associatif qui sont comme une plongée dans l’intériorité de Brian. La musique a aussi joué un rôle aussi très important dans la façon dont nous avons structuré le film et dont nous voulu rendre compte du réel que nous filmions. Avec Théophile, nous avions envie de créer un film court, dense. Nous avons tout dérushé, puis passé beaucoup de temps à parler, à créer la structure, à préciser l’histoire que nous voulions raconter, à trouver la clé du film parmi toutes ces heures de rushes. Nous avons rapidement saisi la beauté, l’humour, la cruauté, la force des scènes incarnées par les enfants du clan Ritchie. Brian est le héros, mais le film progresse vers un passage de relais donné aux enfants. C’est eux qui portent la narration dans le dernier tiers du film. Leur élan vital dépasse le cadre du monde des adultes et c’est avec eux que l’on termine le film. Nous avons aussi rapidement choisi d’ouvrir sur le prologue narrant une épidémie et nous savions que le prêche que Brian propose juste après ce prologue était fondamental. Pour ce texte, nous n’avions pas d’image, mais sa puissance était telle qu’il a fallu inventer, trouver comment faire résonner ce long cri de désespoir qui traverse l’histoire de l’Amérique pour arriver jusqu’à lui, jusqu’à Brian, et transformer cette performance en un moment de cinéma.

    Q : Votre film est découpé en trois parties, Under the Family tree, The Wasteland et Land of Tomorrow. Pouvez vous nous parler de ce découpage ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : Plus encore que des références cinématographiques, des influences littéraires ont irrigué notre recherche créative et le choix de chapitrer le film en découle en partie. Nous avons tourné sur plusieurs années et nous voulions que le film témoignent du passage du temps, que l’on voit les enfants grandir, créer une fresque où le temps s’étire sans que le spectateur le perçoive précisément. Ainsi le récit est scandé par des chapitres. Le prologue parle d’une mystérieuse épidémie qui a décimé les cerfs dans les Appalaches. Il se veut une puissante allégorie de la mort au travail dans cette région et annonce le projet narratif du film. La première partie – under a family tree – traite de l’importance du clan, sur lequel pèse une sourde menace. Ce qui se passe à l’extérieur, dans les collines et ailleurs, contamine l’intérieur de la cellule familiale. La deuxième partie – the wasteland – s’intéresse au sort de ceux, qui, comme Brian, sont restées dans cette région, qui endurent son âpreté, qui la voient décliner et qui continuent néanmoins à s’accrocher à leur mode de vie. La troisième partie – the land of tomorrow – repose sur un lent glissement du point de vue. Brian est de plus en plus dévoré par la solitude et se retrouve à court de mots. Les enfants, présents jusqu’ici à l’arrière plan, s’érigent alors en personnages qui le concurrencent. Ils s’imposent par leur candeur et leur pulsion de vie qui contrastent avec l’isolement et le désespoir de Brian.

    Q : Pouvez vous nous dire comment vous vous êtes réparti la réalisation de ce film documentaire ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : Nous sommes tous deux coréalisateurs et, de l’écriture aux phases finales de la post-production du film, nous avons travaillé main dans la main, en duo. Parfois l’un avait une intuition, une inspiration, une fulgurance, et l’autre l’accueillait, rebondissait, tout cela a été très fluide. Nous avons l’habitude de travailler ensemble, Thomas sur les films de Diane, Diane sur les siens, officiellement, ou en coulisses. Thomas a fait l’image, et Diane a fait le son. Sur place, Diane avait plus de liberté pour parler aux personnes filmées, les guider au cours des scènes tournées, Thomas avait la responsabilité de porter notre regard commun sur les situations filmées. Il est arrivé que Diane sente soudain une scène se déployer et prenne son appareil photo pour tourner à son tour. Thomas a pris parfois des sons. Et notre duo a toujours pu trouver des rebonds très importants en la personne de notre producteur Jean-Laurent Csinidis, en Théophile Gay-Mazas, comme avec les autres collaborateurs avec qui nous avons travaillé en post-production.

    Q : Dans le contexte actuel du coronavirus, en tant que cinéaste, pouvez-vous nous parler des nombreuses difficultés que cela implique ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : La situation est très complexe, et nous sommes inquiets. Nous avons eu la chance d’avoir terminé et le tournage et le montage de notre film avant le confinement. En revanche, nous avons dû apprendre à travailler sur le montage son à distance, via des applications vidéo, et Pierre Armand (montage son & mixage) s’est énormément investi pour que le travail continue d’avancer. Nous nous sommes adaptés et avons heureusement pu finir le mixage et l’étalonnage en présentiel cet été. Mais la situation est préoccupante, nous avons été choqués de voir qu’en France, les politiques ont ignoré pendant de longues semaines l’impasse dans laquelle se sont trouvées les personnes qui créent et font vivre l’art sous toutes ses formes. Il est à l’heure actuelle extrêmement compliqué de créer, de continuer à créer. Mais il faut lutter, et il faut se faire entendre. Nous sommes inquiets mais aussi soudés face à l’épreuve avec tous ceux qui se battent pour que des films, des pièces de théâtre, des concerts, des expositions, continuent d’exister.

    Q : votre film est présenté dans le cadre du festival du cinéma américain. Quel effet cela fait-il de voir votre film sélectionné dans ce festival international ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : C’est un grand honneur et une joie immense ! Deauville est un festival très important, d’envergure internationale. C’est aussi un festival généraliste : si c’est toujours très intéressant d’être dans des festivals de documentaires c’est important, pour acquérir une vraie légitimité, d’être sélectionné dans des festivals qui mélangent fiction et documentaire. Lorsque l’on sent que le film est compris comme un film de cinéma, quel que soit le genre auquel il appartient. C’était d’autant plus agréable d’être sélectionnés à Deauville dans ce contexte, nous sommes extrêmement heureux et reconnaissants à tous les festivals qui se sont battus pour avoir lieu, et heureux d’avoir la chance de pouvoir enfin montrer le film. Être ici à Deauville est une expérience unique pour nous. C’est un immense plaisir de retourner en salle, en festival, et particulièrement à ce festival là qui est un festival consacré à l’Amérique, c’est une vraie reconnaissance de notre travail.

    Q : Quels sont vos réalisateurs préférés et quels films sont les principaux moteurs de votre création artistique ?

    Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou : Il est toujours délicat de répondre à cette question car nous n’avons pas un film préféré, ou un cinéaste fétiche, c’est trop peu et nos goûts nous entraînent parfois d’un spectre à l’autre de la création cinématographique. Cronenberg, Ferrara, Cassavetes, Herzog, l’œuvre de Kelly Reichardt, de Terrence Mallick, de John Carpenter, Jean-Daniel Pollet, Out of the blue de Dennis Hopper, La rabbia de Pasolini.. Difficile de ne citer que quelques noms, quelques titres de films, d’autant que cela varie selon les périodes de nos vies respectives. Nous avons tous les deux en tout cas une passion pour le fait de rendre compte de l’intériorité d’un personnage, qu’il soit réel ou inventé voire fantasmé. Entrer dans l’intimité de l’univers mental, quotidien, géographique d’un être humain et être capable à partir de là de créer et de proposer au spectateur une expérience cinématographique est un véritable moteur pour l’un comme pour l’autre. La forme compte aussi énormément. L’inventivité et le projet esthétique ne peuvent absolument pas passer au second plan. Ce qui nous meut, c’est de prendre des risques, d’aller au bout d’un geste tout en restant dans quelque chose d’extrêmement sincère et accessible, qui se détache de l’intellect. Un film, on le reçoit autant par le corps que par l’esprit. Le corps et les sensations, les émotions comptent plus que le concept, la théorie.

    Q : Sur quel nouveau projet travaillez-vous actuellement ?

    Thomas Jenkoe : Diane travaille en parallèle sur l’écriture d’un documentaire de cinéma depuis quelques temps. Nous avons aussi très envie de retravailler ensemble et nous avons déjà un projet qui est en train d’émerger, de se dessiner en nous. Le désir est là, mais nous devrons nous adapter bien sûr à l’évolution de la crise sanitaire. Le projet étant un second volet américain, nous espèrons avoir la possibilité de partir en repérages dès que cela sera possible.

    Synopsis :
    Dans les monts des Appalaches, Kentucky de l’Est, les gens se sentent moins Américains qu’Appalachiens. Ces habitants de l’Amérique blanche rurale ont vécu le déclin économique de leur région. Aux États-Unis, on les appelle les «hillbillies» : bouseux, péquenauds des collines. The Last Hillbilly est le portrait d’une famille à travers les mots de l’un d’entre eux, témoin surprenant d’un monde en train de disparaître et dont il se fait le poète.

    The Last Hillbilly
    Un film écrit et réalisé par Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou
    Compositeur : Jay Gambitt
    Directeur de la photographie : Thomas Jenkoe
    Montage : Théophile Gay-Mazas
    Ingénieur du son : Diane-Sara Bouzgarrou
    Mixage : Pierre Armand
    Monteur son : Pierre Armand
    Production : Film de Force Majeure
    Distributeur : New Story (France)
    Date de sortie : Décembre 2020
    Durée : 80mns

    Nous tenons à remercier Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou pour avoir répondu à nos questions et aussi Claire Viroulaud