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Entretiens - Notre interview d’Andrew Lockington sur le film Un monde entre nous et sur sa carrière

  • Par Mulder, Los Angeles, le 3 février 2017

    Q: bonjour, vous avez créé d’excellentes musiques de films comme Voyage au centre de la Terre (Journey to the Center of the Earth) (2008), La cité de l'ombre (City of Ember) (2008), Percy Jackson : La Mer des monstres (Percy Jackson: Sea of Monsters) (2013) et plus récemment San Andreas (2015). Pouvez-vous nous parler un peu de votre expérience musicale et comment vous êtes devenu un compositeur de musiques de films.

    Andrew Lockington : j’ai commencé à jouer du piano dès mon enfance. Mes parents sont aussi des musiciens mais ont fait carrière dans un autre domaine. Mes parents souhaitaient que nous apprenions à jouer du piano dès notre plus jeune âge ainsi mes grands-parents nous avaient offert le leur J’ai vraiment aimé jouer du piano et écrire des chansons, pourtant je n’aimais pas l’entraînement. Malgré tout, je me suis perfectionné et je l’ai étudié également à l’école. Dans mon adolescence, j’ai aussi joué dans un groupe. J’avais quinze ans et le reste du groupe était plutôt dans la vingtaine. Nous avons rencontré un certain succès dans un circuit local grâce à la qualité musicale de chacun d’entre nous. J’ai beaucoup appris des autres membres du groupe au sujet de la musique et de la vie notamment à travers l’expérience des tournées mais je n’étais fait pour ça. Ainsi, j’ai continué dans la composition musicale à l’université et rapidement compris que la musique de films me passionnait. Heureusement pour moi, j’ai rencontré
    Mychael Danna qui à ce moment cherchait un assistant. Il venait juste d’enregistrer la musique de Ice Storm pour Ang Lee et il était en train de finir la musique du film De beaux lendemains (The Sweet Hereafter) (1997) pour Atom Egoyan. Mychael m’a pris sous son aile et a été mon mentor pour rentrer dans l’industrie musicale.

    Q: Vous avez eu la chance de travailler à différentes reprises avec des réalisateurs reconnus comme Brad Peyton, Richie Mehta et Michael McGowan. Pouvez-vous nous parler de ces longues collaborations et des souvenirs que vous en gardez ?

    Andrew Lockington : C’est un véritable avantage de pouvoir continuer à collaborer sur plus d’un film. La relation professionnelle entre un réalisateur et un compositeur est importante. Nous discutons de l’impact émotionnel sur l’histoire et pour moi en tant que compositeur c’est important de comprendre le message que le réalisateur essaye de faire passer. Lire dans leurs pensées signifie comprendre qui ils sont et quelles visions de la vie ils ont, pas uniquement le caractère factuel de leur histoire. Ainsi, quand vous avez l’opportunité de collaborer à différentes reprises avec un réalisateur vous êtes capable de commencer là ou vous aviez arrêté. Il y a une compréhension mutuelle qui permet d’apporter une plus grande efficacité et de plonger plus profondément dans la méthode de narration en moins de temps

    Q: Récemment vous avez travaillé sur le film de Peter Chelsom Un monde entre nous (The Space Between us) . Comment avez-vous procédé pour créer la musique de ce film ? Quelles recherches avezvous faites pour trouver la bonne approche ?

    Andrew Lockington : Je suis admiratif du travail de Peter Chelsom depuis très longtemps. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années quand il travaillait sur le film Hector et la poursuite du bonheur (Hector And The Search For Happiness) (2014) mais avant cela je me souviens avoir vu un fil qu’il avait fait et avoir été charmé par son don pour raconter une histoire et son habilité de direction d’acteurs. La semaine avant de commencer à tourner Un monde entre nous j’étais à Los Angeles pour visiter le décor d’un autre film. Jason Markey, le Directeur marketing du département musical chez STX m’avait invité pour venir dans son bureau discuter. Il venait de recevoir les premières images du décor du film et m’a fait une courte présentation. Nous avons commencé à discuter des idées potentielles pour aborder la musique de ce film et comment s’y atteler. J’ai quitté son bureau quelques heures après et complètement inspiré par ce que je venais de voir et de ce que nous venions de discuter ensemble. Quelques semaines après, je suis allé au Nouveau Mexique pour rencontrer Peter Chelsom et le producteur du film Richard Lewis. Peter et moi sommes allés manger et nous nous sommes retroussés les manches afin d’établir la façon d’aborder la musique de ce film

    Q: Quels ont été les challenges créatifs dans la création de la musique de ce film et comment vous les avez abordés et résolus ?

    Andrew Lockington : le plus grand challenge créatif du film est venu du fait que ce film est grand et épique mais avec une histoire d’amour assez intimiste. Ce fut le challenge de savoir commencer à créer la musique de ce voyage spatial et d’aborder l’adolescence de ces deux personnages principaux. Peter et moi avons trouvé qu’il y avait plusieurs parallèles entre ces deux éléments et comment les mêmes thèmes pouvaient représenter plusieurs éléments de chaque aspect de l’histoire. En complément, il y a eu deux approches complémentaires de la création musicale. Une consistait à trouver les éléments dispersés que je superposais et reconstruisais dans une nouvelle association d’instruments de musique. L’autre fut dans la retranscription orchestrale au piano. Aussi grand que fut le challenge, je devais combiner ces deux médiums, ils venaient ensemble harmonieusement finalement

    Q: Pouvez-vous nous raconter une anecdote sur votre travail sur la série Aftermath. J’ai découvert les treize épisodes récemment et la musique est vraiment importante pour créer une ambiance apocalyptique ?

    Andrew Lockington : J’ai vraiment apprécié travailler sur cette série. Cette opportunité est venue juste au moment où j’allais commencer à travailler sur un autre projet. Sachant que je ne pouvais écrire chacune des tonalités, un de mes proches, un concepteur sonore , Michael White et moi avons entrepris de coécrire ensemble la musique de cette série. Je n’avais jamais écrit avec un autre compositeur avant mais je connaissais très bien le travail de Michael et je l’avais admiré pour ses dons musicaux. Les producteurs nous ont proposé d’écrire une musique que nous n’avions jamais entendue avant. Ils nous ont dit que si il s’agissait d’une musique qui pouvait être fredonnée ou jouer au piano on aurait échoué. Pour réussir à satisfaire leur attention, cette musique devait créer une terreur et une tension en utilisant des instruments que le public ne pouvait jamais identifier. Nous nous sommes concentrés pour créer des sons de toutes les manières possibles. Un de mes favoris était de prendre des sons électroniques de fonds et de les enregistrer à travers du bois et du métal. Nous avons ensuite soumis ses fichiers sonores au logiciel pro tools et commencé à les manipuler à travers différents boutons de modulation et des filtres. Il y avait des sons qui nous faisaient littéralement sauter par moments même si nous savions qu’ils arrivaient. C’est ainsi que nous avons compris que nous avions accompli l’objectif assigné par les producteurs.

    Q: Vous avez reçu plusieurs prix comme en 2009 celui remis par l’association internationale des critiques de musique de films (IFMCA) pour les musiques de Voyage au centre de la Terre (Journey to the Center of the Earth) (2008), La cité de l'ombre (City of Ember. Comment trouver vous une telle inspiration ?

    Andrew Lockington : j’aime que tous les films soient différents et demandent constamment une approche différente pour leur musique. Par exemple en ce moment je suis en phase de recherche pour la musique d’un film à venir et j’ai passé récemment deux jours avec un choeur d’enfants ougandais. C’est un son avec lequel je ne suis pas familier et un univers harmonique qui est étranger à mon écoute traditionnelle. J’aime cela. J’aime ce qui n’est pas habituel et je suis capable de façonner cela en utilisant mon inspiration de certains films et de ma propre vie. L’ensemble est important. C’est important de protéger vos expériences vécues ainsi vous pouvez faire le rapprochement avec les expériences des personnages à travers votre musique. Je me souviens de quelqu’un qui m’a demandé une fois comment j’étais capable à la fois de faire mon travail et d’être un père et mari. J’avais répondu que c’était plus un avantage qu’un inconvénient. Je suis capable de faire mieux mon travail grâces à ces expériences vécues.

    Q: Quelles sont pour vous les differences entre créer la musique d’un film et celle d’une série comme Missing, Sanctuary, Primeval New World et Aftermath ?

    Andrew Lockington : le temps, assurément le temps. C’est la grosse différence. Un film comme Un monde entre nous (The Space Between Us) représente six mois de travail pour créer sa musique. Pour un épisode d’une série c’est en général une semaine. C’est une véritable différence et l’écriture d’une musique pour une série requiert une approche plus rigoureuse Pour un film j’ai en général trois mois pour écrire et explorer certaines idées. Pour un épisode d’une série télévisée c’est un jour. Vous apprenez comment venir rapidement avec des idées et les travailler avec des variations et écrire directement la musique. Par opposition, pour un film j’écris deux à trois minutes de musique par jour. Sur une série télévisée c’est dix minutes par jour. Il y a aussi un gros avantage à travailler sur des séries, c’est que vous avez la possibilité de travailler et faire évoluer des thèmes sur une plus longue période. Au lieu de voir un thème revenir dans un cycle de vie de quatre-vingt-dix minutes à deux heures, celui-ci peut se prolonger sur treize heures de récit ou sur plusieurs saisons. Cela vous permet d’écrire des thèmes plus complexes avec plus d’éléments à explorer pendant la série.

    Q: Quel est selon vous l’objectif d’une bonne musique de film ?

    Andrew Lockington : je pense que l’objectif d’une bonne musique de musique est de trouver un lien entre le récit et l’aspect visuel. Une bonne musique de film ne fait pas que reproduire ce que vous voyez mais elle réunit différentes thématiques de l’histoire ensemble et dessine des parallèles entre les personnages qui ont des points communs ou des relations pas toujours très claires. Plus important encore, la musique doit offrir un support émotionnel aux spectateurs. Le mot support est important car la musique ne doit jamais délivrer l’émotion de manière à ce qu’ils ne soient pas en dehors du récit. Elle doit permettre aux spectateurs d’accéder à une véritable émotion et de la garder en permanence.

    Q: Pour vous quel est le meilleur studio pour enregistrer un album et pour quelle raison ?

    Andrew Lockington : J’ai différents studios d’enregistrement préférés pour différentes choses. J’aime enregistrer à Londres au studio Air et Abbey Road. La musicalité est fantastiques et ces studios ont de tels résidus d’inspiration encore présents dûs aux nombreux et extraordinaires artistes qui y ont enregistrés leurs albums. Il y a aussi des studios à Los Angeles que j’aime pour ces mêmes raisons. L’histoire de la musique de films y est incroyable. J’aime aussi mon studio à Toronto pour écrire des idées parce que c’est pour moi la place dans laquelle je suis le plus créatif.

    Q: Pouvez-vous nous parler un peu de votre méthode de création musicale ? Procédez-vous de la même manière à chaque fois ?

    Andrew Lockington : C’est different à chaque fois. J’essaye réellement de suivre un nouveau schéma à chaque fois et de me perdre dans un nouveau et étranger monde. La magie arrive lorsque vous essayez d’arriver dans de nouveaux endroits. Par moment cela peut être un ensemble d’instruments ou en utilisant les règles musicale d’une culture exotique. D’autres fois cela peut venir en restreignant la structure dans laquelle vous écrivez en allant dans une direction différente de celle que vous prenez en général. J’écris toujours les thèmes et les grandes idées principales en premier, je pense que c’est pourquoi il est important de lire le scénario à chaque fois. Au travers du scénario je vois les éléments qui m’informent de l’approche musicale à avoir. Je ne peux pas stresser suffisamment, j’aime cette partie. La recherche et se perdre à travers un univers musical avec des nouveaux outils pour s’y échapper, cela m’inspire. D’autres fois, c’est en m’asseyant à un piano et en regardant un film pour la première fois. Les premières idées qui arrivent en découvrant un film sont souvent les meilleures, les meilleures graines dans lesquelles la
    musique va germer.

    Q: Quels sont les compositeurs ou les musiques qui vous inspirent?

    Andrew Lockington : tous et toutes. La musique est un milieu difficile pour réussir et il y a des milliers d’incroyables talents musicaux qui ne trouvent pas l’opportunité de prouver leur valeur. Tous ceux qui travaillent ont chacun un véritable talent d’une certaine manière. Quand j’étais plus jeune j’étais plus souvent inspiré par des musiques de films mais j’ai commencé à trouver ma propre approche. Je ne veux pas écouter la musique d’autres compositeurs de musique de films. Maintenant quand je ne suis pas en studio, j’écoute des échanges à la radio et lit des livres audio. Même quand je ne suis pas en studio ma pensée laisse court à des variations musicales sur des thèmes qui sont dans ma tête. Je trouve que c’est difficile d’avoir ma propre musique qui tourne constamment dans ma tête et de la faire se confronter à autre chose du monde extérieur

    Q: Avec quels réalisateurs aimeriez-vous travailler ?

    Andrew Lockington :Au fond, mes réalisateurs préférés sont les conteurs Les personnes qui peuvent aller au coeur de l’histoire et dévoiler un contexte émotionnel avec un point de vue clair et personnel. Pour être complètement honnête, plusieurs de mes réalisateurs préférés sont ceux avec lesquels j’ai déjà travaillés.

    Q: Pouvez-vous nous parler de vos prochains projets ?

    Andrew Lockington : je commence actuellement l’écriture et des recherches pour un film du nom de Rampage. C’est réalisé par Brad Peyton et interprété par Dwayne Johnson. Je suis impatient de retravailler avec l’équipe talentueuse de San Andreas. Je travaille également sur un petit film indépendant de Mina Shum (un de mes premiers collaborateurs) et aussi sur la saison deux de la série Netflix Frontier avec Jason Momoa.

    Q: Auriez-vous quelques conseils à adresser à de futurs compositeurs?

    Andrew Lockington : Ecrire, écrire et écrire. Ecrire la musique d’un film revient à créer de la musique comme une entité indépendante. Cela nécessite une véritable expérience et du temps pour trouver comment écrire pour le mieux quelque chose qui combine visuellement plusieurs éléments pour créer une expérience multisensuelle. Pratiquez. Trouvez des films d’étudiants en cinéma pour pouvoir créer de la musique gratuitement ou louer des films et créer de la musique pour des scènes sans. Si vous êtes persistant, une opportunité viendra un jour et vous devez être prêt.

     

    Nous remercions très sincèrement Andrew Lockington pour cette interview et pour avoir répondu à nos questions.

    Un très grand merci à Molly McIsaac pour nous avoir apporté son aide pour cette interview.

    Un grand merci aussi à Cathy pour son aide précieuse au niveau de la traduction