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Entretiens - Bosch Saison 6 : Notre interview de Titus Welliver

  • Par Mulder, Los Angeles, le 27.04.2020

    Q : La saison 6 suit les livres de Michael Connelly The Overlook et Dark Sacred Night. Pouvez-vous nous dire si vous avez lu ces livres pour préparer le tournage de cette sixième saison ? Pouvez-vous nous donner un bref aperçu de cette saison de Bosch ?

    Titus Welliver : Cette saison est dans la continuation de la saison 5. Il y a ainsi une enquête sur une affaire classée, le meurtre de la jeune fille de quatorze ans Daisy Clayton. Harry Bosch est aussi appelé sur une scène de crime où des hommes ont été tués. Il y a aussi une affaire sur du matériel radioactif qui avait été volée pour détruire le système d'eau de Los Angeles. Harry est contraint de travailler avec le FBI, ce qui n'est pas à ses yeux une bonne chose comme nous le savons. Cette saison est basée principalement sur l’enquête portant sur ce matériel radioactif volé.

    Q : Bosch n'est pas seulement une série télévisée américaine de procédures policières produite par Amazon Studios et Fabrik Entertainment ; c'est aussi, comme l'a récemment dit Stephen King sur twitter, une excellente série policière. Le succès de cette série vous appartient en grande partie car votre interprétation est remarquable et forte. Pouvez-vous nous parler un peu du fait d'être depuis six ans ce personnage et quelle est pour vous son évolution ?

    Titus Welliver : Je pense que Harry n'est pas un personnage qui évolue de la même manière que la plupart des gens. Il ne change pas dans son processus mais sa vie émotionnelle et personnelle a évolué. Sa relation avec sa fille a changé. Elle doit venir vivre avec lui. Nous constatons une ouverture douce de son caractère jusqu'à un certain point. Sa relation avec sa fille est très réelle, car il ne s'agit pas d'une relation père-fille typique. Ils sont aux prises avec de graves problèmes. Il y a des moments où ils parlent beaucoup. Il y a des moments où ils s’affrontent. Je pense que, plus que tout, il y a eu un véritable processus d'évolution des personnages au fil des saisons. Ce genre de relations nous informe sur la façon dont Bosch se confronte à lui-même mais, pour lui, le monde extérieur n'a pas changé.

    Q : Quelles ont été vos sources d'inspiration pour donner vie à votre personnage ? Qu'avez-vous apporté à celui-ci pour lui donner une réelle profondeur humaine ? Qu'avez-vous en commun avec lui ?

    Titus Welliver : Je pense que nous aimons tous les deux le jazz et que nous aimons également tous les deux nos enfants. Nous avons cela en commun. J'aime les travers d’Harry Bosch. Il n’est pas parfait et emploie par moments des propos emprunts de grossièretés. Je pense que ce personnage est intéressant parce qu'il peut être le type qui résout les affaires. Ce n'est pas un type démonstratif. Il y a beaucoup de calme et de tranquillité chez lui. C'est un observateur, mais c'est aussi un personnage d'action. Mais dans le processus qui précède son action, il y a quelque chose de primitif et de juste chez ce personnage qui est intéressant de jouer.

    Q : Je n'ai pas suivi la série au début mais mes parents m'en ont tellement parlé et leur totale admiration pour vous dans celle-ci que je l'ai suivie et que j'apprécie beaucoup celle-ci. Ils regardent chaque saison en deux jours et attendent chaque année tellement la nouvelle. Ils ont lu presque tous les livres de Michael Connelly avec votre personnage et me disent que vous êtes le choix parfait et que vous seul pouvez donner vie à celui-ci. Avez-vous quelques mots à dire à vos fans ?

    Titus Welliver : Tout d'abord, je voudrais dire merci (en français) à votre mère et à votre père. Je pense que les gens aiment ce personnage parce qu'il est humain. Ce n'est pas un super-héros. Il fait des actions très héroïques et il a une bonne morale. Les spectateurs voient sa vulnérabilité, et qu'il utilise des traits de sa personnalité. Il n'est pas toujours charmant. Je pense qu'il peut faire paraître les choses excessives. Les gens disent que oui, c'est une personne réelle, mais que s'ils sont victimes d'un crime, ils voudront que Harry Bosch travaille sur leur crime parce qu'il est investi dans son rôle.

    Q : Que pouvez-vous me dire sur votre travail dans cette série avec Michael Connelly et Eric Overmyer ?

    Titus Welliver : Le processus de création de l'émission est qu'il y a plusieurs lectures. Michael crée les personnages et Eric leur donne vie avec Michael des pages des livres jusqu'à l'écran. C'est de loin la relation la plus collaborative que j'ai jamais eue. Nous avons un dialogue constant et nous échangeons nos idées. Ce n'est pas toujours le cas lorsque les acteurs qui travaillent avec les producteurs ont besoin de ce genre d'ouverture. Parfois, je viens avec des idées. Par exemple, je peux dire que Harry boit du Pepsi Cola et Michael peut dire qu'il ne boira jamais de Pepsi Cola mais qu'il boira du Coca Cola ou un soda. Il y a une méthode, comme nous le disons ici, dans l'expression américaine qui s’appelle "Spitball". Parfois, elle n'a pas de sens et dans d’autres cas si. Nous réfléchissons à cela en permanence. C'est ce processus créatif que j'apprécie vraiment.

    Q : La musique et surtout le jazz jouent un rôle important dans les romans comme dans cette série. J'ai aussi lu que vous jouez aussi de la musique. Que pouvez-vous nous dire sur votre lien spécifique avec la musique comme passion et inspiration ?

    Titus Welliver : J'ai grandi dans une maison où la musique était jouée du matin où je me réveillais jusqu'au moment où je m'endormais la nuit. Mes deux parents aimaient la musique, le rock'n'roll, le blues, la country, le bluegrass. Dès mon plus jeune âge, j'ai toujours aimé la musique. Plusieurs membres de ma famille jouent des instruments, généralement après le dîner, nous nous asseyons et on jouait du bluegrass. Mon père jouait du banjo, mon frère était guitariste et moi je jouais de l'harmonica blues et je chantais et nous faisions des sessions de jam. Harry aime le jazz. C'est une partie intéressante du personnage. C'est ce qu'il est. Nous honorons cela. Quand il est seul chez lui, qu'il travaille, qu'il étudie un crime, la musique est souvent présente en fond musical et aussi sa voiture.

    Q : Votre personnage ne parle pas beaucoup et préfère faire les choses plutôt que de parler pour ne rien dire. Peut-on dire que ce personnage est une âme torturée, un détective avec un respect fondamental des règles et de la politique, un cow-boy, un justicier des temps modernes ?

    Titus Welliver : J'ai toujours dit de ce personnage qu’il est un observateur. Il est constamment en phase d'observation. Le plus souvent, il parle quand il a quelque chose à dire. Ce n'est pas qu'il soit non-verbal. J'aime ça chez lui, il a du sens. Ce n'est pas un personnage qui parle, parle et parle. C'est un personnage très intériorisé. C'est un type qui ne veut rien lâcher. Il suit ses émotions. La seule personne à avoir vu cela chez lui c'est sa fille Maddie. A un certain moment. Il y a certains traits de sa personnalité qui montre qu’il a une âme torturée. Il est brisé dans un certain sens.

    Q : Dans cette saison, nous aimons la relation qu'entretient Harry Bosch avec sa fille Maddie Bosch. Que pouvez-vous nous dire sur votre collaboration avec Madison Lintz ?

    Titus Welliver : Madison et moi, vous savez, nous travaillons toujours en étroite collaboration. Je pense de la même manière que la relation entre Harry et Maggie a évolué. Pour le public, Madison et moi, la relation de leur collaboration, la relation de travail ont aussi évolué. Mais je pense aussi que c'était de manière simultanée. Je pense qu'elle était très protectrice en tant qu'actrice et de la même manière que Harry est protecteur de Maddie. Notre relation de travail a évolué. J'ai le sentiment que Madison et moi avons une compréhension très profonde de l'identité des personnages, de la manière dont ils interagissent entre eux. Nous cherchons toujours à voir où les scénaristes vont mener notre relation, quels défis vont se présenter et comment nous interprétons et démontrons ces conversations entre Harry et Maddie à l'écran. J'aime beaucoup faire ces scènes.

    Q : Vous avez travaillé avec beaucoup de grands réalisateurs comme Oliver Stone, Lee Tamahori, Jean-Francois Richet, Asger Leth, Gus Van Sant, Dean Parisot, Michael Bay, Steven C. Miller , Tim Story et Ben Affleck (Gone Bay gone, The Town, Argo, Live by night) Que pouvez-vous nous dire sur votre longue collaboration avec Ben Affleck ?

    Titus Welliver : J'ai travaillé sur le film Gone Baby gone il y a longtemps et Ben Affleck m'a proposé d’autres rôles. Nous travaillons de manière très similaire. C'est un très bon acteur. Il parle le même langage que celui d’acteur. C'est un génie visionnaire. Mon expérience de travail avec lui a été tout simplement fantastique. J'aimerais qu'il continuer à réaliser pour que nous puissions faire un autre film ensemble. Ses films ont de la substance, ils sont extrêmement bien faits et parfaits. J'ai un grand respect pour lui.

    Q : Vous avez également travaillé sur de nombreuses séries comme Tales from the Crypt, X-Files, Murder One, Star Trek : Voyager, The Twilight Zone, Deadwood, Law and Order, Prison Break, Lost, Sons of Anarchy, Mentalist, Arvel's Agents of SHIELD. Pouvez-vous nous dire quelles sont vos séries préférées ?

    Titus Welliver : Je n'ai pas vraiment de séries préférées parmi celles-ci. Je dirais que dans l'ensemble, le travail sur la série Bosch a été stimulant et gratifiant. L'expérience que j'avais m’a aidé. J’ai vraiment aimé travailler avec David Milch. Nous avons fait NYPD Blue, Deadwood et Big Apple, Brooklyn South. J'ai adoré faire cela. J'ai adoré faire Sons of Anarchy avec Kurt Sutter. Jouer dans The Good wife fut aussi une expérience géniale. Travailler sur Lost fut un très bon exercice. J’ai eu beaucoup, beaucoup de chance. Les séries sur lesquelles j'ai travaillé ont été de très bonnes séries. J’ai aussi aimé travailler sur les séries Suits, Law & Order avec un vieil ami à moi. J'ai eu trois épisodes de Law & Order : L'unité spéciale pour les victimes. C'est toujours agréable de travailler avec des personnes de qualité et investies

    Q : En faisant mes recherches pour cette interview, j'ai lu beaucoup de choses sur vos peintures et j'en ai découvert beaucoup d'excellentes ; la peinture sous le nom Across the Ocean, Through the Trees est l'une de mes préférées. Vous avez dit que votre esthétique est basée sur l'impressionnisme abstrait. Pouvez-vous nous parler un peu de l'importance de l'art dans votre vie et du dessin ? Pensez vous pouvoir un jour exposer en France ?

    Titus Welliver : J'aimerais beaucoup faire une exposition de mes peintures en France. Mes deux parents sont artistes. Ma mère était illustratrice de mode et mon père était peintre paysagiste (il a également été professeur de beaux-arts à l'université de Yale avant de devenir doyen de la Graduate School of Fine Art de l'université de Pennsylvanie). Au départ, je voulais être peintre, c'est ainsi que j'ai été éduqué. J'ai eu une formation avec mon père dès l'âge de douze, treize ans et après avoir étudié les arts à dix-huit ans, je me suis rendu compte que ce n'était pas ma passion principale. Mon père m'a dit qu'en tant qu'artiste, le théâtre, l'écriture, le poète, les peintres, les musiciens choisissent de le faire parce qu'ils doivent le faire, c'est une nécessité absolue, intellectuelle, artistique. Ils doivent le faire, c'est une sorte d'obsession. C'est central dans leur vie. Il m’a dit que la peinture, de son propre aveu, n'est pas chez moi centrale, donc je devrais faire ce qui est réellement central et il m’avait demandé ce que c'est. J'ai dit Jouer (comédien). Il a dit que je devrais être alors acteur. Après de nombreuses années passées à être acteur, je suis revenu à la peinture en me sentant désenchanté d’une certaine manière par le milieu du show-business. Il n'y avait pas beaucoup de travail à cette époque. J'ai déménagé pour traverser le pays et je suis devenu très frustré et désenchanté de recevoir des offres identiques pour reprendre des rôles que j'avais déjà joués et je ne voulais pas de cela. J'ai commencé à peindre et cela a pris son envol. J'ai eu la chance d'exposer mon travail et je continue à partir de ce jour à exposer mon travail, à vendre certaines de mes œuvres. L'été dernier, le Metropolitan Museum of Art de New York a acheté une de mes œuvres (Sam's Moon) pour sa collection permanente (elle avait été exposée dans sa galerie en mezzanine). C'est comme un cercle de confort. J'ai réalisé que ce processus est en fait une nécessité pour moi. Beaucoup de personnes m’ont demandé si je peignais dans l'isolement forcé par ce coronavirus, j’ai répondu pas un tout, parce que je suis à Los Angeles et que je ne peins pas dans cette ville. J'ai besoin d'être dans mon studio sur la côte Est du Connecticut. C'est l'endroit où je peins, où j'ai trouvé mon inspiration. Je ne peux pas peindre à Los Angeles.

    Q : J'ai également lu que vous êtiez comme moi un collectionneur d'accessoires de films, de Hot Toys (Star Wars, Escape from New York, Batman, Marvel, Indiana Jones, Robocop et Terminator). Ils ont chaque année un immense stand au SDCC. Avez-vous de bons souvenirs de ce grand événement international à San Diego ?

    Titus Welliver : Je n'ai pas la chance d'y aller. Il semble que le San Diego Comic Con tombe toujours quand je suis sur la côte Est avec ma famille dans le pays de ma ferme. Quand je suis là-bas, c'est l'endroit où je peins et où je passe du temps avec ma famille. J'aimerais aller au Comic-Con, mettre ma casquette de basket, mes lunettes de soleil, me faufiler et voir tout ce qui est proposé, voir mes amis du Sideshow, des Hot Toys, de Neca et toutes ces choses différentes. C'est un endroit un peu fou, il peut m’aider à compléter ma collection de bandes dessinées. Il m'est difficile de me rendre à cet événement car si je regarde autour de moi, je dirai que je veux tout acheter. L'ironie de la chose, c'est que j'aimerais aller à ce genre de convention et les gens risquent de me reconnaitre, même si je suis très discret. Ils pourraient penser que je suis ici pour signer beaucoup d'autographes et pour des photos mais en réalité non car je serai juste ici pour voir les nouveaux produits dérivés Star Wars. Je serai très heureux de parler avec tous ces collectionneurs. Je vais parfois à d’autres événements et je ne suis pas forcément un collectionneur. Je sais aussi qu'il peut y avoir des acteurs spécifiques avec lesquels je n'ai pas travaillé. Je suis allé récemment à la convention Sons à Monstrerpalooza (Burbank, Californie) et il y avait Dee Wallace Stone (E.T. l’extraterrestre (1982), Critters (1986)...), Kane Hodder (vendredi 13 partie 7, 8..), Bruce Davison (X-men (2000), X-men 2 (2003)..) que j'admire et qui sont ici pour signer des autographes et pour des photos. J’y suis juste venu pour leur dire bonjour et ils m’ont demandé où était ma table (pour les autographes) et je leur ai répondu que je ne suis pas là pour travailler, mais juste pour visiter. Cela peut être un peu difficile pour moi d’y aller parce que je veux juste y aller pour me divertir comme tout le monde.

    Q : Avez-vous un mot à dire à vos fans français et peut-être quelque chose à dire sur la saison 7 ?

    Titus Welliver : Voici ce que je peux dire, comme vous le savez la saison sept sera la dernière de cette série. Je ne peux rien dire d’autres pour le moment mais ils choisissent de très bons livres qu'ils font depuis la première saison. Cela sera aussi comme les précédentes une excellente saison et je pense que c'est la raison pour laquelle cette série résonne autant auprès du public français. J'ai grandi avec les films d'Henri-Georges Clouzot, de Jean-Pierre Melville. Je me souviendrai toujours d'une conversation avec Michael Connelly lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois pour le travail et que nous avons parlé de films qui comptent beaucoup pour moi. Ils m'ont beaucoup inspiré et j'ai grandi avec ces films parce que mes parents adoraient la nouvelle vague française. J'ai grandi avec François Truffaut, les films de François Melville. C'est un genre qui est très proche et très cher aux Français. C'est tout à fait logique que les livres de Michael Connelly et cette série soient très populaires en France.

    Un grand merci à Amazon Prime Video pour avoir rendu possible cette interview.
    Un grand merci aussi à Titus Welliver pour le temps qu’il nous a accordé pour répondre à nos questions.
    Enfin, merci à Hugo pour notre longue collaboration et très constructive.

    Photos : Copyright Amazon Prime Video