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Conference-de-Presse - God Bless America

  • Par Mulder, Deauville, le 6 septembre 2012

    Bobcat Goldthwait Q : Je vois que le film date de 2011 et j’aimerais savoir s’il a été difficile de le produire, étant donné la dureté du sujet, malgré le côté ambigu et colérique ?

    Bobcat Goldthwait : Il se trouve que mes films font bien souvent des centaines de dollars, ce qui rend les choses un peu difficiles, à chaque fois que je monte un nouveau projet de film, mais de la même manière il se trouve que je travaille régulièrement d’un film à l’autre avec les mêmes personnes et la même équipe. C’est un peu comme une vie de famille, quelque part. J’arrive à pouvoir monter ses films et j’ai la chance en travaillant dans un cercle assez réduit qu’il n’y ait pas quelqu’un au dessus de mon épaule qui me dit que je ne peux pas faire ceci ou cela. J’ai les coudées assez franches. C’est le bon revers de la médaille.

    Q : Je trouve que le dernier plan ressemble beaucoup à celui de « Bonnie et Clyde ». Est-ce que c’est un choix délibéré ou non ?

    Goldthwait : Merci d’avoir cité « Bonnie et Clyde ». Effectivement, ce film a été mon inspiration principale. Ce film est un exemple parfait du film qui va gratter là où cela fait mal. Il a été réalisé dans les années 1960, à la période de la grande contestation, du grand mouvement hippie aux Etats-Unis. Quelque part, les gens étaient très remontés à cette époque-là contre toutes sortes d’autorité. Voir ce film dans lequel les agents de l’ordre se font tirer dessus était quelque chose de très agressif, voire transgressif. J’ai donc voulu faire un film en tapant sur des gens contre lesquels je suis vraiment en colère. La personne contre laquelle je suis vraiment en colère, c’est moi-même. Dans le film, on peut très bien imaginer que le personnage principal interprété par Joel Murray finisse par me tuer moi-même. Cela serait logique et irait dans l’ordre des choses. Bien sûr, il y a d’autres films qui m’ont servi d’inspiration, des films comme « Network » et « Un après-midi de chien ».

    Q : J’aimerais savoir si faire un film comme celui-là ne correspond pas à la poursuite de vos fantasmes, avec cette vie de tous les jours que l’on partage aussi bien avec le collectif que les gens que l’on peut côtoyer tous les jours ?

    Joel Murray : Au début du film, j’ai un pistolet dans la bouche et puis le fait de me retrouver à tuer des gens est presque comme une catharsis. C’était plutôt agréable. Je suis à 99% d’accord avec ce qu’exprime Bobcat dans le film. J’ai été ravi de tuer tous ces gens. Je me suis un peu retrouvé dans la peau d’un gamin à qui on donne un pistolet, en lui permettant de tirer sur tout le monde. C’était quelque chose de jouissif. Il y a effectivement tout ce qui se passe après le film. Je suis resté un peu dans le rôle après et j’aurais bien voulu avoir un pistolet pour pouvoir abattre d’autres personnes après. Cela m’est resté en tête un certain temps.

    Tara Lynne Barr : Il ne faut pas oublier que lorsque nous sommes sur un plateau de cinema, on fait semblant, on joue. Nous avons en tant que comédiens cette distance par rapport à notre sujet, qui nous permet de voir tout cela avec le sourire. Cela reste bien évidemment une métaphore, une fable, mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de gens qui parlent d’ultra-violence dans ce film. Il y a pourtant une recherche esthétique, cela reste une fable. Il y a beaucoup de gens qui se focalisent sur l’aspect sérieux de toutes ces tueries, alors qu’en fait, cela n’a rien de sérieux. Il y a évidemment une dimension parodique, qui sauve le sujet.

    Joel Murray

    Goldthwait : Ma connaissance de la langue française est très limitée. Pour cette raison, lorsque j’entends des personnes poser des questions, je hoche souvent la tête et je donne l’impression de comprendre, mais en fait pas du tout. Si vous me dites en français que je suis quelqu’un de très mauvais, de méchant, j’aurais tendance à hocher de la tête.

    Q : Votre film est un film sur la bêtise humaine, sur ce qui envahit de plus en plus notre société, c'est-à-dire à la fois les reality show, les films sans scénario. Est-ce que, comme Michel Audiard le faisait dire à l’un de ses personnages dans le film « Les Tontons flingueurs », les cons, cela ose tout et c’est à cela qu’on les reconnaît ?

    Goldthwait : Il me semble que l’on ne parle du vrai problème lorsqu’on parle notamment des réalités TV. Il y a surtout un problème d’attention. Les gens ne se focalisent pas sur la chose sur laquelle ils devraient se focaliser. Certaines personnes pensent que l’on devrait se débarrasser de tous ces show télévisés, mais je pense que la solution n’est pas là. Le problème n’est pas que les gens regardent, mais pourquoi ces show télévisés existent et pourquoi ils sont si importants pour le public. Pour quelles raisons, le public semble plus intéressé par la vie d’une star ou d’un inconnu dans un programme de TV réalité que par leur propre vie ? C’est là où se situe le vrai problème. Si on élimine tous ces shows à la télévision, cela ne va pas remplacer le fond du problème.

    Q : L’intention que j’ai noté vous concernant est que vous êtes très souriante. Est-ce une intention qui venait de vous ou voulue par Bobcat, et plus globalement, quel genre de directeur est-il ?

    Barr : Je me suis tout de suite approprié ce rôle de Roxie pour plusieurs raisons. On voit que cette jeune fille n’a pas beaucoup d’amis à l’école, elle est un peu différent de tous les autres. Roxie a l’impression qu’elle n’appartient pas vraiment au monde dans lequel elle évolue. De cette manière-là, elle se sent à part et lorsqu’elle rencontre Frank, ils ont une espèce de rage, de colère intérieure tous les deux. Ils se mettent alors à tuer tout le monde. Lorsque j’ai interprété ce rôle, je me suis aussi beaucoup inspiré de ma propre existence, car je suis très expressive, je suis aussi un peu bizarre. On avait ainsi pas mal de points communs. Quand j’ai commencé à jouer ce rôle, je me suis rendu compte que le personnage de Roxie n’était pas que cela. Il y avait aussi une part de plus nuancée. Il y a beaucoup plus de sensibilité et là cela a été plus compliqué de trouver le personnage. J’ai réussi à travailler beaucoup avec Bobcat, qui est vraiment un bon directeur d’acteurs, mais en même temps, il est comme une diva sur un tournage. De manière plus sérieuse, c’est quelqu’un qui est formidable et extrêmement drôle. Sur le tournage, on a vraiment pas l’impression de travailler. On s’amuse beaucoup, c’est très, très drôle. Il a aussi beaucoup d’humilité. C’est formidable de travailler avec lui.

    Q : J’ai trouvé votre film très bien. J’ai adoré le début et la fin et nettement moins le reste du film, car c’est moins dans le délire du début. Ce film dit tout haut ce que les gens pensent tout bas. Est-ce que dans votre prochain film, vous pensez dénoncer autre chose ? Tara, j’aimerais savoir ce que vous pensez des fans de la saga Twilight ?

    Goldthwait : Je ne sais pas encore ce qui sera mon prochain film, mais je n’y mettrai pas de milieu. J’ai déjà fait un autre film et il traite de Bigfoot et je travaille aussi avec les Kicks sur une comédie musicale et qui, si tout se passe bien, va se transformer en film l’année prochaine. Travailler avec Joel et Tara sur ce film fut formidable, car ce fut une véritable collaboration. On a beaucoup travaillé tous les trois ensemble, on a fait beaucoup d’improvisations et de réécriture pendant le développement du film. D’autant plus que Joel est aussi réalisateur, on avait un point de vue complètement différent par rapport au film. En ce qui concerne les films que je fais, j’essaye vraiment de laisser toute l’hypocrisie en dehors du tournage et d’être le plus honnête possible par rapport au thème, par rapport aux acteurs et toutes les personnes qui contribuent à faire ce film. J’essaye d’être le plus intègre possible pendant le tournage, je ne m’imagine pas arriver sur un tournage et engueuler tout le monde. J’ai essayé d’insuffler, sur le plateau de tournage et l’expérience de travailler tous ensemble, les sentiments que je voulais faire ressortir lorsque on voit le film.

    Tara Lynne Barr

    Barr : En fait, j’ai lu les livres pas tous mais la plupart, et comment dire, les fans de Twilight aiment ce monde un peu imaginaire pour plein de raisons et je pense en tout cas qu’il manque quelque chose, un peu de substance, quelque chose de concret dans tout cela. J’ai l’impression que les fans au cinéma se moquent de cette chose manquante. Il me semble que ce qu’on attend dans la vie est quelque chose de différent, qui nous remue, nous fait réfléchir. Dans le cas présent, ce n’est pas le cas.

    Q : On parlait de « Bonnie et Clyde » au début de cette conférence de presse, mais dans le film, les deux personnages principaux sont d’âges tout à fait différents. On se rend donc compte que malgré une différence d’âge, les générations peuvent se rencontrer et se reconnaître. Est-ce un thème qui a mûri dans votre esprit ?

    Goldthwait : Il y a pas mal de raisons pour cette différence d’âge : déjà le fait que Frank est un personnage qui a des idées très précises sur comment doivent se comporter les gens, comment doit être la vie. En même temps, il finit par se trouver lui-même le jour où il décide de s’en aller avec cette jeune fille. Cela veut aussi dire autre chose que je voulais faire passer. Par exemple, ce show télévisé que l’on voit dans le film dans lequel cette jeune fille est très en colère car ses parents ont acheté un modèle de voiture qui n’est pas celui qu’elle voulait. Ce n’est pas le genre de show que j’ai inventé, j’ai repris cela tel quel d’un show télévisé américain qui existe. La plupart des shows que l’on voit dans le film sont des shows que j’ai refilmés pour plein de raisons, mais tout ce que l’on voit est réel. Cela me faisait rire de penser qu’une jeune fille puisse voir un type comme cela, qui tue quelqu’un d’horrible pour plein de raisons et elle part avec lui. C’est pour toutes ces petites raisons que j’ai décidé de cette différence d’âge entre les deux protagonistes du film.