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Conference-de-Presse - Julie et Julia

  • Par Mulder, Deauville, le 5.09.2009

    Q : Est-ce que Nora Ephron la réalisatrice serait d’accord pour dire que les personnages principaux masculins de ce film sont caractérisés par des traits accordés à des personnages féminins et que ces personnages sont là pour soutenir les personnages féminins et qu’ils sont des personnages très beaux, très sympathiques ?

    R Nora Ephron : Je ne sais si je dirai cela parce que je reconnais que ce sont de chics types les deux hommes que nous voyons dans ce film. Mais je ne suis pas sûre que les rôles féminins auxquels vous faites allusion dans votre comparaison soient si positifs que sont les rôles masculins ici.

    Q (adressée à Meryl Streep) : Comme elle joue un rôle vécu qui a existé et que ce n’est pas la première fois, a-t-on une tension supplémentaire, doit on rendre des comptes vis-à-vis du réel et demandez également à Stanley Tucci s’il se souvent de « Muerte » et si ce genre de personnage l’a marqué dans sa carrière ?

    R Meryl Streep : En effet, il y a une responsabilité toute particulière à incarner un personnage qui a vécu surtout un personnage comme Julia Childs faut savoir qu’elle fait vraiment partie du patrimoine national des Etats-Unis. Elle fait partie des première figures féminines qui ont été présentes à la télévision et dès ses débuts à la télévision, jusqu’à l’âge de 93 ans, elle a vécu longtemps et a incarné un personnage extrêmement aimé et extrêmement emblématique des Etats-Unis et donc il y avait une responsabilité envers toutes ces personnes qui la regardaient qui la suivaient et qui l’aimaient. Par ailleurs en dehors de cette exposition publique, il y avait la dimension intime et personnelle, elle était entourée d’une famille très aimante très présente et très nombreuse et cette famille est toujours là et veille à son image donc je me suis sentie plus responsable envers la famille et les proches qu’envers ces fans qui sont nombreux et anonymes donc il y avait une responsabilité particulière et un peu lourde mais c’est une responsabilité qui n’a pas été désagréable à porter, je me suis beaucoup amusée à incarner ce rôle parce que c’est une femme qui avait une joie de vivre exceptionnelle, c’est une femme qui appréciait sa vie , qui appréciait son travail et qui vivait son mariage comme un bonheur donc ce fut un bonheur de le jouer…

    R Stanley Tucci : Oui, je me souviens de ce personnage, c’était une expérience étrange mais très heureuse et oui j’en garde un excellent souvenir !

    Q : question collective qui s’adresse aux quatre personnes, quelles sont vos rapports à l’art culinaire et quelles sont vos plus grandes réussites et vos plus grands échecs en matière de cuisine ?

    R Tucci : J’ai grandi dans une famille où la cuisine n’était pas une mince affaire. Tout le monde aimait la cuisine et tout le monde s’adonnait à cet art et pour moi, c’est devenu une obsession. J’étais très orienté sur la cuisine, il y a douze ans, j’ai fait un film qui s’appelait « The Big night » et la cuisine tenait une place tellement centrale que je pensais m’être acquitté de mon dû par rapport à cette question en faisant ce film là. Douze ans après, je fais un autre film qui tient particulièrement à la cuisine française et qui est aussi un sujet obsédant, j’adore cela !

    R Ephron : Ecoutez moi-même j’adore faire de la cuisine, j’adore la nourriture et je dois dire que j’y pense de façon quasi constante. J’ai appris moi-même à faire la cuisine grâce à ce livre autour duquel tourne ce film, le livre de Julia Childs cela a été mon livre de chevet quand j’ai emménagé à New York après l’université et je dois dire que moi aussi j’ai fait ces bœufs bourguignons et je me suis lancée. Cela faisait partie du kit de survie de n’importe quel citoyen et comme tous mes concitoyens, j’ai fait des bœufs bourguignons dans des soirées, des diners plein d’espoir.

    R Streep : Je ne suis pas très bonne cuisinière je dois avouer, même si je crois que j’ai fait quelques progrès dans le cours de ce film en le tournant. Je n’ai pas de grandes réussites dont je pourrai m’enorgueillir, si ce n’est une tarte aux pommes mémorable dans la vie, car c’était au tout début de ma relation avec mon mari, j’étais amoureuse de lui, nous étions en vacances et j’ai fait cette tarte sans recette sans idée préconçue et elle était parfaite et évidemment il me la redemande souvent et je suis incapable de la refaire comme je l’ai faite ce soir-là, c’était un coup unique du destin. Par ailleurs, il y a cette recette de pomme de terre qui m’a été donné par Mike Nichols mais il se trouve que c’est arrivé après le dessert donc je ne l’ai jamais faite.

    R Chris Messina : Je viens aussi d’une famille où la nourriture est importante. J’ai une mère qui est une chef en matière de cuisine italienne, elle fait très bien la cuisine et peut-être mon souvenir le plus marquant est un repas de famille où mon frère, mes parents et moi, nous nous sommes retrouvés après longtemps et nous avons commencé à parler de chacun de nous et de ce que nous devenions et d’où nous en étions autour d’un repas. J’ai vraiment pris conscience pendant ce repas que la nourriture, c’était de l’amour et ce qui s’est changé entre nous et ce moment que nous passions ensemble. Malheureusement pour moi, je n’ai pas ce talent là, je ne fais pas la cuisine mais j’aime beaucoup manger et j’aime beaucoup regarder faire la cuisine, je trouve que c’est extrêmement érotique et beau à regarder.

    Q : pour Meryl Streep, vous avez la réputation d’être une actrice qui peut tout faire, qui sait tout faire, j’aimerais savoir si vous préférez interpréter des personnages intériorisés où tout se passe en dedans ou des personnages comme celui que vous interprétez ici plus extérieurs ? Pour Nora Ephron, est-ce qu’il y a une difficulté particulière à filmer la cuisine ? C’est un art qui s’adresse essentiellement au goût et à l’odorat, alors que le cinéma, c’est la vision donc comment donner l’impression que ce que l’on filme est bon ?

    R Streep : Je dirais que tous les personnages ont une vie intérieure et une vie intérieure forcément intéressante. Je ne sais plus qui l’a dit est-ce que c’est Garcia Marques qui a dit que toutes les personnes, les personnages ont une vie publique, une vie privée et une vie secrète et je pense que c’est vrai de tous les personnages que je peux être amené à interpréter.

    R Ephron : Non, je n’ai pas trouvé cela très difficile. Au contraire j’ai été très enthousiaste d’avoir un prétexte pour devoir aller faire, fabriquer des images à partir de nourriture. Il se trouve qu’en tant que photographe, c’est ma grande spécialité de filmer la nourriture parce que les aliments se tiennent tranquilles, ne bougent pas, que ce sont des sujets idéaux pour moi pour faire des photos et j’ai bien fait comprendre cela à mon chef opérateur : je lui ai dit qu’il ne s’agissait pas de considérer la nourriture ou la cuisine comme des sujets de secondes catégories que l’on allait confier à une seconde équipe, ce n’était pas du tout cela, c’était son travail à lui en tant que chef opérateur de filmer aussi bien les êtres humains que la nourriture et cela a fait toute la réussite de ce film qui est un film absolument délicieux mais aussi authentique et véridique. Ce n’est pas quelque chose d’artificiel et de surfait c’est vraiment la vie que l’on ressent dans la cuisine.

    Q : J’ai une question pour Nora, concernant les femmes dans la cuisine, car c’est vrai que dans ce film on se rend compte que quand elle rentre pour prendre des cours et pour avoir un diplôme ce sont les hommes qui ont le monopole en France, car c’est vrai que l’on parle ici de la cuisine française. Est-ce que pour vous ce film est un combat car dans vos films vous mettez la femme en avant, là vous mettez un sujet fort en avant, la cuisine française, que les Américains peuvent apprécier, car c’est vrai que la cuisine américaine n’est pas aussi bonne que la nôtre, c’est un fait. Est-ce que vous avez fait ce film pour cela et ce fait, cette relation avec les hommes dans la cuisine, est-ce que cela vous a interpelé ? Pour Meryl Streep, peut-être que vous pouvez aussi prolonger la réponse à la question ?

    R Ephron : Je pense que ce qui est très intéressant dans l’histoire de cette femme, Julia Childs, c’est que sa réussite cela n’a pas du tout été de révolutionner le monde des grands restaurants et des chefs qui pouvaient être des hommes machos etc. Sa cible des personnes qui l’intéressaient c’étaient les femmes dans les foyers américains, les femmes qui faisaient la cuisine pour tout le monde, pour toutes les familles et donc, s’il y a eu un combat c’était de montrer aux femmes, que ce qui se faisait beaucoup à son époque, d’ouvrir des boites de conserves et de commencer se laisser aller dans une cuisine préparée de mauvaise qualité, de prouver aux femmes qu’elles n’étaient pas condamnées à préparer et faire manger à ces familles cette nourriture là, mais que n’importe qui dans n’importe quelle maison, n’importe quelle classe sociale était capable d’être un très bon cuisinier, de faire de la très bonne cuisine à condition d’avoir une bonne recette qui explique comment faire. Donc si elle a mené une lutte et si elle a superbement réussie une lutte, cela a été cette lutte-là. Je ne pense pas qu’elle avait une intention politique ou en tout cas les personnes qui l’intéressaient n’étaient pas les chefs des grands restaurants.

    R Streep : C’est un fait que l’on a longtemps considéré que certaines dimensions de la société, certains métiers étaient réservés aux hommes, qu’il n’y avait que les hommes qui pouvaient s’occuper des questions d’argent et gagner beaucoup d’argent, qui pouvaient être chirurgien ou architecte, et c’est aussi vrai pour le domaine de la cuisine. On a considéré longtemps que seuls les hommes pouvaient être de grands chefs. C’est une réalité et le film ne traite pas de cette réalité là.

    Q : une question pour les quatre personnes : une fois que le film était fini et que vous l’aviez vu sur l’écran, quelle est la scène de repas ou de nourriture qui vous a plus marqué et qui a évoqué les souvenirs les plus marquants dans vos esprits ?

    R Tucci : Moi, j’ai de très bons souvenirs d’huitres, de vins blancs, mais aussi de bouillabaisse et de la sole meunière, voilà.

    R Ephron : Moi malheureusement, je n’ai pas eu l’occasion de manger autant qu’eux, il faut savoir que moi j’étais de l’autre côté, je ne mangeais pas. J’ai eu des émotions de cinéma incomparable, cette scène de la sole meunière où on voit les filets se dégager et cette lumière sublime m’a value une émotion équivalente à celle de Martin Scorsese dans ses plans séquences de dix minutes.

    R Streep : Quand j’ai vu le film, ce qui m’a marqué c’était le premier repas que fait Amy pour son mari Chris ici présent. Elle fait un plat très simple, qui sont ses brusquetas de pains grillés et de tomates. On le voyait dévorer cela à pleines dents et cela donnait une impression, moi j’en avais envie d’être là pour partager cette brusqueta avec eux, et après j’ai su que lui le pauvre, il a dû en manger 32 pour tourner cette scène là, et il devait se gaver de cette brusqueta. Il avait un seau à coté de lui, au cas où … Ce n’est peut-être pas aussi appétissant en sachant cela.

    R Messina : Les brusquetas étaient délicieuses. Le problème ce n’est pas que ce n’était pas bon, mais que c’est bon dans les premières, que vous mangez jusqu’à cinq, six, sept, huit, mais à la dixième, cela devient moins bon. Donc, j’ai commencé à m’en plaindre que cela n’allait pas du tout, qu’il fallait m’apporter un seau. Je n’ai pas vomi, j’ai tenu bon, car Nora criait de l’autre côté que Robert De Niro l’aurait fait, donc je me suis tenu à carreau…