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Conference-de-Presse - Cheval de guerre

  • Par Mulder, Paris, le 10.01.2012

    Photo du film Cheval de guerre - © The Walt Disney Company France

    Q : J’ai une question sur la manière de raconter le film en images, qui est très bien illustrée par Cheval de guerre. La plupart des films à grand spectacle et d’action utilisent des montages très nerveux, des plans très serrés, des enchaînements de plans comme cela avec un rythme soutenu et vous, vous êtes à contre-courant de cela : des plans larges, des mouvements de caméra amples. J’aimerais savoir en quoi cette manière de raconter des histoires visuelles est-elle importante pour vous d’un point de vue narratif ?

    Steven Spielberg : En privilégiant des plans larges et des scènes qui durent plus longtemps, le spectateur a plus de temps pour apprécier le moment. Dans beaucoup de films aujourd'hui, l'énergie vient d'un montage frénétique et non pas de ce qui est montré à l'écran. Votre cœur bat à cause de l'accumulation d'images et pas à cause de l'émotion qu'elle suscite. Moi, je crois aux images qui durent, vivent par elles-mêmes. Elles ont le droit d'exister si elles sont de qualité. C'est bien d'avoir le temps de regarder les images, et de laisser le spectateur décider où poser ses yeux. Et surtout avec ce cheval, c'est bien plus intéressant d'avoir la possibilité de regarder cet animal magnifique courir longtemps.

    Q : Comment avez-vous tourné ce plan avec le cheval dans les tranchées ?

    Spielberg : On a mis le cheval dans les tranchées et le faire courir vers son entraîneur. Il était très heureux de le retrouver très rapidement. La caméra les suivait, et c'était un bon coureur, il n'était pas effrayé. Sur ce tournage, le plus important était que les chevaux se sentent en sécurité. Alors ils nous faisaient confiance pour faire des choses qu'un cheval ordinaire n'aurait pas fait. Ils ont accompli des miracles pour nous. On a utilisé les effets spéciaux sur seulement trois plans.

    Q : Sur ce parcours, Joey ne rencontre que des hommes qui le nourrissent, le soignent, et cherchent à le sauver. Comment appelez-vous cette attraction ?

    Spielberg : Pendant la première guerre mondiale, il faut se souvenir que les chevaux ne vivaient pas longtemps sur le champs de bataille. Plus de cinq millions ont péri, usé jusqu'à ce qu'ils tombent. Ils ne se reposaient jamais, ils tiraient les ambulances, les canons. Joey lui a été préservé et a servi à la guerre tardivement. Il était en excellente santé en arrivant à la ferme, et là il était nourri, soigné, aimé par Emily. Quand il a été récupéré par l'armée allemande, il s'est retrouvé sous la responsabilité de Friedrich, qui était surpris de trouver un cheval si magnifique à cette période. On voit dans un corral ces chevaux diminués, rachitiques. Il admire la façon dont ils ont pu survivre si longtemps en de telles circonstances. Et Joey a en plus un esprit particulier, quelque chose d'unique, d'indéfinissable, il est tenace, courageux.

    Q : Un mot sur la suite de Tintin ?

    Spielberg : Je ne vais pas révéler quelles histoires vont servir à la suite, car Peter Jackson et moi-même nous sommes mis d'accord pour ne pas révéler cela pour l'instant. Le script n'est pas encore fini, mais ce sera adapté de plus d'un livre, mais pas trois ... Peter commencera à tourner le film cette année, après avoir fini Bilbo. Il commence le travail de performance capture avec les comédiens autour du mois de septembre. Je suis très excité, évidemment, et j'espère tourner le troisième volet. J'aimerais vraiment retrouver cet univers, j'ai pris beaucoup de plaisir à faire le premier.

    Q : Lorsque vous travaillez avec de vrais comédiens, vous pouvez filmer les émotions qu'ils jouent afin de les transmettre aux spectateurs. Dans Cheval de guerre, le personnage principal est un cheval. Comment vous avez abordé votre mise en scène artistique et technique pour que l'émotion se ressente et nous la transmettre ?

    Spielberg : Plusieurs étapes étaient nécessaires pour faire naître de l'émotion avec un cheval, comme on l'obtiendrait avec un acteur. Je n'ai pas dirigé directement le cheval. Le même entraîneur que nous avions sur Pur Sang La Légende de Seabiscuit a fait un travail remarquable en très peu de temps. Il a obtenu de ses chevaux qu'ils fassent ce qu'exigeait le scénario. Si j'avais des changements à effectuer, car j'avais une nouvelle idée, j'allais le voir, lui demandais combien de temps cela prendrait pour entraîner le cheval pour faire telle ou telle chose. Il me répondait honnêtement si cela prendrait un journée ou plutôt une semaine. Et j'écoutais ce qu'il me disait, si cela permettait d'obtenir le bon résultat en termes d'émotions. En bref, j'ai dirigé le cheval à travers une autre personne.

    Q : Dans les premières scènes située dans le Devon, voyez-vous votre manière de filmer comme un hommage à John Ford, avec ces couleurs qui rappellent L'Homme tranquille ?

    Spielberg : Ce n'était pas un hommage calculé, même si je vénère Ford, comme tout le monde le vénère, ou devrait le vénérer. Je sais simplement que le squelette de cette histoire de Cheval de guerre est très similaire à celui de ces histoires classiques à l'œuvre dans ces films des années 1930, réalisés par John Ford, Raoul Walsh, Howard Hawks, Victor Fleming, Michael Curtiz. Ce classicisme est ce qui m'a d'abord attiré. Bien sur, je tournais dans l'une des plus belles régions de l'Angleterre, Devon. Et on ne fait pas de plan serré avec un tel paysage. John Ford avait ce type d'approche quand il tournait dans Monument Valley, donc si j'ai bien eu Ford à l'esprit, je n'ai pas cherché à reproduire les mêmes plans.

    Q : Qu'est-ce qui est le plus difficile pour vous : tourner sur l'eau, avec des enfants ou avec des chevaux ? Est-il vrai que vous avez envisagé de donner à David Thewlis le rôle d'un chien ?

    Spielberg : C'est vrai que j'ai proposé un tel rôle à David, mais il n'en avait pas envie ou n'était pas prêt. Pour l'autre question : chaque film apporte ses propres difficultés et a ses propres défis. Travailler avec des enfants n'a jamais été difficile pour moi. C'est pour cela que j'ai sept enfants à moi à ce jour. Avec les animaux, ce n'est pas si dur non plus, il faut simplement être patient et accepter d'attendre. L'eau, c'est autre chose. C'est difficile, voire impossible, de travailler dans l'eau. Et je n'ai plus jamais tourné de film dans l'eau après Les Dents de la mer. C'est impossible de tourner sur l'eau, on ne peut pas le faire. Si c'est en digital comme dans Tintin, là d'accord.

    Q : Croire en l'impossible pourrait être la devise de Cheval de guerre. Serait-ce également une devise personnelle dans votre vie et votre carrière ?

    Steven Spielberg

    Q : Croire en l'impossible pourrait être la devise de Cheval de guerre. Serait-ce également une devise personnelle dans votre vie et votre carrière ?

    Spielberg : Non, ça sonne bien comme phrase fétiche, mais non, ce n'est pas le cas. Ici je raconte l'histoire d'un animal qui ne peut qu'espérer, qu'être optimiste. C'est une force de la nature, positif, qui amène ces hommes qui sont trop malins pour leur bien et qui se battent dans une guerre qui n'a pas de sens à retrouver leur humanité, ne serait-ce que pour quelques minutes. Car un animal peut rapprocher les gens, c'est ce qui m'a donné envie de raconter cette histoire et de faire ce film.

    Q : Avez-vous vu ce film français tourné en noir et blanc et avez-vous un regard sur les prochains oscars ?

    Spielberg : Je ne fais pas de pronostic, je laisse l'inconscient collectif de Hollywood décider ce qu'il veut choisir. C'est un grand film avec un grand chien. J'aimerais un jour faire un film avec ce chien, peut-être avec Milou, ils feraient d'excellents partenaires. L'année a été bonne pour le cinéma à Hollywood avec des films intéressants, mais aussi les mêmes formules que l'on répète.

    Q : Diriez-vous, comme Viggo Mortensen, que le cheval est un acteur comme les autres ?

    Spielberg : Un cheval n'est pas un acteur, c'est un cheval ! Sa performance a été obtenue grâce au travail d'un professionnel qui aime les chevaux. Les acteurs et moi-même aimons aussi les chevaux. Il était doué pour l'improvisation, mot que je n'hésite pas à utiliser en ce qui le concerne. Il venait sur le plateau et souvent faisait des choses qui n'étaient pas écrites et que l'on ne pensait pas pouvoir être faites par un cheval. Ce qu'il faisait alors fonctionnait si bien que les acteurs ne s'arrêtaient pas, n'étaient pas surpris et continuaient leurs dialogues, lorsqu'il commençait à remuer la tête et la frottait contre le père, lorsqu'il ramène le cheval à la maison. La mère se met en colère car il devait ramener un cheval de trait, et pas ce cheval sanguin. Il n'arrêtait pas de se frotter contre le père. On ne peut pas forcer un cheval à faire ça, c'est ce qu'il a apporté à ce moment là. Les exemples de ce type de contributions dans le film sont nombreux. Ceci dit, je n'irais pas jusqu'à dire qu'un cheval est un acteur.

    Q : Quelques mots sur votre prochain projet et pouvez-vous dire quelques mots en français ?

    Spielberg : Tenter de dire quelques mots en français ne serait pas un choix de carrière avisé, je risquerais de m'aliéner mes nombreux fans français à cause de mon très mauvais accent. J'ai beaucoup de projets en cours. Je viens de terminer le tournage d'un film sur Abraham Lincoln avec Daniel Day-Lewis. J'en suis profondément fier. Comme je suis encore en pleine phase de montage, je ne vais pas rentrer dans les détails. Et je prépare un film de science-fiction que je devrais tourner en décembre, Robopocalypse. Ce sera un divertissement pop-corn pour le grand public, un gros films d'action ... avec un message. Le message sera dans le pop-corn, caché bien au fond de la boîte. Sinon, j'ai aussi beaucoup de projets pour la télévision.

    Q : Pourquoi vos personnages parlent tous en anglais ?

    Spielberg : Je voulais que ce film soit accessible aux familles, même s'il est parfois intense et triste. D'autres parties sont positives et comme je voulais destiner ce film aux familles, je ne voulais pas que les enfants soient contraints de lire le film et de le scanner de gauche à droite pendant toute la séance. J'ai tourné La Liste de Schindler de la même manière. Tout le monde tournait avec son accent naturel, et on ne m'a pas reproché ce choix. Même chose avec Cheval de guerre, personne n'adopte un faux accent. Ce sont les voix de Niels, de Jeremy Irvine, d'Emily Watson. Je sentais qu'il valait mieux que l'on ne lise pas ce film. Dans certains pays, il est doublé, dans d'autres, ce sont des sous-titres. J'ai fait ce film pour le public le plus large possible. J'estimais qu'il était important qu'il soit entièrement en anglais, car le public sera essentiellement anglophone. Les plus jeunes ne devaient pas avoir à le lire.

    Q : Comment s'est porté votre choix sur ces chevaux ? Même procédure qu'un casting pour les comédiens ?

    Spielberg : Oui, plutôt. Nous avons eu la possibilité de voir un large éventail des meilleurs chevaux pour interpréter les rôles de Joey et Topthorn, qui est lui aussi très important. Le choix a été fait pour nous par Bobby, l'entraîneur, qui a trouvé les entraîneurs qui avaient les chevaux qui avaient l'apparence et la taille parfaites. Il était important pour nous que les entraîneurs connaissent bien leurs chevaux et qu'ils aient une relation indéfectible. On obtenait de meilleurs résultats que lorsque le cheval était envoyé pour faire ses scènes où il rue, saute et vient faire ses quelques cascades. Lorsque le cheval est en confiance, ce qu'il faisait était plus réussi.

    Q : Ce film est de facture très classique, sans effets spéciaux, vous auriez presque pu le réaliser il y a trente ans, et pourtant si vous l'aviez tourné plus tôt, il n'aurait pas été le même. Comment vos films précédents vous ont influencé sur ce film ?

    Spielberg : Ce que j'apporte du passé, et c'est valable pour chaque film, c'est l'expérience. Une connaissance générale et de l'expérience sur la façon de faire des films. Cela ne veut pas dire que chaque film ressemble aux précédents, ceux que j'ai fait il y a dix, vingt ou trente ans. Cela veut simplement dire que le niveau de connaissance que j'ai accumulé depuis mes débuts m'aide à faire les meilleurs choix, plus carré. A mes débuts, je tournais chaque plan sous un maximum d'angles et je tournais pour me protéger et me sentir tranquille. Et en arrivant au montage, je me rendais compte que je gardais moins de 50 % de ce que j'avais filmé. Le reste partait à la poubelle. Avec l'expérience, je tourne moins de plans inutiles. Mon taux est passé de dix scènes tournées pour une gardée, à quatre pour une. Voilà où l'expérience joue un rôle. Cela n'a rien à voir avec le style, le choix du sujet, ou une évolution de mes opinions ou croyances personnelles. Avoir des enfants, vieillir, j'ai commencé à regarder le monde sous un angle différent. En réalité, Cheval de guerre a bénéficié de la confiance et du manque de confiance que j'ai acquis grâce aux films qui l'ont précédé. Ces deux aspects sont importants, notamment pour pouvoir raconter ce film qui est une succession d'histoires, un style de narration que je n'avais pas vraiment utilisé auparavant. Et pourtant mon expérience me permet de ne pas découvrir le film au montage.

    Q : Dans la majorité de vos films, l'enfance, la jeunesse sont toujours malmenées par des adultes, d'où vient cette obsession ?

    Spielberg : J'ai souffert de quelques traumatismes lorsque j'étais enfant, de la petite enfance jusqu'au lycée. J'étais l'enfant craintif, faible. Les petites brutes me bousculaient et ces mêmes brutes aujourd'hui qui me malmenaient dépensent beaucoup d'argent pour voir mes films, ce qui me rend très heureux, je dois le reconnaître. J'étais un enfant « nerdy », je crois en l'idée de « l'underdog », ce que je n'ai cessé d'être avant de devenir réalisateur.

    Steven Spielberg

    Q : Quelle a été la scène la plus compliquée avec le cheval ?

    Spielberg : Toutes les scènes sont difficiles, d'une certaine manière. Evidemment, celle qui fut la plus difficile est celle où Joey court seul, paniqué, à travers le chaos du no man's land la nuit. Le tournage de nuit par exemple fut particulièrement compliqué : vous ne pouvez pas imaginer la quantité de travail, pour pouvoir éclairer le moindre trou dans le sol, nécessaire pour éviter qu'une patte du cheval ne tombe accidentellement dans un des trous qu'il creuse dans sa course. A chaque prise, il fallait sécuriser son trajet. C'était réellement effrayant, les entraîneurs me répétaient qu'il n'y avait pas de risque, mais on faisait vraiment très attention à sécuriser le tournage de ces scènes. Galoper dans ces tranchées était risqué. Le tournage de cette scène a duré trois ou quatre jours et c'est là où j'ai éprouvé le plus de craintes, de tout le film.

    Q : Ce sont les contraintes et limites sur le tournage de Tintin qui vous ont amené à utiliser autant de figurants, de chevaux, d'opulence, de vie dans le film ?

    Spielberg : Tintin n'a pas exercé la moindre influence sur Cheval de guerre. Tintin était un tout autre animal et c'est ainsi que je l'ai traité. Aucun n'a influé sur l'autre, je n'ai pas travaillé sur Tintin pendant le tournage de Cheval de guerre.

    Q : Cheval de guerre raconte une histoire sentimentale entre le jeune homme et le cheval. Pourtant, dans le film vous ne cachez rien des horreurs de la première guerre. Ce grand écart vous a-t-il posé problème, ou bien vous vous êtes dit, attention, si je vais loin dans la présentation de la guerre et de la violence, le public pourrait se désintéresser du sort d'un cheval, quand la vie de tellement d'hommes est en jeu ?

    Spielberg : Ce n'est pas de cette manière que je l'ai approché. L'histoire racontée est avant tout une aventure qui parle de l'humain et de l'animal. Ce n'est pas un document historique sur la première guerre mondiale. C'est la guerre qui nourrit le contexte, est le catalyseur de l'histoire. C'est à cause de la guerre que les personnages sont séparés et doivent lutter pour se retrouver. Mais ce n'est pas un film sur la guerre. Si cela avait été le cas, je serais rentré plus en détail sur la vie des soldats sur le front. Mais ce n'était pas cette histoire-là que j'avais choisi de raconter.

    Q : Ces trente dernières années vous avez affiché une obsession pour la guerre, que vous avez tenté de représenter différemment à chaque fois. Pensez-vous avoir trouvé la meilleure façon de parler de la guerre avec Cheval de guerre ?

    Spielberg : Il n'existe pas une meilleure façon de représenter la guerre. Ce qui fait l'intérêt d'un sujet sur la guerre est le point de vue apporté par un réalisateur. Le mien est différent à chaque fois que je parle de la guerre. Celui-ci est très différent de toutes les autres histoires de guerre que j'ai abordées. Il faut sauver le soldat Ryan, « Band of Brothers » et « The Pacific » ont la même vocation : je les ai tournés pour mon père, en particulier Il faut sauver le soldat Ryan, c'était un vétéran de la seconde guerre mondiale. Les mini-séries pour la télévision ont été tournées pour rendre hommage à tous les vétérans. Certains sont encore vivants aujourd'hui. Par contre, je n'ai pas de lien direct avec la première guerre mondiale. Je ne m'y étais jamais intéressé avant de découvrir ce roman et de voir la pièce qui utilise cette période seulement comme un contexte pour raconter une histoire. Le sujet n'est pas dans une description minutieuse, dans une accumulation de faits historiques précis, mais il s'agit plutôt de comprendre l'effet que la guerre a sur ces personnages et comment la rencontre avec ce cheval exerce un rôle apaisant dans leurs vies. Rien à voir avec mes précédents films sur la guerre.

    Q : Comment avez-vous découvert Niels Arestrup et pourquoi l'avez-vous choisi ?

    Spielberg : Je regarde beaucoup de films, notamment français, et ce sont bien vous les Français qui l'avez découvert. C'est un vrai trésor national qui représente la France ici. Je l'ai vu dans Le Scaphandre et le papillon, Un prophète et dans ce film réalisé par Sophie Marceau, Parlez-moi d'amour. Je pense que c'est un très grand acteur. Je l'ai rencontré plusieurs fois, lorsque je faisais passer des castings pour des rôles de français, sur Munich et un autre. Nous nous sommes rencontrés voilà quelques années déjà. Et je me suis juré de travailler avec lui, si je trouvais le bon rôle. Lorsque ce projet est arrivé, j'ai tout de suite pensé à lui. Je n'ai pas cherché quelqu'un d'autre, c'était pour lui et pour personne d'autre.

    Q : Avez-vous été influencé par les films de Akira Kurosawa dans la façon de mettre en scène des chevaux et dans la représentation de la guerre ?

    Spielberg : Akira Kurosawa a souvent utilisé des chevaux, et les utilisait particulièrement bien, surtout dans le film que je préfère de lui, Ran, où l'on voit la meilleure utilisation de chevaux dans l'un de ses films. Et pourtant dans ses films, ou ceux de John Ford, John Wayne ou même mes Indiana Jones, les chevaux ne sont que des outils pour permettre aux héros de se déplacer. On ne prête pas la moindre attention aux chevaux, on remarque ceux qui sont sur le cheval. C'est la première fois dans l'un de mes films où l'attention se focalisait sur le cheval. En repensant à Indiana Jones, lorsque j'ai tourné ces scènes où Indiana Jones monte à cheval, à aucun moment je ne me suis senti concerné par le cheval et pendant le montage, je n'ai jamais regardé le cheval, je ne regardais que Harrison. Et voilà que maintenant, je dois me focaliser sur ce cheval qui porte un film entier. C'était un vrai défi. A mes yeux, Akira Kurosawa et John Ford se sont influencés l'un l'autre et étaient deux frères de western, même si les cultures sont très différentes.

    Steven Spielberg

    Q : Vous êtes au sommet de Hollywood depuis trente ans. Comment gérez-vous la pression hollywoodienne au quotidien ?

    Spielberg : Hollywood n'est jamais rien d'autre qu'un panneau sur une colline et pas un état d'esprit. C'est une étiquette facile qui existe depuis un siècle. Pour moi, c'est un endroit où je vis et je travaille, un endroit propice à la création. Le matin, quand je vais travailler, je ne me dis pas que je vais à Hollywood. Je ne pense à Hollywood en tant que tel que lorsque je me rends aux premières, avec lumières et tapis rouge, ou lors de soirées de récompenses. Mais en ce qui concerne le travail, je ne pense pas ainsi ou à mon niveau dans la hiérarchie hollywoodienne. Je dirige une compagnie, je réalise des films. Il faut un smoking pour penser à Hollywood. Je ne ressens aucune pression, ou alors seulement quand je prends suffisamment de repos, et cela ne m'est pas arrivé depuis bien longtemps.

    Q : Ce cheval de guerre est plutôt un cheval de paix : il humanise le conflit, grâce à lui les hommes se rencontrent, et ce qu'il porte en lui, c'est plutôt la paix. Il me semble que dans votre film, c'est à la fois une sorte de conte sur la paix et un film de guerre. Est-ce que l'enjeu c'est pas de mêler l'un à l'autre, et de faire que finalement la première et la dernière partie forment une sorte de conte, enrobant la partie centrale qui est la partie de guerre, pour lui donner un sens afin de l'humaniser ?

    Spielberg : C'est bien la raison pour laquelle je dis toujours que c'est un conte sur le courage et l'espoir. L'histoire est optimiste malgré tout. Joey montre comment la voie vers une solution pacifique est possible, mais ce n'est finalement qu'un interlude dans des temps sombres qui redeviennent sombres après qu'il ait rempli son rôle auprès des personnes qu'il croise. Il a y beaucoup de messages dans cette histoire. Lorsque j'ai vu la pièce, ce qui m'a ému aux larmes, ce n'était pas quelque chose qui avait à voir avec les marionnettes ou l'histoire, c'était ce gâchis énorme de vies humaines, pour un conflit qui aurait pu être réglé sur le plan politique. La première guerre mondiale, ce n'est que cela.

    Q : Est-ce que ce cheval n'est pas une métaphore de la guerre : cette guerre qui s'emballe, qui devient folle, et qui finit par s'embourber dans les barbelés et qui n'en sera délivré quand on aura compris que les uns et les autres en pâtissent ? La fin est-elle voulue à un hommage au western, avec cette dernière image qui y ressemble beaucoup ?

    Spielberg : Vous avez répondu à la question de façon plus éloquente que je n'aurais pu le faire. Votre question est ma réponse. Sur la fin, non ce n'est pas du tout à mes yeux une fin de western. C'est vrai que ce ciel en cinémascope au crépuscule rappelle l'imagerie du western américain. Mais non, c'est plutôt un crépuscule spectaculaire, le retour à la maison après le voyage. J'ai utilisé ces crépuscules à mon avantage, en le tournant en cinq nuits. Nuit parfaite sur trois nuits, et deux autres sans nuages où il était impossible de tourner, car il n y'avait pas de nuages dans le ciel et il est impossible de filmer un coucher de soleil sans nuage.

    Avec nos remerciements à Pascal Leduff du site Ciné Régions pour cette transcription traduite directement de la version anglaise.