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Exils

  • Exils
    Zano, fils de pieds noirs, et sa copine Naïma, une Française d'origine algérienne, décident de faire une marche à pied jusqu'à Alger, en quête de souvenirs. Sur leur chemin, ils rencontrent des voyageurs en sens inverse et se frottent à des cultures qui leur sont étrangères mais qui réveillent des instincts longtemps enfouis.

Critique de tootpadu

  • Tony Gatlif est probablement le réalisateur français en activité le plus mélomane. Dans chacun de ses films, la musique joue en effet un rôle prépondérant, c'est elle qui le fait avancer, qui est supposé lui donner son âme. Cette qualité entraînante provient de l'autre caractéristique, encore plus rare, du cinéaste, à savoir son attachement à la culture gitane et à toutes autres formes de société originale. Toutefois, jusqu'à présent, ses films, ou au moins le seul dont on a un souvenir précis (Vengo), n'étaient pas particulièrement bons et pèchaient par l'absence d'un point de vue cinématographique fort. Comme quoi, il ne faut jamais perdre espoir ...
    Un véritable hymne à la sensualité et à l'ouverture d'esprit, ce succès du dernier festival de Cannes nous étonne en effet par sa beauté et sa chaleur humaine. Conduit de main ferme qui autorise des digressions musicales lorsqu'elles se présentent, ce récit de voyage exorcise tout le mal que l'on pouvait penser de Gatlif, à l'image de cette scène de transe impressionnante de la fin. L'aspect enivrant des paysages et des corps dénudés ou dansants n'y cache cependant pas la misère qui gronde à travers les galères des immigrés, la destruction du tremblement de terre, et l'intégrisme. Mais le cinéaste ne juge à aucun moment ni ses personnages loin d'être exemplaires, ni les circonstances dans lesquelles ils se trouvent, qui revêtent alors un air de voyage initiatique à contresens.
    Romain Duris, dont la sensualité éclate dès le premier plan magnifique, et Lubna Azabal, qui est dans ce cinquième film que l'on voit d'elle toujours aussi sublime, torturée et intense, forment un couple unique, une sorte de dignes héritiers de celui des Temps modernes : des laissés-pour-compte qui trouvent pourtant leur petite part de poésie dans un monde hostile.

    Vu le 12 octobre 2004, à l'UGC Ciné Cité Les Halles, Salle 10

  • 3.5