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De-Lovely

  • De-Lovely
    Un portrait musical du compositeur américain Cole Porter, émaillé d'une multitude de ses inoubliables chansons. Ce dernier se représente son passé à la manière d'un de ses grands spectacles musicaux, en faisant défiler sur la scène de sa mémoire les personnages et événements qui l'ont marqué. A travers des succès légendaires comme Night and Day, It's De-Lovely et In the Still of the Night, s'éclaire la vie profuse, excessive et sophistiquée de Porter - notamment les relations complexes qu'il entretint avec son épouse et muse Linda Lee Porter. http://www.delovelymovie.com/french/home.php (Source Allociné)

Critique de tootpadu

  • Les chansons de Cole Porter sont pleines de verve, d'esprit, d'humour et de charme. Sa vie a été mouvementée, controversée et tragique. Malheureusement, cette deuxième biographie filmique du compositeur ne correspond à aucun de ces adjectives. Elle accomplit même l'exploit assez insensé de rendre l'histoire de la vie d'un homme haut en couleurs terne, sans intérêt et lourde. Ce succès du mauvais goût et des somnifères est sans doute à mettre au compte d'une mise en scène douloureusement bancale et d'une interprétation principale dont l'absence d'âme n'est guère cachée par une tonne de mauvais maquillage.
    Certes, la construction du scénario, signé Jay Cocks, un collaborateur recurrent de Martin Scorsese, comporte dès le départ son lot important d'éléments artificiels et moribonds. Faire évoluer toute une vie autour d'un homme mourant assis dans un théâtre qui regarde les années passer sur scène en compagnie d'une sorte de metteur en scène divin n'est évidemment pas du tout une bonne idée pour commencer, tellement le cadre est artificiel et engoncé. Mais il n'empêche que sous l'ordre d'un metteur en scène inspiré - au lieu du tâcheron présent sans finesse qui aurait dû rester producteur - cela aurait pu marcher convenablement. Dans l'état, le spectateur est forcé d'assister à une suite sans fin des moments clefs d'une vie qui, au début du XXIème siècle, n'a au fond plus rien de particulier. Les histoires de mariage de façade étaient en effet légion dans les années pudibondes de Hollywood, et ont probablement encore cours de nos jours, serait-ce de façon atténuée. Pour un spectateur de nos jours qui serait - espérons-le - plus tolérant et plus éclairé, le point principal de l'intrigue (la relation conflictuelle entre Linda et Cole, qui ne mettait pas de frein à ses penchants homosexuels) doit paraître alors daté ou pour le moins peu séduisant, vue la nature presque contre-nature de cette alliance. En tout cas, Winkler ne fait strictement rien pour nous rendre l'enjeu plus intéressant, à force de moments lénifiants déjà vus mille fois et mille fois mieux. Les amants, les succès, les changements de cadre de vie, les espoirs déçus de progéniture, les accidents, les maladies, les derniers triomphes, tout y est dans un ennui parfait.
    Ne discréditons cependant pas l'ensemble de l'entreprise, car pour chaque catastrophe de mauvais goût, comme les numéros musicaux du début et de la fin, il y a au mieux une séquence regardable, à l'image de "Night and Day" chanté sur scène par des futurs amants, du mouvement circulaire dans la boîte gaie ou du morceau de "Kiss Me Kate". Cela est bien entendu loin de nous dédommager pour tous les méfaits cinématographiques que l'on doit subir entre-temps, mais ces très courts moments d'espoir nous rappellent à quel point l'oeuvre de Porter plane au-dessus de cet hommage très mal fait. De même, le gadget des chanteurs contemporains qui interprètent des chansons (Robbie Williams, Lara Fabian, Alanis Morrissette, Sheryl Crow, Natalie Cole, ...) ne fonctionne pratiquement jamais, soit parce qu'ils sont mal intégrés dans l'histoire, soit parce que leur version ne rend pas parfaitement justice au génie de Porter.
    Il y a enfin au moins un point presque entièrement positif : l'interprétation d'Ashley Judd, la reine du bon jeu dans des mauvais films. Si elle n'est pas défigurée par une tonne de mauvais maquillage, elle confère en effet à cette femme, probablement plus complexe que le scénario simpliste nous veut le faire croire, un peu d'humanité et de beauté qui font cruellement défaut au reste. Aux antipodes du jeu exsangue de Kevin Kline, Ashley Judd tente au moins de faire naître quelques étincelles, qui se noient hélas trop vite dans l'atmosphère pâteuse de l'ensemble du film.
    Lors de la projection privée de Nuit et jour, l'autre oeuvre sur Porter, le personnage principal dit qu'il survivra à cette ignominie sur sa vie. En vue de ce nouveau désastre, on serait tenté d'affirmer exactement la même chose, bien que cette occasion gâchée de faire découvrir Cole Porter à une nouvelle génération nous fasse mal au coeur.

    Vu le 10 octobre 2004, au Bienvenue Montparnasse, Salle 1, en VO

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