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Coast Guard (The)

  • Coast Guard (The)
    Un groupe de soldats a pour mission de garder le littoral coréen, près de la frontière entre le Nord et le Sud. Parmi eux, le caporal Kang, un fanatique du camouflage, est empressé de capturer un des espions qui s'aventurent très rarement dans cette zone militaire interdite. Une nuit, il tue par accident un des voyous du village voisin, qui avait pénétré dans le territoire surveillé afin de s'y amuser avec sa copine. Celle-ci sombre dans la folie, alors que Kang, d'abord récompensé, n'arrive pas à digérer psychologiquement son acte. Démobilisé d'avance en raison de son état mental instable, Kang commence alors sa propre petite guerre contre son ancien poste.

Critique de tootpadu

  • Après des débuts qui nous rappellent fortement Beau travail avec ses soldats à moitié nus qui se roulent dans la boue et qui suivent des rituels inutiles, ce deuxième film de Kim Ki-duk distribué en France, suite au succès de Printemps, Eté, ..., se transforme rapidement en un constat saisissant sur la folie. Le fonctionnement du petit groupe de soldats dans tout son ennui et ses gestes et actions répétitifs prépare en effet le terrain pour à la fois mieux le mettre en opposition avec la démence de Kang, aggressive, et celle de la fille, soumise, et pour souligner le chaos que provoquent les attaques de la brebis galeuse. Cette dualité se retrouve tout au long du film, l'opposition entre l'armée avec son hiérarchie, ses corvées et ses taches superflues, et les stades successifs du dérèglement mental de Kang qui se répercutent directement sur le fonctionnement de la troupe.
    A la base, les gardes côtières n'ont pas de raison d'être face à l'absence physique de l'ennemi du Nord, qui est par contre très convenablement remplacé par des touristes venus de la capitale pour prendre des photos et par la population civile qui n'a que du mépris pour les 'bidasses'. Destinés à évoluer dans un univers clos, les soldats se livrent par conséquent à des exercices futiles, à des cérémoniels anachroniques tel le cri de 'victoire' et au maintien d'un ordre dont ils sont les seuls véritables perturbateurs. Cette quiétude factice se verra progressivement bouleversée par les incursions de Kang, à la limite le dernier à croire encore à sa mission de la protection de la patrie. L'appareil militaire retrouve alors un semblant d'utilité dans ce combat intestinal qui ne fait qu'accentuer le caractère superflu de l'armée nationale.
    Tandis que les rapports de force et d'appartenance à l'armée sont mis en question ici, la folie est davantage traité comme le thème central, la préoccupation principale du film : parfois dans un ton élégiaque qui donne un sens d'impuissance à la rencontre entre l'armée et les deux personnages fous (le très beau plan de la fille qui s'échappe dans une mer d'herbe pour aussitôt être rattrapée par les soldats qui l'encerclent), la plupart du temps dans une suite d'actions étroitement liées à la mort et au souvenir. Ainsi, la fille qui voit son amant défunt dans chaque homme qu'elle approche et Kang qui perd un peu plus de sa raison chaque fois qu'il se souvient de son acte meurtrier, sont les figures clés d'une spirale du chaos qui ne tardera pas de happer également le spectateur.
    D'une très grande beauté visuelle, le style de Kim n'évite pas toujours la répétition un peu pesante de ses moyens (les images de Kang en flou ondulé) mais réussit par contre à conférer à son récit fascinant et la structure contemplative typique d'un certain cinéma asiatique, et l'imminence d'un film d'action ou de guerre. En tout cas, il s'agit ici d'un grand film sur la folie !

    Vu le 16 septembre 2004, au MK2 Beaubourg, Salle 3, en VO

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