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Collateral

  • Collateral
    Max est taxi de nuit à Los Angeles. Un soir, un homme prénommé Vincent monte dans le taxi. Cheveux argentés, costume gris clair, barbe discrète, mallette, gestes précis, allure dynamique et autoritaire. Un businessman, selon toute apparence, avec un emploi du temps chargé : pas moins de cinq rendez-vous à tenir dans la nuit. Max accepte de lui louer ses services jusqu'au petit matin, en échange de 600 dollars. Premier arrêt. Vincent entre dans un immeuble. Un coup de feu éclate presque aussitôt, un corps plonge dans le vide, s'écrasant sur le toit du taxi. Vincent redescend et, sous la menace de son arme, oblige Max à dissimuler le cadavre dans le coffre et à reprendre son mortel périple. Un chauffeur de taxi, un tueur implacable, cinq "cibles" à éliminer, des agents des stups et une équipe du FBI... Leurs destins se joueront cette nuit... http://www.collateral-themovie.com/home.php (Source Allociné)

Critique de tootpadu

  • La mise en scène de Michael Mann repose presque entièrement sur son style, cet aspect technique, brillant et froid, qui fait du réalisateur un des plus grands défenseurs de la beauté urbaine. Une célébration de la forme, ses films n'innovent pas toujours par leur sujet, qui est au mieux un condensé réussi des ingrédients de qualité de leurs genres respectives. Toutefois, avec le temps, ses oeuvres gagnent en valeur, comme si, à force de les revoir régulièrement, la symbiose parfaite était en train de progresser, une de celles qui nous soumettent en fin de compte un chef-d'oeuvre insoupçonné.
    Ainsi, à la première vision de Heat les oreilles nous sifflaient après ces nombreuses séquences de fusillade magistrales, mais nous étions tout de même un peu déçu de l'affrontement entre De Niro et Pacino. Petit à petit, cet éblouissement superficiel des sens a fait place à une plus grande appréciation du film en entier, de son approche à la fois vraie et efficace, sans fioriture inutile, de la chasse aux braqueurs. Quant à Révélations, notre enthousiasme était immédiat et perdure jusqu'à ce jour, alors que les autres films attendent toujours d'être revu (Ali, Le Sixième sens) ou bien, honte à nous, d'être découverts (Le Dernier des Mohicans).
    Tout cela pour dire que, même si notre réaction envers ce nouveau film du maître n'est pas disproportionnée, nous nous réservons le droit de revoir et Collateral et notre jugement dans les semaines, les mois, voire les années à venir - comme avec tout film, par ailleurs. Car l'impression que nous laisse cette première virée nocturne en taxi est pour le moins partagée. Jamais très sûr dans la création d'un rythme conventionnel et prévisible, Mann se permet en effet une fois de plus de changer à plusieurs reprises de vitesse en cours de route, nous laissant soit scotchés dans notre fauteuil, soit suspendus dans des moments d'une certaine magie qui cassent la structure pour peut-être laisser entrer un peu de vie. Alors que le premier quart du film est presque lent, le dernier recèle un suspense époustouflant qui se termine en une référence lyrique au début de Heat. D'arrêt en arrêt, l'avancement de l'intrigue et du récit se trouve alors percuté, conférant une nervosité vibrante au film, tout en lui ôtant son homogénéité.
    Très riche visuellement - jusqu'à certains plans qui paraissent comme hors contexte, comme une parenthèse esthétique -, le film cache sous sa prémisse simple quelque bonnes observations sociales et personnelles. Dans ce contexte, faire converser les deux personnages principaux sur la philosophie de la vie en pleine cavale peut paraître une approche un peu lourde, par contre, le transfert et l'identification très lents de Max avec Vincent (toutes les petites phrases toutes faites qu'il reprend de plus en plus souvent) sont du plus bel effet. C'est une façon plus subtile d'être cynique que d'assassiner tout le monde et de condamner le monde à partir d'une éthique de l'indifférence.
    Pour finir, du côté de l'interprétation, rares sont les seconds rôles qui arrivent de briller (Barry Shabaka Henley), la plupart sont corrects (Mark Ruffalo, Javier Bardem), et une seule agace quelque peu dans une scène dont l'utilité est discutable (Irma P. Hall). Dans le duel entre la star confirmée qui tente de suivre Denzel Washington et Ben Kingsley dans le contre-emploi et le nouveau venu qui sera très bientôt une star à part entière (suivez mon regard vers la consécration très probable en fin d'année dans Ray), c'est Jamie Foxx qui le remporte d'une courte tête. Evitant avec une assurance exceptionnelle tous les travers et tics avec lesquels le tente son rôle, ce dernier livre une interprétation maîtrisée et entièrement convaincante, alors que Cruise ne se refuse pas quelques regards un brin trop méchants pour un homme aussi cultivé et courtois que son tueur professionnel.

    Vu le 30 septembre 2004, à l'UGC Ciné Cité Les Halles, Salle 3, en VO

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Critique de Mulder

  • La rencontre tant attendue d’un très grand réalisateur et d’un acteur très exigeant allait elle réellement donner un bon film ? A première vue, la bande annonce ne paraissait pas particulièrement aboutie et guère intéressante. Pourtant, ce film est réellement une réussite à différents points de vue que nous allons voir un par un.

    Quel plaisir de voir Tom Cruise dans un rôle à contre emploi sous la direction de Michael Mann. Il campe le personnage de Vincent, tueur froid et pragmatique, qui se lie avec Max, un brave chauffeur de taxi joué par un Jamie Foxx étonnamment sobre et parfaitement dans le ton du film.

    Michael Mann est donc bien un perfectionniste qui cherche à se dépasser de films en films. Cette fois ci l’utilisation d’une caméra numérique permettant de voir dans le noir est une première et s’accorde particulièrement au sujet du film. Après Taxi driver, voilà une nouvelle histoire dont l’action reste liée uniquement à un taxi et sur un affrontement. Pendant 2 heures, deux hommes vont apprendre l’un de l’autre et vont s’opposer finalement à cause d’une femme. Michael Mann adore opposer dans ses films deux acteurs : ce fut le cas dans Ali (2001) , Insider (1999) , Heat (1995), Le dernier des mohicans (1991) et bien entendu dans son meilleur film à ce jour selon moi, Manhunter (1983). Il suffit de quelques instants au réalisateur pour capter notre attention, nous envoûter par la composition de ses plans et son ambiance nocturne pleine de couleurs, de reflets, de flous artistiques. Michael Mann prouve une nouvelle fois qu'il est aujourd'hui un des maîtres du thriller américain.

    Quant à Tom Cruise, quoi qu’en disent certaines personnes, c’est réellement un très grand acteur aussi à l’aise dans une comédie culte (Risky Business), un film de guerre (né un 4 Juillet), un film de science fiction (Minority Report), un drame historique (le dernier samourai), un thriller (La firme) … Dans ce film, il a tout simplement cassé son image et inversé les rôles, cette fois-ci, c’est lui le « bad-guy » de service et il rend son personnage de tueur impasside au début assez sympathique (il ne tue que des mafieux), puis antipathique (scène dans la boite de jazz et scène du train). Tom Cruise, impassible fait ici une de ses meilleures compositions et qui mériterait largement une nomination aux oscars en 2005.

    Quant à Los Angeles, cette cité des anges tentaculaires semblent être la ville de tous les pêchés, le fait que toute l’action du film se passe la nuit renforce ce côté antipathique de la ville. Comme le héros, chauffeur de taxi, Los Angeles semble être la ville de la déception, du rêve brisé. Comme Los Angeles, le personnage joué par James Foxx semble cassé, gangréné par le fait que chaque habitant de cette ville semble mal intégrer. Comment vivre dans une ville où une personne morte reste 6 heures dans une rame de métro sans que personne ne s’inquiète de son sort. Cette vision de Los Angeles nous renvoie à la vision de néo-apocalyptique du Tokyo de Black Rain. Collateral est donc plus qu'un excellent thriller, c'est une ode à Los Angeles.

    L'interrogation qui travaille Collateral est la même qui travaille nombre de productions américaines depuis le 11 septembre. Mais Michael Mann ajoute une dimension plus personnelle et plus formelle.

    Enfin, on notera que la bande son du film parsemé de très bons morceaux de musique vaut pratiquement rien qu’à lui le déplacement. Pour ceux qui ont vu et aimé Los Angeles, ce film s’impose comme une vision post 11septembre des Etats-Unis. En outre, le duo gagnant Cruise / Mann a également terminé le film The Few qui devrait sortir l’année prochaine…

    Vu le mercredi 29 à la séance de 10h30 salle 02 en vf au Gaumont de Disney Village

  • 4