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Jojo Rabbit

  • Jojo Rabbit
    Avec cet humour et cette sensibilité qui n’appartiennent qu’à lui, le réalisateur et scénariste Taika Waititi met en scène Jojo Rabbit, une satire se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale. Jojo est un petit allemand solitaire. Sa vision du monde est mise à l’épreuve quand il découvre que sa mère cache une jeune fille juive dans leur grenier. Avec la seule aide de son ami aussi grotesque qu'imaginaire, Adolf Hitler, Jojo va devoir faire face à son nationalisme aveugle.

Critique de Mulder

  • “I
    I will be king
    And you
    You will be queen
    Though nothing
    Will drive them away
    We can beat them
    Just for one day
    We can be heroes
    Just for one day”
    David Bowie - Heroes

    Le cinéma peut-il traiter de tous les sujets sous un angle humoristique y compris de certaines périodes de l’histoire dans laquelle la barbarie de certains pays fait réellement honte à l’humanité toute entière ?

    La réponse semble être oui si cela est fait avec une réelle intelligence et témoigne des atrocités faites pendant une période précise de l’histoire. Des films comme Le dictateur (1940) de Charlie Chaplin, La folle histoire du monde (198) de Mel Brooks, L’as des as (1982) de Gérard Oury, La vie est belle (1998) de Roberto Benigni, Inglorious Basterds (2009) de Quentin Tarantino sont de parfaits exemples de réussite dans leur manière d’approcher l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale et en caricaturant Adolf Hitler et ses idées allemandes nauséabondes.

    Pour ce sixième film qu’il écrit et réalisé après À chacun sa chacune (Eagle vs Shark) (2007), Boy (2010), Vampires en toute intimité (What We Do in the Shadows) (2014), À la poursuite de Ricky Baker (Hunt for the Wilderpeople) (2016), Thor : Ragnarok (2017), Taika Waititi réussit à trouver le bon angle pour traiter le nazisme allemand pendant la seconde guerre et surtout aborder celle-ci sous l’angle du regard d’un jeune enfant endoctriné.

    Jojo (Roman Griffin Davis) est un jeune enfant rêveur solitaire qui s’est créé un drôle de personnage imaginaire puisqu’il s’agit d’Adolf Htiler (Taika Waititi). Elevé seul par sa mère Rosie Betzler (Scarlett Johansson dans l’un de ses meilleurs rôles), il passe son temps dans un camps d’entrainement pour enfants pour leur apprendre à être de bons nazis et à s’entrainer à tuer et à être sans cœur (la scène du lapin mérite le détour). Un jour, Jojo découvre que sa mère cache chez eux une jeune et belle juive du prénom d’Elsa (Thomasin McKenzie). Sa découverte va non seulement lui faire comprendre que ce que veut lui inculquer l’Allemagne sont des mensonges écœurants mais de plus, il va tomber follement amoureux de celle-ci au point de risquer sa propre vie.

    Après avoir été découverte dans l’excellent Leave no trace (2018) projeté lors du festival du cinéma américain de Deauville, la jeune comédienne Thomasin McKenzie témoigne d’un talent rare et donne à son personnage l’épaisseur nécessaire pour en faire à nos yeux le personnage le plus important du film. D’Elsa, le jeune Jojo va comprendre l’immensité de bêtises des doctrines nazies allemandes et surtout passer de l’Age de l’innocence à l’âge adolescent. Il verra en elle non seulement une des personnes les plus importantes à ses yeux mais aussi pour laquelle il mettra sa vie en danger pour la protéger.

    Après une remarquable parodie des films vampires, Vampires en toute intimité (What We Do in the Shadows) (2014) on savait que le réalisateur Taika Waititi était non seulement un excellent conteur mais avait un véritable sens de l’humour. Il le prouve une fois de nouveau ici et suit en quelque sortes les traces de Charlie Chaplin dans Le dictateur. Le réalisateur sait montrer la bêtise humaine allemande et les idées reçues les plus idiotes les unes que les autres sur l’endoctrinement exercé par le pouvoir en place mais aussi ses conséquences comme ces nombreuses victimes d’un tel régime (scènes des pendus). Le film réussit ainsi à nous faire rire mais aussi à nous émouvoir le temps de plusieurs scènes (notamment un très beau numéro de danse)..

    Alors que les comédies américaines actuelles ont plutôt tendance à s’orienter vers des sujets trop traditionnels, Jojo Rabbit se révèle important non seulement pour nous rappeler certaines erreurs à ne plus reproduire mais aussi l’importance de prendre soin des enfants car notre avenir se dessine dès maintenant et l’éducation doit toujours être une priorité absolue comme la défense des droits de l’homme.

    Par son approche, une réalisation intelligente et classieuse et surtout par son casting notamment dans des seconds rôles Rebel Wilson (Fraulein Rahm), Sam Rockwell (Captain Klenzendorf) et Stephen Merchat (Captain Herman Deertz), Jojo Rabbit malgré sa sortie tardive en France se doit d’être vu et apprécié à sa juste valeur, une comédie incontournable et réussie.

    Jojo Rabbit
    Un film écrit et réalisé par Taika Waititi
    Produit par Carthew Neal, Taika Waititi, Chelsea Winstanley
    Basé sur Caging Skies de Christine Leunens
    Avec Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Taika Waititi, Rebel Wilson, Stephen Merchant, Alfie Allen, Sam Rockwell, Scarlett Johansson
    Musique de Michael Giacchino
    Directeur de la photographie ; Mihai M?laimare Jr.
    Montage : Tom Eagles
    Production : TSG Entertainment, Defender Films, Piki Films
    Distribution : Fox Searchlight Pictures (Etats-Unis), The Walt Disney Company France (France)
    Date de sortie : 8 septembre 2019 (TIFF), 18 octobre 2019 (Etats-Unis), 29 janvier 2020 (France)
    Durée : 108 minutes

    Vu le 04 janvier 2020 en VO

  • 5

Critique de Marianne Velma

  • Pierre Desproges disait « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde ». Avec Jojo Rabbit, Taika Waititi (Thor : Ragnarok, The Mandalorian) prouve surtout qu’on peut rire de tout à condition d’avoir le talent et la subtilité nécessaire. Rien que d’imaginer les trésors d’ingéniosité que le cinéaste a du déployer pour convaincre les exécutifs d’Hollywood de produire ce film, adapté de l’œuvre de Christine Leunens, suffit à nous faire sourire. Il faut dire que le choix de porter à l’écran les aventures d’un petit allemand en pleine seconde guerre mondiale qui a pour ami imaginaire un certain Adolf Hitler a de quoi dérouter. Pourtant dès sa séquence d’ouverture, Jojo Rabbit réussi son pari : nous ne sommes pas dans un monde réaliste mais dans celui de Jojo, un enfant de 10 ans.

    Ce choix de hauteur de vu, celle de Jojo, maintient le spectateur à la bonne distance des évènements. Être ainsi connecté à ce bonhomme hors-norme permet de tordre la réalité avec malice. Le film nous entraîne sur des montagnes russes émotionnelles qui commencent par la joie, puis la peur, la colère et enfin la tristesse. Car Jojo va grandir sous nos yeux, avec les horreurs de la guerre qui finissent pas s’inviter dans son champs de vision, de manière presque inattendue et donc totalement bouleversante.

    Avec son univers décalé, ses couleurs vintages et sa galerie de personnages improbables, Jojo Rabbit semble flirter du côté de l’imaginaire de Wes Anderson, l’obsession pour les plans symétriques en moins. Sauf que chez Taika Waititi, l’humour dépasse la mélancolie. Et les émotions finissent par tout emporter sur leur passage. La vraie réussite du long métrage tient sans doute dans sa caractérisation fine de chacun des personnages qui gravite autour de Jojo. Un détail, une séquence, une parole à double sens… rien n’est ouvertement accessible à Jojo et pourtant le spectateur s’en saisi immédiatement.

    Pour atteindre une telle prouesse, Taika Waititi se devait de sélectionner le casting idéal. Son Jojo, porté par l’épatant Roman Griffin Davies, avait la lourde tâche de nous emporter instantanément dans son monde. Lors de la dernière très jolie séquence, quand il semble être enfin lui-même, on mesure alors tout ce qu’il vient de traverser dans ses yeux d’enfant. La performance est d’une justesse confondante. A ses côtés, Sam Rockwell, spécialiste de ce genre de personnage à multiples lectures apparaît une fois de plus comme l’homme de la situation. Enfin quelle bonne idée d’avoir utilisé le charme renversant de Scarlett Johansson pour un rôle à contre-courant des performances physiques de l’univers Marvel. Ils semblent tous être les personnages d’un conte qu’on ne se lassait pas de lire et relire quand on était enfant…

    Jojo Rabbit
    Un film écrit et réalisé par Taika Waititi
    Produit par Carthew Neal, Taika Waititi, Chelsea Winstanley
    Basé sur Caging Skies de Christine Leunens
    Avec Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Taika Waititi, Rebel Wilson, Stephen Merchant, Alfie Allen, Sam Rockwell, Scarlett Johansson
    Musique de Michael Giacchino
    Directeur de la photographie ; Mihai M?laimare Jr.
    Montage : Tom Eagles
    Production : TSG Entertainment, Defender Films, Piki Films
    Distribution : Fox Searchlight Pictures (Etats-Unis), The Walt Disney Company France (France)
    Date de sortie : 8 septembre 2019 (TIFF), 18 octobre 2019 (Etats-Unis), 29 janvier 2020 (France)
    Durée : 108 minutes

    Vu le 22 janvier 2020 dans la salle du distributeur The Walt Disney Company en VO

  • 4.5