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Joker

  • Joker
    Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société.

Critique de Mulder

  • A condition d’oublier les éléments principaux caractérisant les traits psychologiques du personnage du Joker dans l’univers de DC Comics, il faut reconnaitre que le nouveau film co-écrit et réalisé par Todd Phillips (Road Trip (2000), Starsky et Hutch (2004) et notamment la trilogie culte Very Bad Trip (2009-2013)..), Joker s’impose comme non seulement un hommage vibrant au cinéma américain des années 70 mais également tout simplement comme l’un des meilleurs films de cette année. On comprend également aisément la volonté du réalisateur de sortir du carcan des comédies américaines grand public pour s’orienter vers un cinéma plus adulte mais également plus violent. Ce changement de cap s’est ressenti dans son film précédent War Dogs (2016) que nous avions découvert lors du festival du cinéma américain de Deauville.

    Alors que l’univers DC Comics alternant des échecs publics et critiques (Batman v Superman : L'Aube de la justice (2016), Suicide Squad (2016), Justice League (2017)) et des réussites (Wonder Woman (2017), Aquaman (2018) et plus récemment Shazam ! (2019)il semble avoir du mal à tenir tête à celui de l’univers cinématographique Marvel, on comprend aisément la volonté de Warner Bros de tenter une nouvelle approche pour donner vie aux personnages des comics. Pourtant le film Joker semble avoir été construit en ignorant totalement ce qui caractérisait réellement le personnage créé par Jerry Robinson, Bill Finger et Bob Kane et apparu pour la première fois dans le comics Batman #1 en 1940.

    Le film Joker fait ainsi d’un homme sorti d’un asile psychiatrique et reconverti en clown, un personnage psychologiquement détruit et rejeté par une société vouant un culte à la réussite en oubliant les nombreux laissés-pour-compte. Ceux-ci voient dans le meurtre de trois cadres de la société Wayne par un clown un moyen de se faire enfin entendre et revendiquer leurs droits. En prenant le clown comme défenseur des droits de l’homme, la population de Gotham en pleine révolte finit par faire naître le chaos dans les rues et d’Arthur Fleck un héros malgré lui.

    Nous suivons donc la descente en enfer d’un homme brisé et qui va se rendre compte qu’il a non seulement été adopté mais aussi que sa volonté de devenir un comique comme son idole, le présentateur d’une émission de télévision Murray Franklin (Robert de Niro) est voué à l’échec. Malgré la présence des parents de Bruce Wayne et son apparition en tant qu’enfant, Joker semble prendre un plaisir malsain à détruire l’univers comics dans lesquels les personnages obéissent à des codes précis. On pourra presque crier au parjure lors d’une scène du film revisitant l’assassinat des parents de Bruce Wayne sous ses yeux. Certes, l’interprétation parfaite de Joaquin Phoenix dans le rôle-titre du film permet aisément de comprendre l’octroi du Lion d’or lors de la Mostra de Venise et la longue ovation qui a suivi la projection de ce film lors de ce festival mais cette réussite s’accompagne d’une certaine trahison pour tous les passionnés du véritable personnage du comics.

    Alors que le joker interprété par Jack Nicholson dans le film Batman (1989) de Tim Burton et celui culte interprété par Heath Ledger dans The Dark Knight, le chevalier noir (2008) de Christopher Nolan respectaient non seulement le personnage du comics en trouvant une parfaite approche pour lui donner vie, on ne le reconnait pas ici. Certes Joaquin Phoenix interprète un clown psychopathe et déshumanisé mais n’est en aucun cas un leader né capable d’imposer son emprise sur des gangs et à l’intelligence aussi élevée que sa manière de recourir à la violence à tout prix pour se faire entendre (seule la fin du film aborde cette thématique).

    Joker est donc certes un excellent film noir porté par l’interprétation remarquable de Joaquin Phoenix mais un véritable échec de donner vie au personnage des comics dont hormis le rire strident tout semble avoir été oublié pour livrer un film violent et polémique. Dans le contexte actuel américain dans lequel la vente d’arme amène à de nombreuses tueries inutiles, un tel film risque de réanimer certaines consciences et de pousser certains déséquilibrés à des actions amorales telles celles d’Athur Fleck. On évitera de revenir sur le débat selon lequel le cinéma et les jeux-vidéo peuvent inciter à des mauvaises actions mais on ne pourra pas noter que ce film présente certains risques et doit être vu par un public averti (l’interdiction au moins de 12 ans est amplement mérité).

    Joker
    Un film de Todd Phillips
    Produit par Todd Phillips, Bradley Cooper, Emma Tillinger Koskoff
    Sur un scenario de Todd Phillips, Scott Silver
    Basé sur les personnages de DC Comics
    Avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz, Frances Conroy, Brett Cullen, Shea Whigham
    Musique de Hildur Guðnadóttir
    Directeur de la photographie : Lawrence Sher
    Montage : Jeff Groth
    Production : DC Films, Village Roadshow Pictures, Bron Creative, Joint Effort
    Distribution : Warner Bros. Pictures
    Date de sortie : 31 août 2019 (Venise), 4 octobre 2019 (Etats-Unis), 9 octobre 2019 (France)
    Durée : 122 minutes

    Vu le 04 octobre 2019 au Gaumont Disney Village, Salle 01 en VF

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