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Gemini Man

  • Gemini Man
    Henry Brogan, un tueur professionnel, est soudainement pris pour cible et poursuivi par un mystérieux et jeune agent qui peut prédire chacun de ses mouvements.

Critique de Mulder

  • Alors que le cinéma d’action continue non seulement à remplir les salles mais aussi pour certains s’imposent comme des succès critiques et publiques, il faut reconnaître que le nouveau film écrit par David Benioff, Billy Ray et Darren Lemke et réalisé par Ang Lee déçoit autant qu’il agace. En effet, ce brillant réalisateur semble ne pas être ici celui qu’il aurait réellement fallu pour venir à bien d’un tel projet. On se souvient encore de l’échec cinématographique que fut son film Hulk (2003) dénaturant non seulement le concept parfait établi dans les comics Marvel mais aussi n’arrivant pas à réellement faire vivre à l’écran de manière convaincante ce super-héros. L’utilisation massive dans ce précédent film des effets spéciaux certes spectaculaires n’arrivait pas à cacher les faiblesses d’un scénario et les nombreuses incompréhensions. De nouveau dans le cadre de Gemini man autant nous ne pouvons que saluer l’utilisation parfaite des effets spéciaux afin de créer les clones de Henry Brogan autant le scénario manque cruellement de consistance et les nombreux dialogues souvent trop longs et ennuyeux ralentissent considérablement le rythme de ce film.

    Le réalisateur Ang Lee a pu s’imposer dans le passé par sa grande sensibilité et surtout pour avoir réellement mis en scène de grands films intimistes. On se souvient encore des très réussis Garçons d’honneur (1993), Salé sucré (1994), Raison et Sentiments (1995), Le Secret de Brokeback Mountain (2005) voire plus récemment L’Odyssée de Pi (2012). Son précédent film Un jour dans la vie de Billy Lynn était déjà passé inaperçu lors de sa sortie au cinéma en 2017. Ces films ont réellement réveillé l’importance du facteur humain et la volonté du réalisateur de donner une certaine épaisseur à ses personnages. Malheureusement Gemini Man s’apparente plus à une demande d’une major auprès de ce réalisateur afin de mettre une fois de plus le comédien Will Smith en avant. Auréolé du succès mondial du film Aladdin de Guy Ritchie, Will Smith semble de nouveau avoir retrouvé l’attrait du public après plusieurs films décevants comme After Earth (2013), Diversion (2015) ou encore Beauté cachée (2016).

    Nous découvrons donc le personnage d’Henry Brogan (Will Smith), un des meilleurs tueurs professionnels employés par le gouvernement américain afin de mettre hors d’état de nuire de dangereuses personnes. Après avoir effectué avec réussite sa dernière mission en date, il apprend que le dossier concernant l’homme à abattre a été manipulé et qu’il a été utilisé malgré lui. Pris pour cible par l’organisation qui l’employait il va non seulement devoir faire face à un tueur connaissant parfaitement sa manière d’agir et ayant les mêmes acuités tout en étant plus jeune mais aussi devoir trouver un moyen de prouver son innocence. Gemini Man présente ainsi un scénario digne héritier des films d’action et d’espionnage et semble marcher dans les traces de Jason Bourne. Cela se ressent par une volonté de planter un décor réaliste et de la même manière quelques scènes d’action certes efficaces mais pas assez spectaculaires. De la même manière faute à des longueurs dues à un montage guère convaincant et de trop nombreux dialogues inutiles, le film manque cruellement de rythme.

    Certes la mise en scène irréprochable d’Ang Lee apporte une valeur ajoutée indéniable même si pour un tel sujet on aurait préféré de loin retrouver à la réalisation John Woo ou un autre réalisateur tout aussi habile (comme Chad Stahelski pour John Wick 2 (2017) et John Wick Parabellum (2019)) sachant faire des films d’action d’une efficacité redoutable et surtout jongler habilement entre mise en place d’une ambiance et moments forts en adrénaline. Hormis une scène de course poursuite rappelant bon nombre de James Bond, et quelques scènes de fusillades réussies, le film manque cruellement de scènes captivantes. Il reste pourtant à ce film quelques éléments réussis comme la présence de la comédienne Mary Elizabeth Winstead. Toujours aussi parfaite, elle est assurément un des éléments forts de ce film. Après des films remarqués comme Le cercle 2 (2005), Destination fnale 3 (2006), Die Hard 4 : Retour en enfer (2007), The Thing (2011), The Spectacular Now (2013) et plus récemment 10 Cloverfield Lane (2016), son rôle ici capital emporte aisément notre adhésion et fait que nous regardons avec intérêt ce film. De la même manière Will Smith dans un triple rôle se révèle tout aussi à l’aise dans des scènes d’action que dans des scènes plus intimistes.

    Alors que le cinéma hollywoodien tente tant bien que mal de se renouveler et de quitter par moment un cadre prédéfini en appliquant des recettes marketing prédéfinies, on appréciera certes les risques pris par ce film y compris placer une partie de l’action à Budapest (cela change des nombreux films d’action se déroulant aux Etats-Unis ou en Angleterre) mais on aurait préféré que celui-ci propose un tempo plus rapide et non comme ici être une succession de scènes plus ou moins réussies mettant face à face principalement un tueur face à son clone plus jeune et plus rapide. Gemini Man qui fut très mal accueilli par la critique US n’est certes pas le meilleur film d’Ang Lee mais mérite d’être découvert au cinéma.

    Gemini Man
    Un film d’Ang Lee
    Produit par Jerry Bruckheimer, David Ellison, Dana Goldberg, Don Granger
    Sur un scenario de David Benioff, Billy Ray, Darren Lemke
    Sur une histoire de Darren Lemke, David Benioff
    Avec Will Smith, Mary Elizabeth Winstead, Benedict Wong, Clive Owen
    Musique de Marco Beltrami
    Directeur de la photographie : Dion Beebe
    Montage : Tim Squyres
    Production : Skydance Media, Jerry Bruckheimer Films
    Distribué par Paramount Pictures
    Date de sortie : 2 Octobre 2019 (France), 11 Octobre 2019 (Etats-Unis)

    Vu le 27 septembre 2019 au Pathé Beaugrenelle, salle Dolby Cinéma en VO

  • 3

Critique de Marianne Velma

  • Quand on connait un peu le cinéma d’Ang Lee, son amour pour la technique paraît évident. De Tigre et Dragon à L’Odyssée de Pi, il cultive depuis longtemps ce goût pour les nouvelles technologies. Et il l'associe en plus à un vrai sens du romanesque et du récit. Alors de le voir aujourd'hui aux manettes de Gemini Man n’a forcément rien d’un hasard. Ce long métrage a pour ambition de redéfinir les codes du film d’action à l’aune d’une nouvelle cadence d’image soit le fameux HFR 120FPS.

    Pour faire simple, au lieu des traditionnelles 24 images par secondes Gemini Man a été filmé en 120 images par seconde. A titre de comparaison, Peter Jackson avait tenté l’expérience sur la trilogie du Hobbit seulement avec du 48 images par secondes. Quel intérêt me direz-vous ? Rendre les mouvements de caméra plus fluide en rendu 3D. Pour autant pas sûr que vous puissiez constater la différence. Malheureusement très peu de salles sont équipées des projecteurs numériques adaptés.

    Mais si vous avez la chance de vivre cette aventure près de chez vous, ne la laissez pas passer. Les séquences d’action de Gemini Man apparaissent comme ébouriffantes. Non seulement cette cadence ultrarapide permet à l’image de rester parfaitement lisible quels que soient les mouvements de caméra mais en plus on a l’impression qu’Ang Lee s’amuse à redéfinir la notion même d’espace. L’utilisation du décor naturel prend une nouvelle dimension. Si bien que le spectateur a parfois l’impression d’être immergé dans un jeu vidéo sur grand écran.  Si cette cadence infernale vient amplifier l’expérience cinématographique, au niveau de la colorimétrie générale et des ambiances lumineuses, Gemini Man n’échappe pas par moment à un petit effet téléfilm un peu déstabilisant.

    Au-delà de cette prouesse technique, Gemini Man se révèle être bizarrement un actionner d’anticipation résolument old school. Cette histoire de tueurs à gage qui décide de prendre sa retraite et qui se retrouve poursuivi par une version jeune de lui-même pourrait avoir été écrite dans les années 90. Comprenez : des rebondissements prévisibles et un méchant (Clive Owen au carré) ultra caricatural. Il n’y a guère que le personnage féminin (Mary Elizabeth Winstead, très bien) qui échappe vaillamment à l’éternel statut du « love interest » pour moderniser la trame. Pour autant, les questions philosophiques posées par le scénario autour du clonage ne manquent pas d’intérêt même si elles sont traitées de manière trop superficielle. Dommage car la double prestation de Will Smith (aidé par la technologie du rajeunissement numérique) se prête merveilleusement à l’exercice de la dualité.  Largement de quoi nous assurer un divertissement solide.

    Gemini Man
    Un film d’Ang Lee
    Produit par Jerry Bruckheimer, David Ellison, Dana Goldberg, Don Granger
    Sur un scenario de David Benioff, Billy Ray, Darren Lemke
    Sur une histoire de Darren Lemke, David Benioff
    Avec Will Smith, Mary Elizabeth Winstead, Benedict Wong, Clive Owen
    Musique de Marco Beltrami
    Directeur de la photographie : Dion Beebe
    Montage : Tim Squyres
    Production : Skydance Media, Jerry Bruckheimer Films
    Distribué par Paramount Pictures
    Date de sortie : 2 Octobre 2019 (France), 11 Octobre 2019 (Etats-Unis)

    Vu le 27 septembre 2019 au Pathé Beaugrenelle, salle Dolby Cinéma en VO

  • 3.5