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Les miserables

  • Les miserables
    Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux "Bacqueux" d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes...

Critique de Mulder

  • « Quand j’avais 8/9 ans, j’étais ami avec Kim Chapiron. Pendant les vacances, il venait au centre de loisirs de Montfermeil et c’est là qu’on s’est connus. À 15 ans, il montait ce collectif, Kourtrajmé, avec Romain Gavras et Toumani Sangaré. J’avais 17 ans, c’était le début du numérique, j’ai acheté une première caméra et à partir de là, je ne me suis plus arrêté de filmer. Je filmais tout, mon quartier, les tournages de Kourtrajmé... » - Ladj Ly

    Certains premiers films s’imposent dès leurs premières minutes comme des événements cinématographiques intenses. De la même manière qu’une femme donne naissance à son enfant, le réalisateur et co-scénariste Ladj Ly s’impose en donnant vie à un film fort et brillamment mis en scène et captant si bien ce qui se passe actuellement dans nos banlieues. Loin de porter un jugement, le scénario de Giordano Gederlini, Ladj Ly, Alexis Manenti dresse un état des lieux de ce qui pourrait se passer dans une cité parisienne (dans le cas présent, à Montfermeil).

    On suit ainsi le temps d’une journée l’intégration d’un policier, Stéphane (Damien Bonnard) qui a quitté sa ville de Cherbourg pour collaborer avec la brigade anti-criminalité de Montfermeil. S’il a quitté sa ville natale c’est pour se rapprocher de son fils. Très vite, il va se rendre compte d’un véritable climat de violence dans cette ville de Montfermeil que cela soit entre gangs rivaux mais aussi face aux nombreux trafics omniprésents donnant vie à une économie parallèle. De la même manière, Stéphane va se rendre compte que les deux autres policiers avec lesquels il travaille Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Didier Zonga) ont des méthodes pas très conventionnelles et semblent vouloir maintenir un climat de violence pour imposer l’ordre dans une ville au bord de l’explosion.

    Après avoir réalisé plusieurs documentaires et courts métrages, le scénariste et réalisateur Ladj Ly réussit comme Matthieu Kassovitz l’a fait dans le passé avec son film La Haine (1995) a traité de la banlieue sans chercher constamment à grossir les traits et condamner le système actuel. Certes les principaux personnages du film semblent obéir à leurs propres codes et chercher à maintenir pour certains leurs positions dominantes. Nous ne dirons rien sur les éléments importants du film mais l’erreur impardonnable du policier Gwada va non seulement plonger cette équipe de trois policiers dont il fait parti dans une situation de réelle urgence mais surtout montrer que la frontière entre le bien et le mal est souvent difficile à tracer. En s’appuyant sur une présence au sein du casting de comédiens non professionnels et d’autres aguerris, le réalisateur Ladj Ly signe un film coup de poing d’une efficacité radicale.

    Ce n’est donc pas un pur hasard non plus si le réalisateur fait de sa ville natale le lieu d’action de son premier film. Sa soif de cinéma et surtout de connaissance de celui-ci se ressent à chacun des plans du film. Très rares sont les premiers films témoignant d’une réelle maitrise aussi bien de l’espace que de la direction de comédiens. Ce film suit ainsi le court qu’il avait réalisé avant et réussit à lui donner l’ampleur suffisante pour que le rythme reste effréné tout au long du récit. En soignant aussi bien l’aspect visuel que les répliques justes et fortes, Ladj Ly fait de Les Misérables un premier film marquant. On comprend donc aisément l’excellent accueil que le film a reçu lors du festival de Cannes en récoltant le prix du jury et la standing ovation lors de sa présentation dans le cadre du festival du cinéma américain de Deauville.

    Certes la police est une nouvelle fois montrée sous un mauvais visage et montre que certains ont des comportements pires que ceux de la délinquance de certaines villes parisiennes. Dans un tel climat, il reste cependant beaucoup des policiers intègres comme représentés ici par le personnage de Stéphane qui essaye de faire de leur mieux mais sont souvent dépassés par les événements. Il serait donc inapproprié de voir dans le comportement des personnages de Chris et Gwada celui des forces de l’ordre actuel. L’intelligence de Les misérables est de laisser le soin aux spectateurs de se faire leur propre opinion mais surtout de montrer que le cinéma actuel ne doit pas être que des blockbusters décérébrés mais plutôt des films portés par des réalisateurs investis dont la mise en scène reflète une réelle intelligence. On ne peut donc que vous encourager à découvrir d’urgence cet excellent film qui on l’espère sera parmi les cinq sélectionnés dans la catégorie meilleur film en langue étrangère surtout devra être amplement récompensé lors de la prochaine cérémonie des Cesar…

    Les Misérables
    Un film de Ladj Ly
    Sur un scénario de Giordano Gederlini, Ladj Ly, Alexis Manenti
    Avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djibril Zonga, Issa Perica, Al Hassan Ly, Steve Tientcheu, Almamy Kanoute, Nizar Ben Fatma, Jeanne Balibar
    Directeur de la photographie : Julien Poupard
    Montage : Flora Volpelière
    Producteurs : Toufik Ayadi et Christophe Barral
    Producteurs associés : Benoit Quainon, Sylvie Pialat, Antoine Pialat
    Coproducteurs : Rectangle Productions et Lyly Films
    Société de distribution : Le Pacte (France)
    Durée : 102 minutes
    Date de sortie : 20 novembre 2019 (France)

    Vu le 14 septembre 2019 au Centre International de Deauville, en VO

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