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Once upon a time... in Hollywood

  • Once upon a time... in Hollywood
    En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus. 

Critique de Mulder

  • Once Upon a Time in Hollywood s’impose non seulement comme le neuvième film écrit et réalisé par Quentin Tarantino après Reservoir Dogs (1992), Pulp Fiction (1994), Jackie Brown (1997), Kill Bill (film en deux parties 2003-2004), Boulevard de la mort (2007), Inglourious Basterds (2009), Django Unchained (2012) et Les Huit Salopards (2019) mais aussi comme l’un de ses meilleurs à ce jour. Véritable lettre d’amour teintée de nostalgie au cinéma hollywoodien de la fin des années 60, ce film témoigne une nouvelle fois de l’importance non seulement d’un excellent scénario, d’un casting parfaitement sélectionné mais surtout d’une réalisation inspirée pour donner vie à une telle œuvre.

    Après avoir réalisé et écrit des thrillers violents et singuliers, un film de guerre et deux westerns, Quentin Tarantino montre à travers ce film qui est à ce jour son plus personnel l’envers du décor hollywoodien dans lequel des acteurs peuvent avoir du mal à s’adapter à une industrie en perpétuelle évolution et dans laquelle il ne suffit plus d’être le meilleur pour réussir mais le plus adulé par le public. On sent à travers le récit une réelle nostalgie de l’âge d’or hollywoodien et un amour véritable d’une réalisation passionné de cinéma qui ne cesse de vouloir revenir aux bases véritables de l’essence de ce qu’est et devrait être le cinéma. Loin des effets spéciaux qui saturent le cinéma actuel, Quentin Tarantino livre ici un bestiaire de personnages qui semblent intemporels et qui sont en inadéquation avec leur temps. Cette revisite d’une période du cinéma américain permet au réalisateur non seulement d’aborder certains personnages réels comme Bruce Lee, Sharon Tate, Steve McQueen, Roman Polanski mais aussi de prendre un certain recul face aux événements qui ont ébranlé Hollywood à cette époque (nous n’en dirons pas plus pour laisser le plaisir intact aux spectateurs).

    Comme dans ses précédents films le rythme de sa dernière création laisse le temps aux personnages d’exister réellement à l’écran et aux spectateurs de se laisser guider dans différents tableaux symboliques de la ville de Los Angeles dans laquelle les personnages vivent leur vie, leur carrière et tentent de trouver leur place. En mettant bien en avant l’envers du décor, des tournages à la vie privée des personnages loin des grands écrans et des écrans de télévision. Pour l’occasion le réalisateur et scénariste Quentin Tarantino retrouve dans les deux rôles principaux Leonardo DiCaprio (Django Unchained) et Brad Pitt (Inglourious Basterds) et s’entoure également comédiens avec lesquels il avait déjà collaboré comme Kurt Russel, Bruce Dern, Michael Madsen. On retrouve également au casting dans un second rôle important Margot Robbie mais aussi le temps d’une scène ou de quelques scènes Timothy Olyphant, Emile Hirsch, Dakota Fanning, Damian Lewis, Al Pacino, Luke Perry, Clifton Collins Jr., James Remar, Rumer Glenn Willis.. Comme dans ses films précédents, Quentin Tarantino sait parfaitement s’entourer et donner la liberté nécessaire aux comédiens pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes.

    En découvrant le personnage imaginaire Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) accompagné de son fidèle ami et doublure Cliff Booth (Brad Pitt), on pensera notamment à la carrière de Clint Eastwood qui s’exila le temps de quelques westerns devenus cultes tournés en Italie. En montrant ainsi le fait que la carrière d’un comédien est aussi fragile qu’illusoire, le film dresse un portrait plutôt réaliste d’une industrie laissant de nombreux comédiens en quête d’un succès continu dans certains cas loin des plateaux de tournage. En recréant ici toute une époque avec un soin tout particulier de réalisme, Once upon a time in Hollywood s’impose comme un des meilleurs films de cette année mais surtout d’un réalisateur qui a su jouer avec les règles d’une industrie dévorante de talents pour garder intact non seulement son style mais aussi une réelle liberté artistique. Certes on se doute que la présence à l’écran de Margot Robbie est avant tout pour le réalisateur un moyen d’apporter un certain glamour au film mais que sa volonté principale est de donner vie à un duo atypique de deux hommes inséparables dont l’amitié semble être un moteur important de la poursuite d’une carrière cinématographique.

    Comme pour ces films précédents, les dialogues occupent une place importante dans la structure de l’histoire et permettent ainsi de définir la nature des personnages. Que cela soit la rencontre entre un producteur important Marvin Schwarz (campé par Al Pacino) et Rick Dalton ou l’affrontement verbal et physique entre Cliff Booth et Bruce Lee, le film recèle de nombreuses scènes vouées à devenir culte. Elles montrent une nouvelle fois que Quentin Tarantino est non seulement un excellent scénariste mais aussi un réalisateur surdoué ne cherchant à aucun moment la facilité ou à donner au public des scènes simplistes et sans réellement fondements importants. Tout ici sonne juste et semble avoir été élaboré avec le même soin d’un orfèvre cherchant à dépoussiérer un tableau d’un grand maitre pour lui faire retrouver toute sa splendeur. En traitant des plateaux de tournages ou de starification de comédiens, Quentin Tarantino revient aux sources mêmes du cinéma, d’un cinéma qu’il défend à sa manière et pour lequel de film en film il essaye d’apporter toutes ses connaissances. Que le film passe de la comédie, à la comédie musicale voire au thriller montre une fois de plus que ce réalisateur surdoué est à l’aise dans tous les genres et cherche en permanence à donner le meilleur de lui-même.

    Loin des films hollywoodiens voués avant tout à en mettre plein les yeux aux spectateurs, le dernier opus de Quentin Tarantino est avant tout un véritable film d’auteur porté par un casting impressionnant et une multitude de chansons sélectionnées comme ces films précédents avec le même grand soin pour recréer une époque. Impossible donc de faire l’impasse sur un film si impressionnant et surtout d’une force émotionnelle rare.

    Once Upon a Time in Hollywood
    Un film écrit et réalisé par Quentin Tarantino
    Produit par David Heyman, Shannon McIntosh, Quentin Tarantino
    Avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Emile Hirsch, Margaret Qualley, Timothy Olyphant, Julia Butters, Austin Butler, Dakota Fanning, Bruce Dern, Mike Moh, Luke Perry, Damian Lewis, Al Pacino
    Narrateur : Kurt Russell
    Directeur de la photographie : Robert Richardson
    Montage Fred Raskin
    Production : Columbia Pictures, Bona Film Group, Heyday Films, Visiona Romantica
    Distribution : Sony Pictures Releasing
    Date de sortie : 21 mai 2019 (Cannes), 26 Juillet 2019 (Etats-Unis), 14 août 2019 (France)
    Durée : 162 minutes

    Vu le 26 juillet 2019 au Club Marbeuf

  • 5

Critique de Marianne Velma

  • En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus. 

    Once Upon a Time in Hollywood est le neuvième film de Quentin Tarantino. C’est peut-être un détail pour vous mais pour nous ça veut dire beaucoup. Ce chiffre sonne comme un présage de fin de cycle. D’ailleurs, Tarantino n’a-t-il pas clamé pendant toute la promotion du film qu’il n’irait pas au-delà d’un dixième long métrage ? L’action du film se situe en 1969, au moment où cette décennie mythique s’achève et où le cinéma hollywoodien tel qu’on le connaissait touche à sa fin. En 2019, Hollywood semble être à nouveau à l’aube d’une révolution. Difficile donc de ne pas voir dans Once Upon A Time… in Hollywood l’œuvre la plus personnelle et adulte du réalisateur de Pulp Fiction.

    Le film est empreint d’une forme de nostalgie diffuse mais totalement assumée. Bien sûr, le cinéaste joue encore un peu avec l’image et les attentes du spectateur, mais il regarde en face la tristesse et l’amertume de ses personnages. Et surtout leur inquiétude d’être has been et de ne plus comprendre le monde dans lequel ils vivent. Des peurs que Tarantino revendique lui-même à cours d’interview. Rassurez-vous, le cinéaste n’a rien perdu de sa verve jouissive et vengeresse, il faudra juste attendre un peu plus longtemps que d’habitude pour les voir exploser à l’écran.

    L’écran, c’est justement là que tout se joue dans Once Upon a Time in Hollywood. Pour de faux ou pour de vrai, de façon métaphorique ou physique, en sous-texte ou en surexposition, le cinéma est dans chaque recoin du film. Comme un moteur narratif méta qui n’en finirait pas de nous rappeler que le 7ème art est au centre de l’univers. Tarantino cite les films de manière directe et indirecte comme un guide omniscient. Pour autant, il évite les coups d’éclats tape à l’œil et théâtral qui ont fait le sel de ces autres longs métrages pour mieux se concentrer sur le pouvoir hypnotique de ses images.

    Comment faire du grand cinéma sans de grands acteurs ? C’est une question à laquelle Tarantino a toujours bien répondu que ce soit en réhabilitant des comédiens passés de mode, ou en iconisant des monstres sacrés. Le duo Brad Pitt/ Leonardo DiCaprio fonctionne à merveille dans l’univers tarantinien. Le premier, symbole du cool en léger cabotinage, fait face à un tragédien pathétique qui n’en finit pas de nous prouver quel acteur incroyable il est. Les seconds rôles ? Tout simplement ce qui se fait de mieux dans l’avant-garde hollywoodienne castée ironiquement à contre-emploi (Lena Dunham, Dakota Fanning, Austin Butler…) et des poids lourds qui viennent nous régaler le temps d’une scène ou deux (Al Pacino, Kurt Russel…). Sans oublier Margot Robbie, en apesanteur pendant tout le long métrage, elle n’est jamais réduite à son statut d’objet sexuel.

    Terminons cette balade dans le cinéma de Tarantino par son rapport au réel. Ses films ont toujours eu leur propre temporalité mais ce neuvième opus me semble être une preuve supplémentaire que le cinéaste crée des réalités alternatives. Des mondes dans lesquels on peut se venger, l’air de rien, de toutes les abominations de l’histoire. Il reprend ainsi à son compte une citation de François Truffaut dans La Nuit Américaine « Les films sont plus harmonieux que la vie ». Tiens encore une référence au cinéma. La boucle est bouclée. Merci Monsieur Tarantino. Continuez à faire des films s’il vous plaît.

    Once Upon a Time in Hollywood Un film écrit et réalisé par Quentin Tarantino Produit par David Heyman, Shannon McIntosh, Quentin Tarantino Avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Emile Hirsch, Margaret Qualley, Timothy Olyphant, Julia Butters, Austin Butler, Dakota Fanning, Bruce Dern, Mike Moh, Luke Perry, Damian Lewis, Al Pacino Narrateur : Kurt Russell Directeur de la photographie : Robert Richardson Montage Fred Raskin Production : Columbia Pictures, Bona Film Group, Heyday Films, Visiona Romantica Distribution : Sony Pictures Releasing Date de sortie : 21 mai 2019 (Cannes), 26 Juillet 2019 (Etats-Unis), 14 août 2019 (France)  Durée : 162 minutes

    Vu le 8 août 2019 au Club Marbeuf en VO

  • 5