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Anna

  • Anna
    Les Matriochka sont des poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres. Chaque poupée en cache une autre. Anna est une jolie femme de 24 ans, mais qui est-elle vraiment et combien de femmes se cachent en elle ? Est-ce une simple vendeuse de poupées sur le marché de Moscou ? Un top model qui défile à Paris ? Une tueuse qui ensanglante Milan ? Un flic corrompu ? Un agent double ? Ou tout simplement une redoutable joueuse d’échecs ? Il faudra attendre la fin de la partie pour savoir qui est vraiment ANNA et qui est “échec et mat”.

Critique de Mulder

  • Anna, le dix-huitième film de Luc Besson (écrit et réalisé) permet à ce réalisateur virtuose de retrouver un genre qu’il maitrise à la perfection, le thriller musclé. Ainsi après avoir abordé la science-fiction (Le dernier combat (1983), Le Cinquième élément (1997), Lucy (2014), Valérian et la Cité des mille planètes (2017), le film d’aventure (Le Grand Bleu (1988)), le film policier (Subway (1985), Malavita (2013), le film fantastique (la trilogie Arthur et les Minimoys, Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec (2010)), le drame historique (Jeanne d'Arc (1999), The Lady (2011), le documentaire (Atlantis (1991)) et la comédie (Angel-A (2005)), Anna marque le grand retour de Luc Besson au thriller après Nikita (1990), Léon (1994).

    Certes, certains reprocheront une nouvelle fois au réalisateur de se reposer sur un scénario simpliste mais il faut reconnaitre que pour Anna, l’intrigue utilisant de nombreux retours dans le temps est certes une originalité réelle mais casse le rythme de film et ne permet pas de faire monter réellement un climat oppressant. Par son style très proche de l’univers des Comics, certaines scènes rappellent beaucoup le personnage Natasha Romanoff (La veuve noire) de l’univers Marvel. Anna n’est certes pas le meilleur film de Luc Besson. On se doute que la production a été assez chaotique après le naufrage financier que fut pourtant le très réussi Valérian et la Cité des mille planètes expliquant en partie qu’Europacorp mettait fin à ses activités de distributeur et laissait notamment pour ce film la distribution à Pathé.

    On retrouve pourtant dans Anna tout ce que nous aimons dans l’univers de Luc Besson, une mise en scène irréprochable et des angles de vues parfaits, des personnages tenus par des comédiens convaincants notamment ici plusieurs seconds rôles importants tenus par Helen Mirren (Olga), Luke Evans (Alex Tchenkov) et Cillian Murphy (Lenny Miller). Sous fond de guerre froide opposant les Russes aux américains, Anna renoue avec le cinéma musclé de Luc Besson et ainsi place l’action aussi bien à Moscou qu’à Paris et alterne ainsi thriller politique et film d’espionnage.

    La carte maîtresse du film est la présence de Sasha Luss. Elle apporte au film une réelle plus-value avec toute sa fragilité et son agilité. La scène du restaurant par exemple montre de nouveau que Luc Besson est bien un surdoué au niveau de la mise en scène et qu’il n’a rien perdu de sa puissance visuelle pour donner vie à des films certes simplistes par le fond mais parfaitement calibré par la forme.

    Même si selon le réalisateur le film est entre Nikita et Léon, l’inspiration semble venir des nombreux films d’espionnage des années 70 et 80 montrant la guerre froide dans toute sa splendeur. A ce niveau le film arrive certes un peu trop tard car il est difficile de rivaliser avec l’excellent Atomic Blonde. Réputé comme étant un véritable passionné de cinéma et s’appuyant souvent sur des storyboards pour maximiser l’effet des scènes les plus difficiles à tourner, Luc Besson nous livre un film qui aurait gagné à avoir un montage différent et surtout à proposer plus de scènes d’action comme celle du restaurant.

    Anna pourtant marque plusieurs points en refusant systématiquement d’être comme ce fut le cas pour de nombreuses productions Europacorp un véhicule pour des stars américaines comme pour la saga du Transporteur et autres productions scénarisées par Luc Besson. On sent une réelle écoute du réalisateur à proposer un scénario moins linéaire, plus complexe que certains de ses anciens films. Cette maturité scénaristique est certes un point fort du film mais est en parti gâché par un montage trop systématique et compliqué inutilement et une photographie moins réussie qu’à l’accoutumée (pourtant le directeur de la photographie Thierry Arbogast reste fidèle au poste).

    C’est également un véritable plaisir de retrouver enfin Eric Serra à la musique de ce film, cinq ans après Lucy. La collaboration entre celui-ci et Luc Besson semble fusionnel et témoigne non seulement d’un véritable respect mutuel entre ses deux hommes depuis le premier film de ce réalisateur Le dernier combat (1983) mais aussi de l’importance qu’occupe une nouvelle fois la musique dans l’histoire racontée. Une fois de plus ici la musique sied parfaitement à l’action du film et renforce le climax

    Anna s’impose comme un divertissement globalement réussi pour cette période de grandes vacances et face à la chaleur estivale, un film ayant comme toile de fond la guerre froide est la bienvenue. Certes on continuera à préférer Léon et Le grand Bleu comme œuvre phare d’un des plus grands réalisateurs français mais ce film mérite amplement qu’on lui laisse sa chance et que l’on puisse le découvrir dans d’excellentes conditions.

    Anna
    Un film écrit et réalisé par Luc Besson
    Avec Sasha Luss, Cillian Murphy, Luke Evans et Helen Mirren
    Produit par Luc Besson, Jason Cloth, Eric Marhis, Marc Shmuger
    Avec Sasha Luss, Helen Mirren, Luke Evans, Cillian Murphy, Lera Abova, Alexander Petrov, Nikita Pavlenko
    Anna Krippa, Aleksey Maslodudov, Eric Godon Ivan Franek
    Musique d’Eric Serra
    Directeur de la photographie : Thierry Arbogast
    Montage : Julien Rey
    Storyboard : Eric Gandois
    Production : Europacorp
    Distribution : Lionsgate (Etats-Unis), Pathé (France)
    Date de sortie : le 21 juin 2019 (Etats-Unis), le 10 juillet 2019 (France)

    Vu le 21 juin 2019 au Pathé Beaugrenelle en VO

  • 3.5