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Le daim

  • Le daim
    Georges, 44 ans, quitte sa banlieue pavillonnaire et plaque tout du jour au lendemain pour s'acheter le blouson 100% daim de ses rêves. Un achat qui lui coûte toutes ses économies et vire à l'obsession. Cette relation de possessivité et de jalousie finira par plonger Georges dans un délire criminel.

Critique de Mulder

  • Un film de Quentin Dupieux est à chaque fois une véritable expérience cinématographique tant l’originalité, l’humour et une volonté de construire une filmographie à son image revient à se laisser guider pas à pas dans un monde où l’absurde tient toujours une place primordiale.

    Pour son huitième film après Nonfilm (2001), Steak (2007), Rubber (2010), Wrong (2012), Wrong Cops (2013), Réalité (2015), Au poste ! (2018), Quentin Dupieux de nouveau au poste de scénariste et réalisateur aborde cette fois-ci la dérive d’un homme Georges, en fin de course et dont le dernier réel sursaut d’intérêt se trouve être un blouson 100% daim trouvé sur un site et qu’il part loin de chez lui l’acheter à un particulier. En achetant ce blouson, il reçoit également une petite caméra et se met à tenter l’expérience d’être un réalisateur d’un nouveau concept de films très proche du snuff movie (film interdit dans lesquels des personnes sont réellement tuées). De la même manière sous des apparences normales, Georges développe de véritables troubles psychologiques en tenant des propos à son blouson et en faisant lui-même les réponses de celui-ci.

    Le daim aborde ainsi en frontal non seulement la manière de réaliser et produire un film. Quentin Dupieux nous propose une comédie d’une efficacité redoutable qui nous rappelle beaucoup celui de Remy Belvaux, André Bonzel et Benoit Poelvoorde C’est Arrivé près de chez vous (1992). Impossible de ne pas voir dans le personnage de Georges (Jen Dujardin impeccable) un certain reflet du réalisateur lui-même par sa mise en scène épurée, l’utilisation des décors naturels et surtout la volonté de chercher à chaque instant une volonté de surprendre les spectateurs et de sortir des sentiers battus d’une mise en scène stérile et guère inventive.

    Une nouvelle fois le réalisateur réussit à imposer un casting parfait dans lequel on retrouve aux cotés de Jean Dujardin l’exceptionnelle Adele Haenel, une des très rares comédiennes à nous étonner et à la filmographie parfaite. Loin de vouloir aligner des films commerciaux sans âme, elle préfère chercher des films aux sujets aussi différents qu’originaux. Après les marquants Suzanne (2013), Les ogres (2016), 120 battements par minute (2017) et En liberté ! (2017), elle se révèle ici parfaite dans le rôle d’une barmaid voulant produire et monter les méfaits de ce réalisateur inclassable incarné par Jean Dujardin.

    A regarder cette histoire d’un homme qui a pour projet que le seul blouson qui soit encore porté soit le sien en daim et est prêt à mener une véritable croisade pour y arriver semble d’une simplicité scénaristique évidente pourtant cela permet de donner une plus grande épaisseur aux personnages et surtout de nous proposer des scènes d’un efficacité redoutable.

    En flirtant avec la comédie horrifique et le drame social, le daim est un film ovni qui mérite amplement d’être découvert au cinéma. Une nouvelle fois Quentin Dupieux montre que son cinéma est à chaque fois une émancipation artistique échappant aux mécanismes de ce cinéma français nombriliste proposant constamment des sujets interchangeables et ne retenant guère notre attention. On ne peut que soutenir et applaudir ce réalisateur et scénariste surdoué qui après avoir innové dans la musique électronique est devenu un réalisateur convaincant et inclassable..

    Le Daim
    Un film scénarisé, réalisé et monté par Quentin Dupieux
    Avec Jean Dujardin, Adèle Haenel, Youssef Hajdi, Albert Delpy, Julia Faure, Marie Bunel, Thomas Blanchard, Tom Hudson, Pierre Gommé, Laurent Nicolas, Coralie Russier, Stéphane Jobert, Franck Lebreton, Panayotis Pascot et Maryne Cayon
    Son : Guillaume Le Braz
    Décors : Joan Le Boru
    Costumes : Isabelle Pannetier
    Production : Arte France Cinéma, Thomas Verhaeghe et Mathieu Verhaeghe pour Atelier de production
    Distribution : Diaphana
    Dates de sortie : 15 mai 2019 (Festival de Cannes Quinzaine des réalisateurs), 19 juin 2019 (nationale)

    Vu le 4 juin 2019 au Club Marbeuf

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