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Voyageurs & magiciens

  • Voyageurs & magiciens
    Le jeune fonctionnaire bouthanais Dondup s'ennuie fermement dans sa nouvelle affectation, un village reculé, au fin fond des montagnes. Il suit alors la première occasion de partir, une offre de visa pour travailler en Amérique. Par malchance, il rate le bus quotidien qui doit l'emmener à la ville la plus près où il doit arriver impérativement avant le surlendemain. Sur la route sinueuse qui traverse les montagnes, il ne trouve guère de véhicule pour faire du stop, par contre, il fait rapidement partie d'un petit groupe de voyageurs piétons aussi désemparés que lui. Parmi ses compagnons, il se trouve un moine qui fait passer le temps en racontant l'histoire de Tashi, un magicien paresseux qui rencontre la femme de ses rêves.

Critique de tootpadu

  • Il émane un état d'esprit fortement zen et reposant de ce récit de voyage pittoresque. Ressemblant au début à un quelconque petit film exotique, avec ses personnages simples et pauvres qui rêvent de grandeur et argent, au fur et à mesure que le voyage s'éternise, les enjeux glissent progessivement vers un terrain plus universel et une redécouverte de joies pures, comme l'attention d'une belle fille en âge d'être mariée. C'est en effet la progression symétrique des deux récits (celui du voyage et celui du moine) qui fait l'orginalité du film, ce doux gain d'humanité qui évite toute complaisance et toute solution facile. Car, en dépit de l'ombre de James M. Cain (Le Facteur sonne toujours deux fois) qui repose avec insistance sur l'histoire de Tashi, celle-ci se termine de façon imprévisible, tout comme le récit principal qui laisse un doute agréablement réaliste planer sur la décision finale de Dondup.
    La sophistication de la construction (quels choix extrêmement judicieux pour l'interruption de chaque partie du conte du moine !) se répercute dans un style visuel surtout notable dans la partie fictive. L'image retravaillée numériquement confère un aspect onirique appuyé au séjour de Tashi dans la maison du couple inégal, isolé dans la forêt. Ce pays magique contraste avec assez d'insistance avec l'environnement très neutre de cette route peuplée de voitures de riches et de véhicules agricoles pour créer un joli effet d'opposition. Cependant, la réussite majeure du film est de susciter un équilibre précaire d'intérêt de notre part pour les deux histoires à la fois. La symbiose de l'ensemble en devient d'autant plus gratifiante.

    Vu le 11 mai 2004, à l'UGC Ciné Cité Les Halles, Salle 20, en VO

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