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La lutte des classes

  • La lutte des classes
    Sofia et Paul emménagent dans une petite maison de banlieue. Elle, brillante avocate d’origine magrébine, a grandi dans une cité proche. Lui, batteur punk-rock et anar dans l’âme, cultive un manque d’ambition qui force le respect ! Comme tous les parents, ils veulent le meilleur pour leur fils Corentin, élève à Jean Jaurès, l’école primaire du quartier. Mais lorsque tous ses copains désertent l’école publique pour l’institution catholique Saint Benoît, Corentin se sent seul. Comment rester fidèle à l'école républicaine quand votre enfant ne veut plus y mettre les pieds? Pris en étau entre leurs valeurs et leurs inquiétudes parentales, Sofia et Paul vont voir leur couple mis à rude épreuve par la « lutte des classes »

Critique de Mulder

  • Le film social semble être devenu le nouvel Eldorado du cinéma français tant le succès de certaines œuvres cinématographiques servent de tremplin à plusieurs autres réalisées avec plus ou moins de conviction et de réussite. Co-écrit et réalisé par Michel Leclerc (Le nom des gens (2010), Télé Gaucho (2011), la lutte des classes aborde la thématique de l’intégration qu’elle soit sociale ou culturelle. Suite à un déménagement dans une petite maison de banlieue, Sofia, une brillante avocate d’origine magrébine et son mari Paul une ex-star batteur d’un groupe punk rock vont se retrouver dans un quartier difficile dans lequel l’école publique semble manquer cruellement de budget mais aussi refléter les différences ethniques entre une population à majorité maghrébine et Paul un anar manquant d’ambition et préférant se faire plaisir que de réellement s’investir dans son travail et prospérer. Alors que la plupart de leurs amis mettent leurs enfants dans des institutions catholiques privées, l’écart se creuse encore plus entre Sofia et Paul et leur fils unique Corentin, sa sœur d’une précédente union et leur entourage.

    On comprend la volonté du réalisateur et de sa co-scénariste de tirer la source de ce film dans leur passé commun à Bagnolet (région parisienne) et des soucis d’intégration d’une population d’une classe moyenne dans des villes n’ayant pas suffisamment de moyens financiers pour qu’elles resplendissent et donnent envie d’y habiter. Pourtant d’un postulat intéressant et malgré la présence d’un excellent duo de comédiens Leïla Bekhti et Edouard Baer et dans un second rôle de Ramzy Bédia, le scénario n’arrive pas à nous convaincre ni réellement à retenir notre attention. On aurait aimé un tant soit peu plus de rythme et une véritable atmosphère envoutante et nous rappeler l’importance d’être bien avec ses proches et de lutter contre ces stéréotypes inutiles. Malgré la présence du toujours aussi excellent Edouard Baer et quelques dialogues savoureux, le film n’arrive pas à nous faire oublier de grands succès du cinéma social comme le magnifique Les invisibles de Louis-Julien Petit.

    La lutte des classes certes aborde avec une réelle intelligence notre société actuelle et la difficulté pour certaines minorités de sortir de leurs castes pour réussir aussi bien leurs vies professionnelles qu’au sein de leur famille. La lutte des classes aurait sûrement gagné notre plus grande attention si une véritable histoire tenait lieue de base à ce film et non la reconstitution plus ou moins réussie de moments de vie. A force de trop vouloir chercher à raconter une histoire simple et ordinaire, le film perd une partie de sa force et nous montre une fois de plus qu’un bon film social doit surtout donner vie à des personnages complexes ou vouer à réussir malgré des handicaps de taille. Le cinéma britannique a su donner vie à des œuvres puissantes avec des réalisateurs comme Ken Loach qui ont réellement une histoire à raconter et non pas à mettre en vidéo une partie de leur passé. De message fort, ici malheureusement on ne peut retenir qu’une attaque à peine déguisée contre le système social actuel et les écoles publiques comme celle du film partant en lambeaux.

    Trop souvent des réalisateurs oublient que le cinéma doit rester une invitation à la réflexion, capter la magie du moment présent et ne pas se cantonner à filmer le quotidien platement et sans réel génie. Dans ce sens, La lutte des classes est un film décevant qui n’a pas réussi à capter totalement notre attention.

    La Lutte des classes
    Un film de Michel Leclerc
    Sur un scénario de Michel Leclerc et Baya Kasmi
    Dialogues : Michel Leclerc et Baya Kasmi
    Adaptation : Michel Leclerc et Baya Kasmi
    Avec Leïla Bekhti, Édouard Baer, Ramzy Bedia , Eye Haïdara , Laurent Capelluto , Claudia Tagbo, Sébastien Chassagne, Oussama Kheddam
    Production : Antoine Rein et Fabrice Goldstein
    Directeur de la photographie : Alexis Kavyrchine
    Montage : Christel Dewynter
    1er assistant réalisateur : Mathieu Vaillant
    Sociétés de production : Karé Productions, France 2 Cinéma, UGC, Orange Studio
    Société de distribution : UGC Distribution
    Date de sortie : 3 avril 2019

    Vu le 17 mars 2019 à l’UGC Ciné-cité Bercy, salle 17

  • 2.5