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Ma vie avec John F Donovan

  • Ma vie avec John F Donovan
    Dix ans après la mort d’une vedette de la télévision américaine, un jeune acteur se remémore la correspondance jadis entretenue avec cet homme, de même que l’impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives.

Critique de Mulder

  • « J’ai rêvé de faire un film ambitieux sur la notoriété et l’identité. Je m’étais dit que ce projet allait tourner en dérision la tendance – voire l’instinct – d’Hollywood à l’uniformisation et à la standardisation » - Xavier Dolan

    Surdoué et passionné semblent être les deux mots qui caractérisent le mieux le réalisateur Xavier Dolan. Après J'ai tué ma mère (2009), Les Amours imaginaires (2010), Laurence Anyways (2012), Tom à la ferme (2013), Mommy (2014) et Juste la fin du monde (2016) son nouveau film Ma vie avec John F Donovan s’impose à ce jour comme son plus personnel mais aussi comme son plus ambitieux et risqué.

    Ambitieux car il permet au réalisateur d’approcher de nouveau des thématiques qui lui sont chères comme la famille, le cinéma, l’homosexualité et le fait de trouver sa place dans la société en gardant intact son intégrité. Risqué car le scénario que Xavier Dolan a co-écrit avec Jacob Tierney égratigne le star système hollywoodien, livre une vision guère glamour de l’envers du décor dans lequel un comédien adulé par les spectateurs doit cacher son homosexualité et donc se mentir à lui-même. On peut aisément comprendre qu’un tel sujet qui pourrait être pris comme la vision nombriliste d’un réalisateur qui ne cesse de tirer son inspiration de sa propre expérience et qui jeune a envoyé lui-même de nombreuses lettres à des comédiens et comédiennes pour lesquels il vouait un véritable culte (Leonardo Di Caprio, Susan Sarandon…) pourtant une nouvelle fois et malgré un scénario certes trop linéaire qui a tendance à trouver difficilement son rythme, se dresse un film d’un réalisateur passionné qui trouve dans le cinéma un moyen d’exorciser ses propres démons.

    Derrière cette relation épistolaire entre une jeune comédien précoce et une comédie d’une série à succès rappelant curieusement l’une des séries préférées du réalisateur (Roswell) avec un héros ayant des superpouvoirs de lévitation, se cache une réelle amitié entre un fan et son idole. Certes malheureusement le scénario n’atteint pas l’élégance de la mise en scène et semble une fois de plus mettre en avant les thématiques du réalisateur sans réellement vouloir proposer une nouvelle approche. Pourtant l’esthétisme du film et la qualité d’interprétation des comédiens principaux donnent à Ma vie avec John F Donovan une certaine aura. Par ce libre choix de mise en scène que l’on peut ressentir comme européenne et loin du consensualisme américain des grands studios américains, le film s’impose aisément à nos yeux comme l’un de ses meilleurs films et ce malgré des critiques américaines assassines l’ayant découvert pendant le Festival International du Film de Toronto en septembre dernier.

    Le véritable problème rencontré par le film Ma vie avec John F Donovan est le fait d’avoir cataloguer le réalisateur à une certaine catégorie de films et de l’y avoir enfermé. La découverte de celui-ci peut donc amener un rejet par le fait d’une certaine trahison et relation entre les spectateurs et ce réalisateur canadien surdoué mais surtout par le fait que ce film soit une véritable expérience cinématographique. Pour son premier film tourné en anglais et à cause de nombreux obstacles rencontrés par son réalisateur se dresse donc une œuvre aussi fragile que superbe que les spectateurs pourront se faire leur propre opinion. Entre les rapports entre une mère ancienne comédienne en fuite permanente et son fils, entre ce dernier et son idole, mais aussi entre lui et sa famille, le film aborde une nouvelle fois l’homosexualité avec force et tendresse.

    Une autre qualité de ce film est son casting parfaitement dirigé dans lequel on retrouve avec plaisir Kit Harington (John F. Donovan), le jeune comédien Jacob Tremblay (Rupert Turner enfant), Susan Sarandon (Grace Donovan), Natalie Portman (Sam Turner), Ben Schnetzer (Ruper Tuner adulte), Kathy Bates (Barbara Haggermaker) et Thandie Newton (Audrey Newhouse). Porté par ces comédiens réellement investis,le film ne devrait pas être boudé par le public américain (aucune sortie annoncée à ce jour) ni par des spectateurs qui trouveront ici un sujet intéressant traité avec sobriété et intelligence.

    Malgré ses nombreuses imperfections qui en font également sa force, Ma vie avec John F Donovan montre une nouvelle fois que Xavier Dolan est un réalisateur sur lequel il faut compter et dont ont attend avec impatience le prochain film. En attendant on retrouvera ce réalisateur en tant que comédien dans le très attendu Ça : Chapitre 2 de Andrés Muschietti en septembre prochain.

    Vu le 28 février 2019 au MK2 Bibliothèque, en VO

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