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Les invisibles

  • Les invisibles
    Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !

Critique de Mulder

  • « Comme pour Discount et Carole Matthieu, je savais que je devais me plonger dans cet univers pour le comprendre et l’appréhender le plus justement possible. Pendant plus d’un an, je suis donc allé rencontrer des femmes SDF dans différents centres d’accueil à travers la France, découvrant par la même occasion le métier des travailleurs sociaux, principalement des femmes. Il m’est vite apparu que c’étaient ces deux catégories de femmes « invisibles » aux yeux de la société, travailleuses et accueillies mises face à face au quotidien, que j’avais envie de mettre en lumière dans ce film. » - Louis-Julien Petit

    En seulement deux films, Discount (2015) et Carole Matthieu (2016) le réalisateur et scénariste Louis-Julien Petit a pu s’imposer comme le digne représentant d’un cinéma social et passionnant dans lesquels notre société est vu à travers le prisme de ceux dont la vie est un combat au quotidien. Que cela soit les salariés d’un petit magasin d’un supermarché ou d’une femme médecin généraliste dénonçant les conditions de travail difficile d’un centre d’appel. Son troisième film Les Invisibles s’impose à ce jour comme son plus réussi et surtout démontre une nouvelle fois que le cinéma est un vecteur important de réveil des consciences. Dans une société foncièrement inégalitaire, certains sont laissés de côté et pourtant réussissent à trouver une certaine écoute et aide dans de centres d’accueil qui ont pour vocation de les aider à retrouver un semblant de vie et surtout un travail. Alors que le chômage est omniprésent et que certains n’ont pas la chance d’avoir un repas chaud les attendant voire une chambre pour dormir, Les invisibles s’impose comme un des événements majeurs de ce mois de janvier.

    Le livre de Claire Lajeunie (Sur la route des Invisibles) est la source de la volonté de ce réalisateur et scénariste de donner vie à un film abordant avec une véritable intelligence et passion la vie de ces femmes SDF dont la rue est le principal domicile. Les invisibles dresse le portrait de plusieurs femmes abimées par la vie que cela soit par un passé douloureux, un ancien mari qui les battait ou un drame ayant changé le cours de leur vie. Ce film s’impose comme le digne successeur des grands film sociaux britanniques. On pense ainsi à Ken Loach, Stephen Frears et surtout à ce que doit être réellement le cinéma, pas uniquement un divertissement populaire ou un déluge d’effets spéciaux, un vecteur de communication et le reflet de notre société et pas uniquement ses bons côtés.

    Une nouvelle fois, Louis-Julien Petit refuse de se complaire dans la facilité et cherche avant tout à implanter son histoire dans une réalisme sans phare et effets inutiles. Par son approche très documentée, il s’empare d’un sujet social et montre l’envers du décor de nos villes dans lesquelles on ne voit pas forcément la difficulté de certains à vivre simplement. Pour arriver à un tel réalisme, il compose son casting de comédiens professionnels et non professionnels, des femmes qui ont réellement été SDF mais qui ont réussi à s’en sortir et ainsi à donner de l’espoir de croire en notre humanité et au fait que nous devons nous entraider, être là pour nos proches et surtout se battre pour des causes justes.

    On retrouve ainsi au casting notamment Audrey Lamy dans l’un de ses meilleurs rôles, loin de ses rôles dans de nombreuses comédies populaires (La Croisière (2011), Les Nouvelles Aventures d'Aladin (2015), Coexister (2017)). Parfaitement à l’aise dans un rôle dramatique, elle donne au film toute sa force et sa fragilité. On retrouve également des comédiennes que nous apprécions comme Corinne Masiero (parfaite, une nouvelle fois et qui retrouve pour la troisième fois son réalisateur fétiche), Noémie Lvovsky, Sarah Suco (dans un rôle important mais qui aurait mérité un plus grand temps de présence à l’écran), Déborah Lukumuena, mais aussi Pablo Pauly et surtout des comédiennes non professionnelles jouant à la perfection et un plaisir partagé.

    Les invisibles s’impose aisément comme l’un des films incontournables du mois de janvier. Un film qui se doit d’être vu au cinéma et surtout servir comme un outil pédagogique pour changer les mentalités. En cela nous ne pouvons que vous encourager à découvrir ce film et remercier ce réalisateur passionné pour qui le cinéma est un moyen de communication important et universel.

    Les Invisibles
    Un film de Louis-Julien Petit
    Sur un scénario de Louis-Julien Petit et Marion Doussot
    Montage : Nathan Delannoy & Antoine Vareille
    Productrice : Liza Benguigui
    Production : Elemiah / France 3 Cinéma / Canal + / Ciné +
    Distribution : Apollo Films
    Durée : 102 minutes
    Dates de sortie : 9 janvier 2019 (sortie nationale France)
    Avec Audrey Lamy (Audrey), Noémie Lvovsky (Hélène), Corinne Masiero (Manu), Déborah Lukumuena (Angélique), Pablo Pauly (Dimitri), Sarah Suco (Julie), Tassadit Mandi (Ramouna), Brigitte Sy (Béatrice), Guillaume Cloud Roussel (Baptiste)

    Vu le 12 décembre 2018 chez Canal+ Issy les Moulineaux (un grand merci cine+)

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