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Suspiria

  • Suspiria
    Susie Bannion, jeune danseuse américaine, débarque à Berlin dans l'espoir d'intégrer la célèbre compagnie de danse Helena Markos. Madame Blanc, sa chorégraphe, impressionnée par son talent, promeut Susie danseuse étoile. Tandis que les répétitions du ballet final s’intensifient, les deux femmes deviennent de plus en plus proches. C’est alors que Susie commence à faire de terrifiantes découvertes sur la compagnie et celles qui la dirigent…

Critique de Mulder

  • Sortie au cinéma en France en août 2017, Suspiria co-scénarisé et réalisé par Dario Argento s’est imposé comme un des films cultes d’horreur non seulement par son esthétisme baroque mais aussi par son ambiance magnifiée par la musique du groupe Goblin. Certes l’intrigue assez simpliste dans laquelle une académie de danse est sous le jouc d’une puissante sorcière (la mère noire) prête à tout pour assouvir de pulsions maléfiques. S’inspirant du livre Suspiria de Profundis de Thomas de Quincey et la présence de sœurs sorcières Mater Lacrimarum, Mater Suspirorum et Mater Tenebrarum. Le film avec Inferno (1980), Phenomena (1980) s’est aisément imposé comme l’un de ses meilleurs et comme la marque d’un des plus grands réalisateurs italiens. Il a également marqué la première approche du réalisateur dans l’univers fantastique. En proposer une relecture tenait autant d’un pari risqué que d’un hommage véritable aux films d’horreur des années 70 dans lesquels le sens esthétique occupait une place prépondérante.

    Alors qu’on pouvait s’attendre à un remake à l’américaine de ce film culte italien, le résultat surpasse aisément le simple cadre d’un simple copier-coller pour proposer un mixte entre le thriller politique et le film d‘horreur traditionnel. Certes non exempt de défauts comme une trop longue durée et un véritable problème de rythme Suspiria cru 2018 mérite amplement d’être découvert au cinéma et dans des conditions parfaites pour se laisser envoûter et manipuler par un scénario intelligemment troussé.

    Alors que le film original reposait sur un scénario simpliste et linéaire, ce nouveau cru repose sur une histoire nettement plus tortueuse et préfère aisément s’éloigner du simple postulat d’un film d’horreur traditionnel pour aller fouiller dans les tréfonds de l’âme humaine, sur l’histoire d’une Allemagne encore meurtrie dans laquelle les rues semblent dangereuses et les attentats terroristes nombreux. Dès la scène d’introduction très réussie, le film change de cap par rapport à l’original et nous présente une danseuse hystérique (Patricia Hingle) tentant de s’enfuir et voulant raconter à un psychothérapeute que l’école dont elle vient est sous l’emprise d’une force diabolique. Cette excellente introduction magnifiée par l’interprétation parfaite de Chloë Grace Moretz aurait pu déboucher sur un film d’horreur dans la lignée des films cultes des années 70 comme l’Exorciste (1973) ou La Malédiction (1976) malheureusement il n’est en rien et le scénario préfère revenir à un thriller surnaturel et à un affrontement psychologique entre une élève très douée Suzy Bannion (Dakota Johnson) et sa professeur Madame Blanc (Tilda Swinton).

    Certes le rythme décousu de l’intrigue pourtant en parfaite adéquation avec la période dans laquelle se situe l’histoire (fin des années 70) pourrait empêcher certains spectateurs à s’immerger dans Suspiria mais les nombreuses scènes choc réussissent à nous faire oublier ces légers soucis. Comme dans l’original le bâtiment abritant cette école de danse occupe un rôle important car c’est dans les coulisses et certaines salles de ce lieu que l’horreur véritable surgit. De la même manière les nombreuses chorégraphies inventées par Damien Jalet nous rappellent le majestueux Black Swan et transcende littéralement le récit en faisant des numéros de danse des scènes de transes mystiques et fortes. Ces scènes donnent au film tout son charme et nous immerge en pleine horreur. En brouillant les pistes et en donnant à la comédienne Tilda Swinton deux rôle opposés Madame Blanc et Dr Jozef Klemperer le réalisateur nous propose une relecture passionnante mais imparfaite du chef d’œuvre de Dario Argento.

    Suspiria ne s’imposera pas comme un classique de l’horreur et malgré un dernier acte rappelant la force des récits de H.P Lovecraft n’arrive pas à nous faire réellement peur. On reste ainsi très loin du magistral Ca d’Andy Muschetti et autres films horrifiques récents plus courts mais surtout allant directement à l’essentiel.

    Vu le 19 novembre 2018 au Gaumont Disney Village, Salle 3, place A18 en VF

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