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Millenium : Ce qui ne me tue pas

  • Millenium : Ce qui ne me tue pas
    Frans Balder, éminent chercheur suédois en intelligence artificielle fait appel à Lisbeth Salander afin de récupérer un logiciel qu'il a créé et permettant de prendre le contrôle d'armes nucléaires. Mais la NSA ainsi qu'un groupe de terroristes mené par Jan Holster sont également sur la piste du logiciel. Traquée, Lisbeth va faire appel à son ami le journaliste Mikael Blomkvist qu'elle n'a pas vu depuis 3 ans.

Critique de Mulder

  • Initiée par l’écrivain suédois Sieg Larsson et prolongée par David Lagercrantz la saga littéraire Millenium a pu s’imposer par son rythme et sa noirceur et surtout par la création d’un personnage féminin au charme venimeux Lisbeth Salander et de son ami un grand journaliste Mikaël Blomkvist prêt à tout pour faire triompher la vérité. En seulement cinq livres Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes (2006), La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette (2006) et La Reine dans le palais des courants d'air (2007), Ce qui ne me tue pas (2015) et La fille qui rendait coup pour coup (2017), le personnage de Lisbeth Salander a pu s’imposer pour beaucoup de lecteurs comme un personnage captivant et perplexe dont les nombreuses zones d’ombre lui donnent un potentiel propice à voir des réalisateurs lui donner vie.

    Adapter sous la forme de trois films suédois Millenium (2009), Millénium 2 : La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette (2010) et Millénium 3 : La Reine dans le palais des courants d'air (2010) qui connurent également des versions longues sous forme de séries. Un remake américain du premier film vu également le jour (2011) dans lequel la comédienne Rooney Mara reprenait le rôle de Lisbeth Salander tenu dans les trois précédents films par Noomi Rapace sous la direction de David Fincher et avec également Daniel Craig dans le rôle de Mikael Blomkvist. La fin ouverte laissait présager une suite et il aura donc fallu attendre sept ans pour retrouver l’univers de Lisbeth Salander.

    C’est au réalisateur Fede Alvarez que revient la lourde tâche de redonner vie à une saga cinématographique laisser au point mort suite au peu de succès rencontré par le remake de David Fincher . Voulu autant comme un reboot que comme une suite, ce nouveau chapitre peut-être découvert et apprécié sans avoir lu les livres ni vu les films précédents. En effet, dès la première scène du film nous découvrons l’enfance difficile de Lisbeth Salander et les rapports ambigus entre elle et sa jeune sœur et son père un dangereux mafieux aux mœurs déviantes. N’ayant pu protéger sa sœur Camilla, Lisbeth réussit à s’échapper et devint par la suite une hackeuse surdouée et également une justicière dévouée à la cause féminine et prête à faire payer les hommes qui osent agresser de jeunes femmes innocentes. Son look gothique, ses nombreux tatouages, son côté asociale font d’elle une justicière hors la loi solitaire aux méthodes expéditives et une hackeuse à l’intelligence exceptionnelle et à la mémoire photographique parfaite.

    Pour écrire le scénario de Millenium : ce qui ne me tue pas Fede Alvarez s’est entouré des scénaristes Steven Knight (A vif ! (2015), Alliés (2016), la série Peaky Blinders..) et Jay Basu (Fast girls (2012), Monsters : Dark Continent (2014)). L’histoire qui en découle par son style visuel et son intrigue semble surfer continuellement entre le livre homonyme et les intrigues du plus connu des agents secrets britanniques. Il est ainsi intéressant de souligner que le générique du film semble totalement calquer sur ceux des films de James Bond et que les premières scènes du film pré génériques sont un décalque astucieux de ceux-ci. De la même manière ce thriller hight-tech et ses différentes scènes d’action semblent prouver la volonté de Sony Pictures de donner vie à une nouvelle saga dans laquelle Lisbeth Salander mènerait l’enquête et aurait affaire soit à de dangereux hommes d’affaires (comme dans l’une des scènes du film) ou à gangs violents (ici représentés par ceux dont le tatouage d’une araignée signale l’appartenance). Ce n’est donc pas un hasard non plus de voir apparaitre un agent américain qui viendra apporter son aide à Lisbeth contre le dangereux gang de sa sœur qu’elle croyait défunte.

    Après avoir marqué la mémoire de nombreux spectateurs par deux films d’horreur Evil dead (2013) (un reboot intéressant de la saga culte de Sam Raimi) et Don’t Breathe , la maison des ténèbres (2016), le troisième film de Fede Alvarez tient aisément la comparaison avec le précédent volet voire le surpasse par son rythme sans temps mort et surtout par une interprétation solide de la comédienne Claire Foy parfaite dans le rôle de Lisbeth Salander au point de faire oublier les deux précédentes comédiennes qui ont donné vie à ce personnage. Cette héroïne renvoie par bien des côtés à celui de Sarah Connor (Terminator) mais aussi du Lieutenant Ellen L. Ripley (saga Alien). Il en ressort un mixte réussi entre le film d’espionnage et le thriller en milieu hostile.

    Pour renforcer le climax de son troisième film, Fede Alvarez a retrouvé son compositeur fétiche Roque Baños avec lequel il avait déjà collaboré sur ses deux films précédents. On sent ainsi une parfaite osmose entre eux d’eux et ainsi une cohésion totale entre les différentes scènes fortes du film et une composition inspirée d’un grand artiste habitué à donner vie à des mélodies entêtantes et parfaitement menées.

    Certes cette adaptation ne revient pas au mythe fondateur de l’écrivain Sieg Larsson et laisse plusieurs zones d’ombre entre le personnage de Mikaël Blomkvist prêt à donner sa vie pour Lisbeth Salander mais il trouve toute sa force en livrant enfin un thriller au rythme envoutant et aux scènes d’actions spectaculaires. L’incorporation dans le récit des dons de hackeuses de Lisbeth Salander fait merveille et englobe ce film d’une aura réactualisée et dans l’ère du temps. Certes, on aurait aimé en connaitre plus sur son passé et comment elle devint aussi douée (on se doute de l’influence forte du personnage de Plague comme mentor).

    Millenium : ce qui ne me tue pas n’est certes pas le thriller d’espionnage de l’année mais atteint aisément son objectif de refaire naitre une saga prometteuse et surtout faire de Lisbeth Salander une icône du cinéma d’action dans un milieu dominé par des hommes. En cela, on ne peut que vous encourager à laisser sa chance à ce film et à embarquer dans un film d’action réussi marquant on l’espère la naissance d’une nouvelle saga cinématographique.

    Vu le 12 novembre 2018 à l’UGC George V, salle 02, en VO

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