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Sale temps à l'hôtel El Royale

  • Sale temps à l'hôtel El Royale
    Janvier 1969. Alors que Richard Nixon entame son mandat comme 37e président des États-Unis, une nouvelle décennie se profile. À l’hôtel l’El Royale, un établissement autrefois luxueux désormais aussi fatigué que ses clients, sept âmes aussi perdues les unes que les autres débarquent. Situé sur la frontière entre la Californie et le Nevada, l’El Royale promet la chaleur et la lumière du soleil à l’ouest, et l’espoir et les opportunités à l’est. Il incarne parfaitement le choc entre passé et présent. Autrefois, célébrités et personnalités politiques influentes s’y côtoyaient, au casino, au bar, à la piscine ou dans les suites somptueuses. Mais l’âge d’or du Royale est bel et bien révolu. Dans cet hôtel oublié des riches et des puissants depuis longtemps, un prêtre, une chanteuse de soul, un voyageur de commerce, une hippie et sa sœur, un homme énigmatique, et le gérant de l’hôtel vont se retrouver par hasard… ou pas. 

Critique de Mulder

  • Il aura donc fallu attendre six ans pour découvrir le second film écrit et réalisé par Drew Goddard. Après un premier film rendant hommage au cinéma horrifique et mixant à la perfection cinéma de genre et comédie, La cabane dans les bois (2012) a pu s’imposer dès sa sortie en 2012 comme un film culte pour de nombreux spectateurs. Ancien scénariste sur de nombreuses séries (Buffy contre les vampires, Angel, Alias, Daredevil et plus récemment The defenders), Drew Goddard est avant tout un passionné de cinéma à l’image de Quentin Tarantino, des véritables auteurs qui ont réussi à imposer non seulement leur propre patte dans une industrie hollywoodienne mais aussi à rendre hommage à un cinéma qui leur tient à cœur, celui des années 70 et 80.

    Alors que son premier film était dédié au cinéma de genre, son second rend hommage aux thrillers des années 70, à un cinéma qui ne cachait pas ses faiblesses scénaristiques derrière des effets spéciaux spectaculaires ni se voulaient des produits préformatés pour plaire à un public de masse. Sale temps à l’hotel El Royale tranche avec le cinéma actuel hollywoodien, un cinéma digne d’un long vidéoclip qui fonce à toute vitesse quitte à sacrifier sur son autel ses personnages principaux et en perdant une part de réalisme important.

    Impossible en découvrant Sale temps à l’hotel El Royale de ne pas penser non plus à Shining tant le lieu principal de l’action, un hôtel qui a connu des années fastes semble vivre ses dernières heures et est pratiquement abandonné. Seulement six personnes dont un gérant absent et en retrait occupent le temps d’une nuit cet hôtel lequel deviendra le lieu d’un déferlement de violence inouï avec l’arrivée d’un gourou machiavélique incarné par Chris Hemsworth. Que cela soit un faux prêtre au passé obscur, une chanteuse de soul ayant laissé passer sa chance, un présumé voyageur de commerce, une hippie et sa sœur semblant fuir leur passé , chacun semble ne pas être ce qu’il parait et semble vouloir chercher dans cet hotel un moyen d’échapper au sort tragique qui les attend. Le réalisateur et scénaristique Drew Goddard une fois de plus réussit non seulement à créer des personnages réalistes et attachant mais également recherche une véritable crédibilité que cela soit pour rendre vivant cette fin des années 70 ou cet hotel construit sur deux Etats (la Californie et le Nevada).

    Certes le tempo du film un tant soit lent et sa durée peut être trop longue apportent une certaine fragilité au récit et risquent de surprendre certains. Pourtant ce film est façonné avec un tel amour du cinéma qu’il s’impose de lui-même comme une réussite indéniable d’un réalisateur et scénariste passionnant. Alors que la plupart des thrillers actuels semblent ne plus manquer de surprises et suivent une route balisée, Sale temps à l’hotel El Royale réussit à nous surprendre et nous devinons difficilement à l’avance les rebondissements à venir. De plus, le réalisateur a non seulement réussit à réunir l’un des plus beaux castings de l’année Jeff Bridges (Père Flynn), Cynthia Erivo (Darlene Sweet), Chris Hemsworth (Billy Lee), Dakota Johnson (Emily Summerspring), Jon Hamm(Laramie Seymour Sullivan), Lewis Pullman (Miles) et Cailee Spaeny (Rosie). Chacun des comédiens principaux réussit à rendre crédible son personnage et à lui donner une véritable carrure. Entre des numéros musicaux très émouvants (Cynthia Erivo est parfaite dans son rôle d’une chanteuse à la voix touchante) et des moments fulgurants de violence, Sale temps à l’hôtel El Royale bénéficie également d’un grand soin sur les chansons illustrant les scènes importantes du film mais aussi sur les bruitages.

    Alors que les thrillers récemment vus au cinéma ne nous ont pas laissé un souvenir inoubliable, le nouveau film de Drew Goddard nous subjugue par ses nombreuses qualités et surtout montre qu’il est encore possible d’avoir une véritable liberté artistique dans une industrie hollywoodienne formatée. Nous ne pouvons que vous encourager à découvrir ce film dès mercredi 7 novembre dans tous les bons cinémas..

    Vu le 5 novembre 2018 à la Salle 20th Century Fox, en VO

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