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Thunder Road

Critique de Mulder

  • Thunder Road s’impose dès sa découverte comme une réussite totale. Récompensé du Grand Prix du festival du cinéma américain de Deauville, ce film écrit, interprété, réalisé, monté par Jim Cummings se révèle aussi percutant qu’efficace. Alors que le cinéma hollywoodien vante les mérites d’une réussite sociale ou nous présente des surhommes dont l’invincibilité est éclatante, Thunder road préfère mettre en avant la véritable Amérique celle de petites villes dans lesquelles chacun essaye de trouver sa place et conjuguer vie privée et professionnelle difficilement.

    Jimmy Arnaud, le personnage principal s’apparente au anti-héros par excellence échouant à trouver sa place dans une petite ville texane. Divorcé, n’arrivant pas à communiquer sans animosité avec son ex-femme ni à gagner le cœur de leur fille préférant passer du temps avec celle-ci qu’avec lui, le décès de sa mère, en lutte contre sa hiérarchie pour ses sautes d’humeur répétitives , ce personnage semble déconnecter et n’arrive pas à maitriser ses sentiments. La grande qualité de ce premier film est de jouer constamment sur différents registres et de faire passer les spectateurs du rire aux pleurs avec une efficacité redoutable. De la scène d’introduction qui a tout pour devenir culte d’une cérémonie d’enterrement, aux liens entretenus de ce personnage aussi bien avec sa fille, qu’avec son collègue et meilleur ami et aux affrontements répétitifs avec son ex-femme, Thunder road porte un regarder attendrissant sur l’Amérique actuelle dans laquelle la réussite n’est plus aussi évidente et les inégalités de plus en plus nombreuses.

    En découvrant Thunder road on ne découvre pas seulement un brillant réalisateur mais également un digne héritier de Jim Carrey soit un comédien capable de faire rire et émouvoir les spectateurs dans la même scène. Loin du conformisme du cinéma américain actuel, ce film s’apparente à un véritable coup de poing qui nous subjugue par un talent certain d’un jeune homme-orchestre comédien et réalisateur qui a réussi à monter son premier film à force de travail et surtout à partir d’un court métrage récompensé dans différentes festivals notamment au Festival de Sundance dont il a obtenu en 2016 le Grand Prix du Jury.

    Tirant son titre d’une chanson de Bruce Springsteen mettant en avant ceux démunis qui un jour décident de partir de leur ville natale pour tenter leur chance ailleurs, ce film nous a conquis aussi bien par la fragilité de son personnage principal qui n’arrive pas à gérer ses émotions et laisse son mal être éclaté aux yeux de tous. Jim Cummings signe là non seulement son premier film mais aussi le parfait exemple de ce que devrait être le cinéma américain indépendant, un cinéma reposant sur un excellent scénario, des comédiens inspirés et un soin esthétique non seulement au niveau de l’image mais aussi du montage (les nombreux plans séquences témoignent d’une réelle maitrise).

    Assurément notre film préféré de cette 44ème édition du cinéma américain de Deauville, Thunder road s’impose comme l’un des films marquants du mois de septembre. Une réussite indéniable d’un jeune comédien et réalisateur ayant réussi à passer du format court métrage au long avec un don indéniable de narration et pour la comédie. On attend donc avec impatience de découvrir son second film.

    Vu le 7 septembre 2018 au Centre International de Deauville, en VO

  • 5