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Les affamés

  • Les affamés
    Zoé a 21 ans. Et Zoé en a sa claque d'entendre « c'est normal, t'es jeune ! ». Alors qu’elle emménage en colocation, elle prend conscience qu’elle n’est pas seule à se débattre entre cours, stages et petits boulots mal payés. Déterminée à bouleverser le complot qui se trame, elle unit autour d'elle une génération d'affamés. Ensemble, ils sont bien décidés à changer les choses et à faire entendre leur voix !

Critique de Mulder

  • A Louane,

    « C'est ce manque de foi en notre jeunesse qui nous alourdit. Nous crevons d'envie d'être utiles. Nous ne vivons que dans l'idée d'être acteurs de ce monde. Nous voulons travailler, produire, créer. Laissez-nous faire. Faites appel à ces compétences qui complètent les vôtres.» - Léa Frédeval

    Certains films nous touchent par leur fragilité et par cette volonté de livrer une peinture sociale et réaliste de notre jeunesse actuelle. Loin de ces comédies vulgaires qui semblent assiéger nos cinéma ou de ces comédies sans réelle inventivité et recherche esthétique uniquement faites pour véhiculer des comédiens plébiscités par un large public, Les affamés s’impose aisément comme l’une des comédies les plus touchantes et intelligentes de ce milieu d’année.

    En co-signant le scénario avec Bastien Daret de son propre roman homonyme, la réalisatrice Léa Frédeval réussit à livrer une peinture sociale réaliste d’une jeunesse sacrifiée ayant une réelle difficulté à trouver sa place dans le monde du travail mais aussi à se construire une vraie vie sociale. Loin de ces films irréalistes et fleur bleue, le film Les affamés ose aborder sans censure cette génération qui n’a comme but de de s’intégrer et trouver un vrai travail et non uniquement gérer les tâches ingrates que leurs supérieurs hiérarchiques n’aiment pas faire. En s’attachant au personnage de Zoe, une jeune étudiante dont le père divorcé et sans travail élève avec son amie son jeune fils en essayant de lui inculquer des valeurs morales, le film réussit à nous séduire, à sonner vrai et surtout à nous rappeler notre jeunesse et les nombreux obstacles que nous avons dû traverser pour nous construire et vivre tout simplement.

    Comme l’auberge espagnole de Cédric Klaspisch, le film aborde de manière juste cette jeunesse et les nombreux caractères qui la représentent. En intégrant cet appartement composé de plusieurs jeunes aux profils variés, Zoe apprend comme nous à avoir un regard différent sur sa génération et sur comment survivre dans un monde qui ne les voit pas tels qu’ils sont. De nombreux jeunes ainsi sur qualifiés se retrouve dans leur premier emploi déguisé en animal pour vendre des produits, à distribuer un «journal de merde » à la sortie du métro, à bosser comme serveur malgré une licence.. Nous sommes tous passés par ces premiers postes guère enthousiasmant et dans lesquels on passe pratiquement invisible ou comme le stagiaire de service.. En cela, Les Affamés réussi aisément à nous emporter et à rester réaliste en permanence. Dans notre société actuellement où le chômage est omniprésent et dans lequel il convient mieux d’être ami de que d’être titulaire de nombreux diplômes, Les Affamés réveillent notre conscience et nous ouvre les yeux sur notre monde actuel.

    Loin d’être un simple porte-parole de cette génération rebelle, le film illustre parfaitement le monde du travail, ces postes guères attractifs dans lesquels on trouve plus souvent des stagiaires non rémunérés ou très peu que de jeunes cadres dynamiques prêts à rentrer dans la vie active avec de lourdes responsabilités et un sens de la réussite coulant de source. La réalisatrice Léa Frédéval ne pouvait pas trouver meilleur visage que celui de Louane Emera une nouvelle fois parfaite dans chacune de ses scènes. Après La famille Bélier (2014), Nos patriotes (2017) cette jeune artiste aux multiples dons (chanteuse, comédienne) montre une fois de plus qu’elle est la plus douée de sa génération. Qu’elle soit sur scène ou devant une caméra, la perfection et une grâce innée se dégagent immédiatement. Elle représente ainsi cette génération plein de rêves prête à dévorer le monde, à bosser dur pour y arriver et surtout à vivre pleinement sa vie. Autour d’elle le casting ne démérite pas et sonne également juste . On retrouve ainsi François Deblock (Lucas), Nina Melo (Chris), Rabah Naït Oufella (Jonathan), Bruno Sanches (Arthur), Marc Jarousseau (David), Souheila Yacoub (Eva) et Agnès Hurstel (Maud).

    Certes le premier film de Léa Frédéval n’est pas parfait et manque par moment de rythme et d’ampleur mais il est fait avec un véritable amour de donner son meilleur, de sonner juste et d’apporter une vision juste de cette génération quittant l’enfance pour rentrer dans l’âge adulte. A l’image de Louane Emera, le film est fragile, vivant et on ne peut que le défendre et vous encourager à le découvrir.

    Vu le 26 juin 2018 à l’UGC Ciné-cité Bercy, salle 21

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