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Hérédité

  • Hérédité
    Lorsque Ellen, matriarche de la famille Graham, décède, sa famille découvre des secrets de plus en plus terrifiants sur sa lignée. Une hérédité sinistre à laquelle il semble impossible d’échapper.

Critique de Mulder

  • Le cinéma actuel est en perpétuelle évolution et semble constamment à la recherche d’une recette miracle permettant non seulement de proposer une véritable identité artistique mais aussi de satisfaire l’attente des nombreux spectateurs. Alors que le cinéma horrifique recommence à conquérir un public de plus en plus vaste (le succès colossal de Ca l’année dernière et de Sans un bruit cette année), ce genre continue à être un véritable tremplin artistique à de nouveaux réalisateurs trouvant matière à proposer une véritable touche personnelle et rendre également hommage aux grands maitres de l’horreur (John Carpenter, Wes Craven, David Cronenberg..). Pour son premier film le scénariste et réalisateur Ari Aster n’a aucunement cherché la facilité et semble vouloir démontrer une volonté de soigner autant l’image, l’utilisation de la musique omniprésente et du son mais aussi un scénario privilégiant plus une ambiance qu’un déferlement d’hémoglobine viscéral. Après de nombreux courts métrages (Beau (2011), Munchausen (2013), C’est la vie (2016)….) remarqués dans plusieurs festivals Hérédité semble être sa manière d’apporter sa patte au thriller horrifique mais également de rendre hommage aux films de genre qui l’ont marqué.

    Après un texte introductif expliquant que la grand-mère Graham est morte et laisse derrière elle plusieurs zones d’ombre, on découvre une famille américaine traditionnelle composée d’un couple Annie Graham (Toni Colette parfaite une fois de plus), Steve Graham (Gabriel Byrne légèrement en retrait) et leurs deux enfants Peter (Alex Wolff) et Charlie (Milly Shapiro). Le film approche ainsi la thématique du deuil et de la reconstruction qui s’en suit mais aussi l’explosion du cocon familial suite à un deuxième décès brutal et bouleversant. Les parents et leur enfant Peter doivent ainsi faire face à la mort accidentelle de Charlie et surtout trouver la force de continuer à vivre. Lorsqu’une voisine Joan ayant aussi perdu son enfant explique à Annie qu’il est possible d’échanger avec les morts le temps d’une séance de spiritisme, des choses inexpliquées vont se produire et leur maison traditionnellement un havre de paix va se transformer en un lieu maléfique et dangereux faisant apparaitre les travers la matriarche Ellen…

    Il est assez difficile d’expliquer les aboutissants du film Hérédité tant le scénario plutôt habile joue constamment avec les nerfs des spectateurs. Le film évite ainsi de se rattacher qu’à un sous genre, que cela soit la maison hantée, les monstres qui nous côtoient, un drame familial ou une étude de caractère. Le réalisateur Ari Astier se montre ainsi très habile pour englober les thématiques qui lui tiennent à cœur et surtout rendre hommage à des films marquants, on pense ainsi constamment à des films comme Halloween (pour minimiser ce que l’on devrait voir pour en augmenter la violence comme cette scène d’accident de voiture), mais aussi à des films comme Shining, Les griffes de la nuit (la scène de la classe de Peter semble calqué sur celle de ce film) mais surtout à Rosemary’s baby pour l’approche très lente du film et des effets violents et percutants qui arrivent sans prévenir.

    On retiendra aussi du film l’excellente partition musicale de Colin Stetson qui amplifie la force émotionnelle de certaines scènes du film. De la même manière l’utilisation des sons dans le film multiplie cette ambiance claustrophobique et la violence qui en découle. Découvrir Hérédité revient à vivre une véritable expérience cinématographique sonore et visuelle. Que l’on accroche ou non, ce film s’impose comme un thriller horrifique qui restera longtemps ancré dans notre mémoire.

    Une nouvelle fois la comédienne Toni Collette se retrouve confronté à des entités surnaturelles comme ce fut le cas dans les excellents Sixième sens (1999), Krampus (2015). Elle donne vie à son personnage, une artiste spécialisée dans la reconstruction en miniature de scène de vie (on pense ainsi à un épisode de la série culte Twilight Zone). Son personnage clé de voute de ce film se verra affronter ses démons intérieurs et surtout renouer avec son étrange relation avec sa mère.Hérédité évite ainsi la simple redite et se veut aussi fascinant que captivant malgré un rythme trop lent. Le film aurait ainsi gagné à être plus court pour maximiser ses effets. Reste qu’Hérédité mérite amplement le détour et d’être découvert dans une bonne salle de cinéma.

    Vu le 11 juin 2018 à la Salle Metropolitan, en VO

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