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Daphne

  • Daphne
    La vie de Daphné est un véritable tourbillon. Aux folles journées dans le restaurant londonien où elle travaille succèdent des nuits enivrées dans des bras inconnus. Elle est spirituelle, aime faire la fête mais sous sa personnalité à l’humour acerbe et misanthrope Daphné n’est pas heureuse.  Lorsqu’elle assiste à un violent braquage sa carapace commence à se briser…

Critique de Mulder

  • A Ophy,

    Le cinéma indépendant britannique réserve par moment de belles surprises comme le prouve une nouvelle fois Daphne de Peter Mackie Burns. Alors que le cinéma britannique tente de trouver sa place dans nos cinémas face au mastodonte que représente le cinéma américain omniprésent que cela soit des blockbusters ou des films indépendants qui de festivals en festivals s’imposent comme des films à découvrir, il est bon de retrouver un cinéma simple et efficace et le plus souvent livrant de brillantes interprétations. On pense ainsi encore récemment à l’excellent Moi Daniel Blake sortie en octobre 2016 dans nos salles. Le premier long métrage de Peter Mackie Burns s’impose non seulement par son scénario écrit par Nico Mensinga propice à une étude sociale brillante mais surtout par une volonté d’un jeune réalisateur de livrer le portrait d’une jeune femme , Daphne, serveuse dans un restaurant et qui cueille la vie au jour le jour. Lorsqu’un hasard fortuit la mettra face à un braquage violent dans un petit commerce, elle comprendra peu à peu qu’elle doit se construire et redonner un sens à sa vie.*

    Le film Daphne trouve sa source d’un précédent court-métrage du même réalisateur déjà avec le même scénariste et la même comédienne Emily Beecham. Au centre de ce court-métrage l’accent était déjà mis sur cette jeune femme qui ne veut pas s’inscrire dans les normes actuelles que cela soit celle d’une fille vivant à la charge de ses parents, d’une petite amie dépendante de sa moitié. Ce personnage singulier vivant ses propres codes et pratiquant l’humour avec une bonne humeur communicative dévore la vie sans se soucier des retombées possibles.

    On se doute que la force de son caractère est dûe à un passé difficile et au fait qu’elle a dû apprendre très tôt à ne compter que sur elle-même. On suit donc avec grand intérêt le parcours de cette jeune femme interprétée à la perfection par la trépidante Emily Beecham (vu auparavant dans la série Into the Badlands (2015-2018), Ave Cesar ! (2016)..). Elle donne au film toute sa force et son assise. Parfaite dans chacune des scènes du film, son personnage est séduisant et profondément humain avec ses nombreuses faiblesses. On ne peut qu’aimer un tel personnage qui arrive à se faire sa propre carrière sans devoir rien à personne et surtout en présentant un vrai sérieux dans ce qu’elle accomplit.

    Le réalisateur a cherché constamment à donner à son film un ton réaliste et ne pas faire de celui-ci ni un pamphlet pour la libéralisation féminine ni un hymne vibrant à son pays. En plaçant l’histoire dans le quartier de Londres Elephant and Castle, il montre qu’il voulait une ville en perpétuelle évolution. La parfaite alchimie entre le scénariste et ce réalisateur se ressent parfaitement dans la création du personnage de Daphne et du plaisir qu’elle a à lire pour s’évader loin de la réalité. On rentre ainsi pleinement dans la vie de ce personnage principal féminin mais aussi des nombreux secondaires qui gravitent autour d’elle. La plupart des comédiens de ce film sont inconnus mais parfaitement dirigés réussissent à donner vie et une profondeur à leur personnage.

    Daphne s’impose ainsi comme un des temps forts de ce début d’année, comme un film indépendant pétri avec un véritable amour du cinéma et surtout donne à la comédienne Emily Beecham l’un de ses premiers grands rôles. On ressort heureux de ce film et surtout plus à l’écoute de son environnement et de la personne qui occupe une grande importance dans notre cœur que cela soit comme muse ou comme une personne que nous apprécions pour sa bonne humeur communicative et sa volonté d’avancer et de se battre. Daphne s’impose ainsi comme un très beau portrait de femme en quelques sortes…

    Vu le 12 mars 2018 au Club Marbeuf

  • 4.5