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Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot

  • Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot
    Même après avoir failli mourir dans un accident de la route lors d’une nuit de beuverie avec son ami Dexter, John Callahan n’a pas la moindre intention d’arrêter de boire. Il finit pourtant par suivre une cure de désintoxication, soutenu par sa compagne et un mentor charismatique, et se découvre alors un don inattendu… Il crée des dessins à l’humour noir, satirique et insolent, qui lui vaudront un succès international dès leur publication dans la presse. En dessinant, Callahan découvre une nouvelle manière de voir la vie…

Critique de Mulder

  • Le nouveau film écrit et réalisé par Gus Van Sant retrace une partie de la vie du dessinateur américain paraplégique John Callahan et s’inspire de son roman autobiographique homonyme. Suite à un accident grave de voiture lors d’une soirée trop arrosée, ce brillant dessinateur se voit contraint de vivre dans une chaise roulante et d’être paralysé à vie. Pourtant, c’est ce défi et sa volonté de vivre qui vont l’amener à intégrer un groupe de soutien et surtout à dessiner et ainsi connaitre une renommée internationale. De Mala Noche (1985) à celui-ci, en dix-sept films, ce réalisateur a su aborder avec un succès plus ou moins grand de nombreux sujets mais il s’est toujours focalisé sur l’étude de l’âme humaine et ce qui pousse certains à faire telles ou telles choses. On retiendra notamment les excellents Will Hunting (1997), A la rencontre de Forrester (2000) et plus récemment Harvey Milk (2008). Chacun de ses films vient d’une volonté de raconter une histoire qui lui est chère et pour cela de s’entourer de comédiens qu’il apprécie.

    Le cinéma américain a souvent préféré traiter de biopics sur des personnes importantes et en montrer les différentes feuillures et ainsi l’envers du décor. Que cela soit des hommes politiques, des stars de la chanson, chacun de ses films ont eu tendance à présenter une version édulcorée et à rendre attachant ces personnalités. L’approche de Gus Van Sant pour aborder une partie de la vie de John Callahan montre un véritable respect des événements et à ne pas proposer une version édulcorée de cet auteur. On y découvre donc son addiction à l’alcool, ses rapports avec les femmes (représentée ici par Anna) mais aussi ses nombreux rapports avec les membres de ce club de soutien. Loin de proposer une version idéalisée de la société américaine, le film montre la volonté de son réalisateur de rester fidèle à un auteur qu’il apprécie et qui a réellement contribuer à permettre la liberté d’expression aussi choquant soit elle.

    Pour donner vie à cet auteur, il fallait trouver un comédien capable de s’investir totalement dans ce rôle et apportant un véritable charisme à celui-ci. Le réalisateur Gus Van Sant retrouve ainsi vingt-trois ans après Prête à tout (1995), le comédien Joaquin Phoenix qui débutait alors sa carrière dans l’ombre de son frère River Phoenix. En découvrant ce film, on comprend aisément l’investissement de ce comédien pour rester le plus proche de son personnage par le biais de nombreux documents et par la lecture du livre à la source de ce film. On retrouve également au casting de ce film Jonah Hill (Donnie), Rooney Mara (Annu), Jack Black (Dexter), Carrie Brownstein (Suzanne) et la chanteuse Beth Ditto (Reba). Chacun de ses comédiens s’est également investi dans ce rôle et John Hill loin des comédies qui ont fait son succès livre ici une interprétation sensible et forte dans un registre dramatique. On notera aussi qu’il s’agit de la neuvième collaboration entre le compositeur Danny Elfman et Gus Van Sant après notamment celle pour Will Hunting (1997) et Psycho (1998).

    En restant fidèle à son œuvre, le réalisateur Gus Van Sant ne cherche pas forcément à plaire à son public, loin de là, mais plutôt à faire un film honnête et droit rendant non seulement hommage à un grand dessinateur mais surtout à montrer les nombreux effets dangereux et nocifs des abus multiples que cela soit l’alcool, la drogue et d’avoir une vie guère saine. Une fois de plus, son film s’éloigne d’un cinéma hollywoodien formaté pour plaire au plus grand nombre et en choquer le moins. Entre le cinéma indépendant et un cinéma d’auteur souvent complémentaire, Don't worry he won"t get far on foot s’impose comme un film intéressant, intelligent et sensible. Certes nous restons loin du parfait Will Hunting qui hantera notre mémoire de cinéphile à jamais mais on passera un bon moment de cinéma loin des nombreuses débilités déversées en masse dans nos salles de cinéma plus près à abêtir les spectateurs que les amener à la réflexion.

    Vu le 22 février 2018 à l’UGC Ciné-cité Les Halles, salle 11, en VO

     

  • 3.5