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Comme des rois

  • Comme des rois
    Joseph ne parvient pas à joindre les deux bouts. Sa petite entreprise d’escroquerie au porte-à-porte, dans laquelle il a embarqué son fils Micka, est sous pression depuis que le propriétaire de l’appartement où vit toute sa famille a choisi la manière forte pour récupérer les loyers en retard. Joseph a plus que jamais besoin de son fils, mais Micka rêve en secret d’une autre vie. Loin des arnaques, loin de son père...

Critique de Mulder

  • “J’adore qu’on me raconte des histoires, j’ai donc le profil du bon pigeon ! Je me suis souvent fait arnaquer et j’ai le souvenir d’une fois en particulier, à la gare Montparnasse, où j’avais fini par lâcher 20 euros à un type alors que je me doutais bien qu’il baratinait et que je m’étais montré méfiant... Une heure après, j’ai repensé à toutes les ressources qu’il avait dû déployer et je me suis dit que, finalement, il l’avait durement gagné, ce billet de 20€ ! Et puis j’ai imaginé son retour chez lui, le soir, sa discussion avec sa femme sur leurs journées de travail respectives… C’est comme ça qu’a surgi la figure d’un artisan de l’arnaque, qui aime le travail bien fait, qui a le goût du métier, une petite routine. De fil en aiguille, je me suis dit que l’artisan devait penser à la transmission de son savoir-faire. Dans un monde qui change, en plus, un monde où les gens n’ouvrent plus trop leur porte, un monde où les pigeons se trouvent plus facilement sur Internet… De là part tout le scénario : l’histoire de Joseph, un arnaqueur qui a son âge d’or derrière lui, et de Micka, son jeune fils qui rêve de devenir acteur... » Xabi Molia

    Comme des rois est le troisième film co-écrit et réalisé par Xabi Molia après 8 fois debout (2009) et Les conquérants (2013) et il témoigne une nouvelle fois que le cinéma indépendant est capable d’aborder des sujets différents tout aussi intéressants et surtout de donner à des comédiens des rôles consistants loin de ces films commerciaux et grand public. Dans notre société qui subit de plus en plus un taux de chômage important, certains préfèrent vivre par de nombreuses malversations que cela soit des escroqueries aux portes à portes ou autres actions guères légales. On découvre donc ici le personnage de Joseph qui a créé une véritable entreprise d’escroquerie dans laquelle son fils Micka l’assiste et essaye malgré tout de ne pas suivre les traces de son père. Passionné de théâtre, Micka rêve d’en faire sa carrière et surtout de quitter le domicile familial pour voler de ses propres ailes. Pourtant les actions illégales de son père vont avoir raison de lui.

    L’intelligence du scénario co-écrit par Xabi Molia et Frédéric Chansel est de ne pas chercher à rendre les personnages principaux attachants mais surtout à souligner que malgré leurs nombreux défauts, ils sont profondément humains. Un lien se créé donc entre les spectateurs et ce père de famille qui n’a qu’une finalité défendre sa famille et trouver de quoi les nourrir même si c’est en vendant du vin frelaté, du foie gras de mauvaise qualité ou autres produits divers. Une fois de plus Kad Merard se révèle parfait. En s’éloignant des comédies qui ont fait sa renommée (Mais qui a tué Pamela Rose ? (2003), Bienvenue chez les Ch’tis (2008), Safari (2009), Supercondriaque (2014)..), il montre qu’il peut réussir à changer aisément de registre avec une facilité indéniable. On se souvient encore de son rôle de père de famille marqué par la mort de l’un de ses enfants dans l’excellent Je vais bien, ne t’en fais pas (2006). Dans comme des rois, il ne cherche à aucun moment à rendre attachant son personnage, au contraire, il en fait un père de famille obnubilé pour trouver tous les trafics possibles pour survivre quitte à ne pas écouter les conseils de sa femme ni à encourager son fils à s’investir dans sa passion pour le théâtre. Alors qu’il aurait pu se contenter d’aligner des films commerciaux les uns après les autres, on aime de plus en plus ce grand comédien capable de s’investir dans des films indépendants et surtout de fonctionner au feeling et non comme beaucoup en fonction du cachet proposé ou dans des films montés sur mesure.

    Comme des rois montre que le cinéma indépendant peut aborder de sujets sociaux et surtout à amener les spectateurs à la réflexion sans les abêtir. On ressort de ce film avec l’impression d’avoir découvert une autre France dans laquelle certains démunis n’ont pas d’autres choix que de vivre dans des quartiers difficiles par de multiples larcins. Une France touchée gravement par la malchance et dans laquelle derrière les pavillons des beaux quartiers de nombreux rêves sont brisés et que certains ont beau tout faire pour s’en sortir, leur entourage les plongera dans une tourmente permanente.

    Vu le 7 mars 2018 au Club de l’Etoile , en VO

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